BMP – Le baiser

BMP – Le baiser
Troisième production dans cette chambre.
Voilà, on est aujourd’hui jeudi et je ne sais pas à quelle sauce je vais être mangée et donc quel traitement je vais avoir pour traiter ce cancer. Je ne sais que penser, que dire : rien ne me vient en tête, même pas des questions. Mais au fond de moi il y a une forte appréhension.
J’ai juste voulu prendre mes crayons et dessiner. Je ne souhaitais pas rester avec ce “blanc » dans ma tête.
J’étais debout devant la fenêtre à regarder dehors, je cherchais un peu à m’évader du cadre de l’hôpital. J’aperçois un couple qui s’embrassait. C’est de là que mon esquisse est née, que les premiers traits, les premiers coups de crayon sont arrivés. Mais il y avait une autre question. Comment retrouver une émotion alors qu’en moi c’était le blanc ? La peinture aquarelle que je n’ai pas eu le droit de prendre avec moi, s’est mise à me manquer terriblement.
Il fallait alors que je trouve un mouvement différent, un mouvement qui me sort de mes habitudes et qui remplacerait la peinture aquarelle qui me permet souvent d’exprimer des émotions.
Il me fallait pourtant déposer cette émotion sur ma feuille, lui permettre de prendre vie, mais dans la douceur. En fait amener de la douceur dans cette chambre et aussi faire qu’elle enrobe le diagnostic.
J’avais cette image toute faite de cette émotion qui devait comme transpercer ma feuille.
J’ai donc dessiné les deux visages et j’avais le titre de ma création « le baiser”. Tout comme l’effleurement qui devait s’apercevoir au regard.
Ce mouvement devait se glisser avec cette légèreté, que je recherche par moment, pour laisser l’air circuler librement dans ma tête. Me poser et réfléchir à cette recherche de légèreté, qui est plus trop là depuis ce matin, depuis la visite de ce médecin. Alors ce mouvement devait revenir !
Les traits qui habilleraient les visages, auraient pour fonction de remplacer les couleurs qui me manquaient. M’en rendre compte m’avait déstabilisée. J’ai d’abord pensé que mes traits devaient être partout identiques, je veux dire de la même largeur et que l’espacement entre eux devait être fixe, comme pour calmer ce vide en moi. Mais cette idée là, est vite repartie et j’ai laissé mon instinct s’exprimer. Ne pas brider le geste, me détendre, laisser le mouvement du poignet vivre sa vie. Il y avait aussi cette finesse qui me parlait, finesse que je souhaitais faire apparaître dans ma production.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm.
Crayon de papier HB, 3B, 8B. Stabilo à pointes fines.
Crayon Faber Castell  Pitt artist pen black.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

J’observe de loin mon dessin, que j’ai posé sur la table : je souris. Je ne savais plus quoi dire ni même penser. Je me demandais comment j’allais expliquer tout cela, car les mots n”étaient pas encore présents, même si des ressentis étaient là.

BMP – La force

BMP – La force
Crier sa force, la force en soi. C’est le premier dessin que j’ai fait dans cette chambre ; les infirmières qui passaient me voir, attendaient de le voir fini.
Moi, je voulais juste retranscrire une pensée qui était passée comme un éclair dans ma tête. Cette idée part et revient. Je la trouvais parlante sur le moment présent.
Crier à s’en décoiffer les cheveux, à se décrocher les poumons. Cette force est positive, c’est ce que je sens en moi. Mais elle ne demeure pas ; elle est un peu comme un yoyo et elle me semble jouer à cache-cache, avec le temps et l’instant présent. Mais Béatrice veut qu’elle s’accroche fortement en elle !

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour concrétiser cela, je souhaitais que l’on sente cette force sortir de ce corps. Que l’on comprenne cette positivité une fois le dessin terminé.
Cette force je devais la retranscrire dans la position du corps et dans la forme de ce poing fermé, mais aussi dans l’expression du visage.
Je me disais que les couleurs, que je choisirais ensuite pour habiller ce corps, avaient peu d’importance. Cela ne changera pas ce côté positif que je souhaitais mettre en évidence.
Par moment, au début, la situation de violence se faisait entendre dans ma tête. Moi, j’aurais bien voulu la sentir dans ce corps ce qui ne s’est pas fait tout de suite. Il y a toujours cette espèce de séparation qui s’entend entre le corps et la tête.
Mais je me disais que plus j’avancerai dans la naissance de ce dessin et plus cette harmonie entre le corps et la tête se ferait. Pour moi cette force devait s’ancrer dans le corps en entier et pas seulement par endroits. Mais ce n’est pas simple. Dans ma tête je ne souhaitais pas faire apparaître cette angoisse dans ma production, mais juste cette force qui envahirait à la fois ma feuille mais aussi l’atmosphère de cette chambre, où l’attente se faisait déjà longue.
Alors j’ai pris mon temps mais aussi du plaisir à faire naître ce dessin. Ce personnage, ce corps devait exister réellement, je n’avais pas envie que cela reste juste un dessin, une forme. Cela devait respirer la vie, la respiration comme celle dans mes poumons que je sentais passer dans mes narines. Voilà ce que je voulais pour tout cet ensemble, même si par moments dans mon cerveau rien ne reste imprégné longtemps. Il devait rester une forme pour marquer cet éclair qui m’était passé dans ce cerveau, pour qu’il ne s’en aille pas.
Pour les couleurs, j’ai utilisé mes crayons graphiques, j’avais ce besoin de faire parler les nuances et puis je voulais voir mes doigts sales, comme pour encore apporter une vie plus présente sur le présent de la création. Je trouve “normal” de se salir les doigts quand on donne vie à une production.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm.
Crayon de papier HB, 3B, Crayon de papier HB, Silky Black Gioconda, Extra Charcoal Giocondia..

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Je regarde ma production de mon lit, et là je me dis à voie haute : “ouiiii » j’avais l’impression que cette force envahissait cette chambre pour lui apporter du bon, du positif. Le reste les angoisses etc n’étaient pas là, du moins je ne voulais pas les entendre.