BMP – Transformer sa colonne vertébrale en un instrument de musique

BMP – Transformer sa colonne vertébrale en un instrument de musique
Je voulais montrer dans cette composition comment j’ai pu exprimer la douleur que je ressens dans ma colonne vertébrale, en la dessinant sous la forme d’un violoncelle.
Ce dessin a été conçu dans ma chambre à l’hôpital. Mes crayons et mes feutres sont toujours dans mes affaires que je prends avec moi, je parle de mes pyjamas et affaires de toilettes. Quand je m’installe, c’est la première chose que je sors, dans cette pièce qui me parait bien vide, avec l’idée que des couleurs rendront l’atmosphère plus apaisante.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Ce dessin est née à la suite de douleurs, par moment difficiles à supporter, dans la colonne vertébrale, douleurs qui remontent jusqu’à la nuque et derrière les épaules.
Alors pour essayer d’apaiser cette situation j’ai pris mes crayons et j’ai dessiné directement sans chercher à trouver des mots qui ne viennent pas. Par moments, je ne sais plus si les mots aident. Je me dis que mettre des mots pour ce cancer n’aidera pas plus pour la guérison. Avec les traits, la couleur a pu les changer de place etc.. Je me sens plus rassurée. J’ai d’ailleurs du mal à écrire « ma guérison ». J’ai besoin de mettre un espace entre ce corps et cette maladie. Comme si ces deux faits, ne devaient ni se toucher ni se mélanger.
Pour l’instant je souhaite juste faire apparaître des formes.
Donc pour ce dessin, cette douleur dans ce dos devait absolument disparaître. Mon idée était donc de la transformer, de la mélanger dans la musique, puisque la musique apaise les angoisses et les autres sentiments que l’on pourrait sentir en soi. Moi, la musique, je la mets à fond dans mes oreilles, pour que les vibrations que j’aime, fassent fuir les mauvaises ondes qui feraient barrière à du positif qui pourrait conduire à un mieux.
Mon idée est de faire apparaître un violoncelle. Il est assez grand et assez fort pour supporter une colonne vertébrale. Il y avait aussi une autre idée : dessiner un semblant de corps qui évoque la légèreté, ce qui explique les rubans par ci par là. Mais ce corps cependant ne devait pas trop se mélanger avec cet instrument. Je ne voulais pas de symbiose, mais juste une harmonie, rien de plus.
J’étais aussi attirée par le besoin de faire apparaître des détails, des nuances de couleurs, pour manifester l’intensité de la douleur. Je dis “nuance”, car cela me projette dans les divers tons des couleurs en peinture.
Je souhaitais pour la couleur, qu’elle soit présente, lumineuse, mais par moment plus transparente. Je désirais ne mettre aucune couleur pour faire apparaître les détails au niveau des os de la colonne vertébrale. Je crois que je ne savais plus trop finalement, je savais juste que je devais habiller cette colonne et la rendre moins douloureuse.
C’est ce qui me parlait sur le moment présent, comme une spontanéité.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm. Crayon de papier HB, 3B, 6B, peinture aquarelle. Stylos feutre à pointe fine.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Ma production est là et je me dis que la douleur n’est pas là, pourtant je l’ai déposée. Celle-ci a trouvé sa place dans la forme de ma création et elle existe toujours, mais autrement.

BMP – Quand je ne ressens plus rien ou presque

BMP – Quand je ne ressens plus rien ou presque
Une autre façon de faire apparaître le fait qu’en ce moment quand mon corps est engourdi ou quand la douleur me ronge, je ne sens pratiquement plus rien. J’ai alors la sensation que si le corps tient debout, c’est qu’il se passe quelque chose dans le centre du corps. C’est lui qui vous maintient debout.
Ce dessin est né pour exprimer ce que j’ai ressenti quand je me suis levée aujourd’hui : mon corps était engourdi, il ne ressentait rien. Cela n’a rien à voir avec les dissociations, c’est simplement lié à la douleur physique. Une lourdeur était présente, ainsi qu’une gêne dans le dos, gêne qui m’empêchait de bien respirer profondément.
J’avais cette impression d’être rongée par cette douleur et de n’avoir que le centre de ce corps pour m’aider à tenir debout.
C’est cela que je voulais retranscrire en une forme, car dessiner change la trajectoire de ma concentration. Mettre des couleurs m’aide. Alors c’est peut-être « psy » ma façon de percevoir, mais cela m’aide à ne plus trop penser à cette douleur, qui était mélangée dans un espèce d’étourdissement.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour concrétiser mon esquisse, j’ai repensé aux sensations que je ressentais quand j’ai quitté mon lit ce matin-là. Pour moi je devais juste retranscrire le fait que je ne sentais que le centre de mon corps, que seule ma colonne vertébrale existait pour m’aider à me tenir debout. Le reste de mon corps n’existait plus du tout car il était soit rongé, soit engourdi par cette douleur physique.
Pas de jambe, pas de bras, pas de main, car rien de tout cela, n’existait pour moi ce matin. Par contre j’ai dessiné un visage, avec juste la bouche qui apparaissait, pas d’yeux : je voulais cacher les yeux rouges où les vaisseaux apparaissaient, ce qui n’a rien à voir avec des larmes qui étaient inexistantes.
Voilà, juste le centre de ce corps qui arrivait à tenir debout, sans râlements rien.
Pour les couleurs de ma composition, je voulais mettre des couleurs, comme un arc-en ciel, car comme je l’ai dit au début de mon texte, les couleurs m’aident à diriger mon cerveau dans une autre orientation. Je suis le mouvement de mon poignet et de mon pinceau, mon cerveau est moins axé vers cette douleur.
Par moment je me dis que mettre des couleurs pourrait faire fuir ce qui me fait souffrir sur le moment présent. Même si ce n’est pas vrai, tant pis, moi j’ai besoin d’y croire. Une fois les couleurs mises, j’ai fait les finitions avec de gros feutres de couleurs.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm.
Crayons de papier : HB, peinture aquarelle,
Gros feutres de couleurs.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Ma production est posée sur le chevalet et là je me dis que l’on ne perçoit pas la douleur. Mais moi, par contre, je perçois cette douceur qui retranscrit le fait que je me dis que quand je dépose des couleurs avec un pinceau sur une feuille, quand mon corps est douloureux, cela est pour moi un pansement.
S’il vous plaît, laissez moi y croire ! Je ressens moins d’angoisse ce qui est déjà beaucoup, car chez moi l’angoisse peut me mettre dans tous mes états.