BMP – Une aquarelle pour exprimer ma peine devant le suicide d’une amie


Ce matin j’ai appris le décès d’une personne que je connaissais bien. Elle s’est suicidée. Je n’en dirais pas plus, sauf que je suis triste et touchée.
La mort me touche beaucoup. Ce qui est terrible c’est de se trouver désarmée, démunie devant une telle souffrance. Quoique l’on fasse, ou que l’on dise, cette souffrance enveloppe la personne qui va mal, l’isole et plus rien ne compte pour elle. J’ai ressenti cela dans mes derniers échanges avec elle. Je l’ai quittée avec beaucoup d’inquiétude, car pour elle, la vie ne comptait plus. Elle ne voulait plus de cette vie là.
On dit souvent qu’une personne qui veut se tuer n’en parle pas avant, et bien c’est faux et cela le montre bien.
Pour m’aider à digérer ma tristesse et ma peine, j’ai donc pris mon pinceau, pour donner le jour à un dessin. Comme je ne vais pas trop bien, j’habillerais cette esquisse, avec des couleurs qui seront comme un manteau protecteur, pour recouvrir ma peine, et peut-être même une colère.
Je sais que dessiner, prendre mon pinceau, sera une aide. Je sais que cela m’aidera à ne pas trop partir dans la peine que je ressens, mais aussi dans la culpabilité, car je n’ai pas su, pas pu la retenir dans son geste.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Dessiner, c’est comme m’envelopper dans un manteau qui me protège, me calme, atténue ma peine, mais aussi une légère colère qui se lève malgré tout en moi. Pour représenter cela, j’ai eu l’idée de dessiner un corps sur une palette, puis de le peindre, de le recouvrir de couleurs.
J’ai donc dessiné en premier le corps, puis la palette et pour finir cette main qui la tient.
Faire ce geste avec ce pinceau qui va recouvrir ce corps avec des couleurs, traduit le début de pansement, un peu comme une pilule que je prendrais sur l’instant présent. Puis en dernier j’ai fait apparaître le pinceau en haut de ma feuille.
Il n’y a pas de larmes dans mon dessin, car je n’y arrive pas, pourtant ma peine est là, mais elle est bloquée, elle ne s’exprime pas par des pleurs.
Pour concevoir les couleurs, j’ai pris les couleurs qui se sont présentées dans ma tête au moment même que je les prenais dans ma boite.
Je ne sais pas si Béatrice voulait y déposer des douces ou des violentes. Je sais juste que je devais recouvrir ce corps qui a de la peine.
Une mort reste pour moi très déstabilisante et très effrayante.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm
Crayons graphic HB

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Quand je regarde mon dessin, je me sens inutile. J’ai du mal à écrire, je suis sous le choc. Des questions me viennent est-ce que est-ce que… ?
J’aimerais présenter mes condoléances à sa famille et à ses ami.e.s.

BMP – Quand je ne veux rien manger car je me trouve trop voyante


Il m’arrive de ne rien manger car quand je me lève le matin, je me trouve trop voyante. Dans ma tête je ne dois plus rien manger et cela se met en route de manière quasi automatique.
Mais cependant, j’ai quand même ce besoin de remplir mon corps, qui n’est pas le mien par moment, dans mes moments d’angoisses, de doutes et de manque.
Pour faire ce geste qui va vers ma bouche, alors je bois, je bois beaucoup. Cela remplace ce qu’on appelle la nourriture.
Quand cet automatisme se met en place, c’est que j’aimerais juste ne plus avoir de peau sur mon corps, plus de corps, donc rien à alimenter, j’aimerais qu’il n’y ait que les os et par moment quand c’est trop fort, plus rien.
Dans ces moments-là, il m’apparaît une légèreté et je me sens à peine accrochée à ma tête qui me paraît en morceaux et qui de fait se détache de mon corps.
J’ai même cette impression que mes émotions ne doivent pas dépasser ma tête pour continuer dans la direction du ventre, la colonne vertébrale, des pieds, le ventre, les poumons et la cage thoracique.
Cette façon de ne plus vouloir manger subitement en me levant car je suis trop voyante, me renvoie je pense à ce temps où les mères me mettaient dans un placard, sans manger. Placard où je devais rester en boule car je n’avais pas assez de place pour me tourner. Quand elles ne me donnaient pas à manger, du coup je perdais du poids, ce qui me permettait de mieux me retourner et de faire moins de bruit, de façon à me faire passer pour morte, ce que voulaient les mères nourricières.
Quand cela apparaît dans ma tête violemment dans la journée, pour x raison, ma réaction est de dire c’est inamissible et imaginable non ? Mais je n’arrive pas à trouver et à confirmer une réponse, et pouvoir dire, oui c’est honteux. Tout est coupé !
La situation de maigrichonne n’était pas assez forte.
Je pense que ne pas manger ne me manquerait pas si je n’avais pas à remplir ce vide par moments. Ce qui apparaît en moi dans ces moments où je me sens voyante, c’est comme une coupure. Le courant qui est la nourriture ne peut plus faire fonctionner le corps. Celle-ci n’est pas assez forte.
Mon dessin sera donc le fait de vouloir ne rien manger car je me trouve voyante.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Mon idée d’esquisse était donc de dessiner un corps avec une tête en morceaux qui a tendance à se détacher du corps et de faire apparaître le squelette juste en dessous de la tête, pour faire comprendre que je ne veux pas de peau sur mes os pour être moins voyante et que je me sens légère.
Je ne percevais pas la nécessité de dessiner les jambes en entier ni les bras. Le squelette me parlait plus.
Pour les couleurs de mon esquisse, j’ai pris celles qui se sont manifestées en moi, au moment de les employer.
Par contre, je tenais à dessiner aux crayons de papier, les côtes etc. Je souhaitais faire apparaître cette légèreté.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin fait sur feuille de format de 50 x70 cm à grain fin. Peinture aquarelle, pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Je regarde mon dessin et je ne perçois que la couleur grise. Comme si le reste de mon dessin n’existait plus.
Je ne sens pas d’angoisse, mais je me sens pas rassurée. Je me répète à voix haute : je suis dans le présent !