Carton rouge pour la recherche française en psychiatrie

Logo-Sciences-et-avenirPar Sylvie Riou-Milliot
Un rapport pointe de nombreuses lacunes : absence de registres, manque de structures réellement dédiées à la santé mentale, pénurie de chercheurs, très rares échanges universitaires…
C’est l’un des enseignements du projet Roamer (Road for mental research for Europe), un vaste travail mené pendant 3 ans et démarré en 2011 par plus de 1.000 personnes (scientifiques, patients et leurs familles, professionnels de santé) dans plusieurs pays d’Europe.

Publiées fin septembre 2015 dans la revue The Lancet, les conclusions ont été présentées début octobre à Paris lors d’un colloque organisé par la Fondation Fondamental (voir encadré). Résultat : un état des lieux plutôt préoccupant de la recherche en santé mentale dans notre pays. Le rapport pointe en effet de nombreuses lacunes : absence de registres et donc de données épidémiologiques, manque de structures réellement dédiées à la santé mentale, pénurie de chercheurs (4 fois moins que pour le cancer !), très rares échanges universitaires avec les chercheurs étrangers, recherches excluant l’accompagnement psychosocial en se concentrant uniquement sur le bio médical….

Des insuffisances qui se traduisent par des résultats plus que médiocres : « une 17e place européenne dans le volume mondial des publications, la 19e pour sa recherche sur les prises en charge psychosociale, la 21e pour la recherche en santé publique… », détaille le Pr Karine Chevreul, médecin de santé publique qui a dirigé la partie française de l’étude Roamer.  « Il est plus que jamais temps de faire de la recherche en santé mentale une des priorités des politiques publiques », martèle le Pr Marion Leboyer, psychiatre (hôpital Henri Mondor, Créteil) qui dirige la Fondation Fondamental.

Un manque cruel de financement

Et donc de trouver de l’argent. Car ces lacunes ont une cause bien identifiée : un manque cruel de financement. La part de la recherche en santé allouée à la santé mentale est en France de 4% contre 6% en Espagne 7% au Royaume Uni, 10% en Finlande (16% aux États-Unis ) ! Une insuffisance d’autant plus préoccupante que les maladies mentales touchent en 2015 une personne sur trois, constituent la première cause d’invalidité, la 2e cause de perte de qualité de vie, juste après les troubles cardiovasculaires, et diminuent l’espérance de vie de 9 ans…

Plusieurs axes stratégiques (voir encadré) ont été établis par les contributeurs du projet Roamer. Ils insistent tout particulièrement sur la prévention mais aussi sur le dépistage précoce, dès l’enfance et l’adolescence. Car, « à l’inverse des maladies neurologiques, les pathologies mentales apparaissent souvent tôt dans l’existence et durent toute la vie », plaide le Pr Patrice Boyer, psychiatre à l’université Paris Diderot et vice-président de l’European Brain Council.

De plus, un changement de cap serait souhaitable. Aujourd’hui, en raison d’un financement provenant essentiellement du secteur privé et donc des laboratoires pharmaceutiques, « une grande prévalence des recherches est consacré au biomédical », pointe le Pr Karine Chevreul. En clair, des travaux visant à la mise sur le marché de nouveaux médicaments, potentielle source de futurs profits. Un choix qui exclut par conséquent des études sur l’accompagnement psycho-social des malades, la santé publique ou encore le bien-être des patients, des notions éternellement oubliées en matière de recherche en santé mentale..

Fondamental pour les maladies mentales
Crée en 2007 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la Fondation Fondamental est une fondation de coopération scientifique dédiée à la lutte contre les maladies mentales. Elle se concentre sur les troubles bipolaires, la schizophrénie, l’autisme de haut niveau, les dépressions résistantes, les conduites suicidaires, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) résistants et le stress post traumatique. Les axes stratégiques de Roamer rejoignent son ambition : mieux comprendre, soigner et prévenir les maladies mentales. Elle a bénéficié, à sa création d’un financement de l’État. Depuis, son fonctionnement est assuré par la générosité du public, le mécénat ainsi que des partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques.

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