BMP – Quand je suis dans le brouillard le matin en buvant ma Ricorée


Quand je me lève le matin et que je ne sais pas trop où je suis, et où j’en suis, c’est-à-dire ne pas savoir si je suis dans le passé ou dans le présent et ce que je dois faire, c’est complexe.
Certes, il y a des matins où ça va : mon cerveau est à l’endroit et bien dans le présent et tout fonctionne à peu près bien. Mais il y en a d’autres, où quand je me lève, je suis perdue. Par exemple, je ne sais plus comment faire fonctionner le micro-onde, savoir où sont les robinets, oublier quelle position donne l’eau chaude, ou encore comment fermer un robinet. Cela c’est hélas plus que fréquent dans ma salle de bains.
Pour trouver les mots, c’est la même chose. Mon vocabulaire s’envole et je suis comme une petite fille, à balbutier.
Dans ces moment là, il me faut plus de temps pour réagir et agir. Je dois attendre que ce brouillard dans ma tête se dissipe.
Mais, le plus étrange, c’est que quand je suis ainsi, d’une certaine manière c’est normal pour moi et je ne me rends pas compte qu’il y a un problème. Ce n’est que quand je recommence à approcher du présent, que je me rends compte que ça ne va pas.
Mon dessin sera donc de dessiner cet état de flou dans ma tête le matin, quand je bois ma Ricorée.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Mon idée était de dessiner un visage en train de boire une Ricorée.
Je devais donc dessiner le fait de boire et donc de tenir la tasse et aussi de faire apparaître cet effet de brouillard, quand j’aborderai la finition de mon dessin. Je voulais également faire apparaître un début de corps : le haut des épaules.
J’ai donc commencé par dessiner ce que j’avais prévu et ce n’est qu’après, petit à petit, que j’ai fait apparaître les détails. Par exemple les traits sur les doigts, ou le renforcement de certains traits.
Pour les couleurs, j’ai choisi de prendre les crayons de papier pour jouer avec les ombres et les nuances de gris.
J’aime bien poncer avec mes doigts, pour rendre un effet plus net mais aussi pour faire apparaître encore plus ces nuances dans le gris.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm
Crayons graphic 7B, 3B, 6B, 4B, HB

Que ressentez-vous en regardant votre production?

Quand j’observe mon dessin de loin, il me fait sourire. Je garde le sens de l’humour, c’est important.
Je me disais oui c’est cela, mais même si j’angoisse, que je suis terrorisée par moment. J’y suis pour l’instant dans le temps présent et c’est cela que je retiens !

BMP – La grande méfiance qui m’envahit

La grande méfiance qui m’envahit, représentée par un demi visage.
J’étais déjà méfiante, depuis toujours. Mais maintenant, avec ce que je vis, je le suis encore plus. Cette méfiance est devenue un vrai roc en moi, un rocher. Ce sont donc avec ces premiers mots qui sont comme des indices que je voulais commencer mon esquisse.
Mais dans ma tête ce n’est pas aussi simple.

Comment avez-vous dessiné ?

Pour m’aider à expliciter mon esquisse je devais faire ma chaîne de mots. Après réflexion la voici :
Si je me méfie, je ne fais pas confiance, je ne me livre pas comme avant. Beaucoup moins, sauf avec les personnes qui s’occupent de moi et parfois il m’arrive d’avoir du mal à trouver les mots. Donc pour la réalisation de mon esquisse, je ne vais pas représenter un visage ouvert, complet, mais juste un demi-visage. Et comme cette méfiance est très forte, je la traduis par un rocher. Mais je voulais montrer que je ne pouvais me défendre, alors j’ai pensé à rajouter des doigts mais pas la main : des doigts pour attraper si on vient m’agresser. Donc dans ma tête, au moment de la réalisation de mon esquisse c’était comme ça.
J’ai donc commencé par faire naître le demi-visage, les rochers au-dessus de celui-ci, ensuite j’ai dessiné les doigts. Et j’ai terminé en entourant ce visage par des rochers tout autour de lui. Car ces rochers représentent une protection. Une protection contre des personnes qui s’approchent de moi de trop près.
Pour mes enfants je sais que je ne dois pas me montrer trop protectrice, voire étouffante et ça j’y viens petit à petit, même si parfois je voudrais éviter qu’ils souffrent.
Pour le manteau en aquarelle, pas de couleurs vives.
Je ne voulais que du marron, et une petite touche de gris. Mais en écrivant mon texte, je viens de m’apercevoir que j’ai utilisé du jaune ocre, mais pour moi sur le moment cela a été du marron.
J’ai eu pas mal de dissociations. Peut-être que ça explique le jaune en plus.

Matériaux utilisés :

Aquarelle réalisée sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
J’ai utilisé les couleurs aquarelles suivantes : blanc de Chine, gris de Payne, ocre jaune, terre d’ombre brûlée.
Finitions crayons Art Grip Aquarelle.
Petite touche discret en spatule à la fin.

Qu’avez-vous ressenti ?

Il y a toujours cette terreur qui est là. J’essaie de l’affronter, ce n’est pas facile. Dans ma tête je veux absolument faire ce bilan sur un papier, le positif et le négatif de ces 29 années passées avec mon ancien ami. Mais je n’y arrive toujours pas. Dès que j’essaie mon cerveau se met en mode stop et tout s’arrête, je suis tétanisée plus rien ne bouge, rien, pas une pensée, pas une idée, pas une sensation, pas une envie, rien ne ressort. Comme si tout était gelé. C’est affolant.
Je ressens beaucoup des périodes du passé.
Des dissociations fortes rapprochées, j’ai l’impression de ressembler à une toupie, de tourner de tourner encore et encore…

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Dire : oui je suis sûre de l’idée qui était en moi pour la réalisation de cette aquarelle, quand je m’y suis mise. Pour le reste, impossible de parler de mon ressenti.