BMP – Grr grr cubiste rose 2

Grr grr cubiste rose 2

Externaliser – Transformer – Prendre une nouvelle identité – Exister

« L’homme ne cesse jamais d’extérioriser les particularités de son monde intérieur sur l’environnement. Mais c’est pour pouvoir les réinstaller dans un second temps en lui-même, après que diverses transformations facilitées par ce processus d’externalisation les ont rendues plus facilement assimilables et utilisables. Cette dynamique, qui est au cœur de tout processus psychothérapeutique, a même inspiré l’art-thérapie, qui utilise des artefacts comme support de transformation psychique. Une personne en souffrance psychologique, et qui a de la difficulté à construire une représentation fiable et stable de son monde intérieur, est invité à fabriquer un objet qui se charge aussitôt de celui-ci. »

 

Serge Tisseron (2018, p.158)

Caractère de Grr Grr :
Enfant archaïque. Celui qui ne sait pas ce qu’on lui fait, pourquoi on le lui fait et qui n’a pas les mots pour dire quoique ce soit, alors il ne reste que des onomatopées pour qu’il puisse un tout petit peu dire qu’il est là, qu’il n’est pas mort, mais qu’on l’à muselé.
Il est étonnant. Il est en charge du secret. Pour que les viols par inceste et les maltraitances puissent avoir lieu, le secret est nécessaire. Il doit effacer toutes les traces.
C’est une partie aidante, pourtant qui imite l’agresseur et reste agressif.

Représentation de ma Partie émotionnelle Grr Grr sous forme cubique

J’ai beaucoup de mal à donner à cette Partie émotionnelle une forme humaine, c’est-à-dire, avec un visage, et un corps : des bras, des pieds, un ventre, le tout en un seul morceau et dans le bon ordre.
J’ai déjà fait apparaître monsieur grignoteur sous plusieurs formes, mais jamais en une forme cubiste.

BMP – Comment je perçois Grr grr

Même quand j’appelle Grrr, « Monsieur le Grignoteur”, j’ai du mal à l’imaginer sous une forme humaine. Parfois je m’amuse à le retranscrire de plusieurs manières, en espérant que ces dessins fassent parler les différents moments de dissociation et leur intensité, selon le moment de la journée où cela m’arrive. De ce fait, les représentations sont variées.

Je dis forme humaine car les parties émotionnelles restent vivantes, elles habitent en moi dans ce corps. Elles sont les traces de ce passé. Mais dans le présent, elles ne sont pas capables de s’adapter. Elles restent figées dans le passé et dans ce qu’elles ont vécu. Certaines grandissent et d’autres pas, pour cette dernière, c’est plus difficile.
Cette Partie émotionnelle reste encore très complexe et il est compliqué d’arriver à la ressentir en moi. Pourtant elle s’exprime et parfois fortement et rapidement au moment de mes dissociations. Elle laisse dernière moi un grand blanc dans mon cerveau et quelques écrits.
Ma création fera apparaître comment moi je perçois cette partie émotionnelle de Grr grr en une forme cubiste.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre composition ?

Je m’amuse à faire apparaître cette partie de moi. Ici je vais la faire apparaître avec un crayon et une main. Car quand je me dissocie Grr Grr écrit à tout le monde, je veux dire qu’il envoie des messages sur le blogue ou en courriel à tout le monde.
Mon idée était donc de faire apparaître une espèce de visage, pas bien terminé, en morceaux. Avec un œil collé sur une main, pour bien montrer qu’il regarde et surveille ce qui se passe autour de lui ainsi que les moindres gestes. Le tout avec un bras encastré.
Une fois mon esquisse terminée, je suis donc passée aux couleurs. Au début je n’en voulais pas, et puis c’est le rose, rouge, marron qui ont pris la relève. Dans mon dessin c’était important que l’on puisse voir apparaître les morceaux.
Parce que pour moi les dissociations sont des morceaux du présent, qui sont mangés définitivement et oubliés de ma mémoire par cette partie émotionnelle Grr Grr, « monsieur le grignoteur ». C’est cela aussi, qui par moment, est difficile à supporter et provoque une souffrance très forte.
Louper, manquer, oublier des morceaux du présent, des événements, c’est insupportable. J’ai alors l’impression que cela agrandit le puzzle de mon passé, où présent et passé se mélangent.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Aquarelle conçue sur feuille blanche 36 x 48 cm.
Peinture aquarelle, crayons de papier: HB 3B

Que ressentez-vous devant votre dessin ?

Quand j’observe mon dessin, je perçois bien mon idée de départ. Mais je sais aussi que mon travail peut se transformer : aller vers de la douceur ou de la violence, en fonction de la force de ma dissociation du moment. Il est plus facile pour moi, de m’exprimer par le dessin, les mots restant trop difficiles à trouver.

BMP – Une fleur pour remplacer le pinceau et du jus de citron

BMP – Une fleur pour remplacer le pinceau et du jus de citron
Je voulais juste passer un bon moment, rien d’autre. Quand je peins, en général je me sens bien. Là, je voulais juste ne pas me poser de questions ou être embêtée par des idées parasites, comme cela m’arrive parfois quand je dessine etc.
Un peu comme pour faire un barrage, du moins essayer.
Cette idée est venue à la suite après avoir mis des fleurs fanées à la poubelle. Alors j’en ai récupéré deux et hop me voilà partie aux milieux des couleurs.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre œuvre ?

Couleur car je voulais partir dans un monde coloré.
1- Installée dans le salon, ma table protégée, le matériel près de moi et me voilà qui commence à déposer au milieu de ma feuille du jus de citron, où je rajoute du jaune aquarelle, avec une dose d’orange.
2- Je prends un des pétales de la fleur de couleur rouge et je commence à faire des petits mouvements très légers pour faire apparaître un premier mélange, ce qui conduit à une autre couleur.
3- Une envie de blanc est apparue subitement et donc cette envie je l’ai incorporée dans mon mélange ce qui a conduit à une sorte de doux mélange onctueux.
4- Pour l’étape suivante, je souhaitais rajouter plus de jus de citron, qui remplaçait mon eau. Je voulais noyer encore plus mes mélanges et donc les couleurs, tout en gardant en tête de faire apparaître quelque chose de vif à la fin dans ma composition.
Mais le doute est apparu et ça je ne le voulais pas. Je trouvais ma réflexion pas du tout logique et pas en accord avec le désir de noyer mes couleurs et en même temps l’envie que celles-ci soient plus vivantes, plus vives, à la fin de ma création.
5- Là je me suis mise à dire à voix haute : « ça suffit » les questions, je veux juste prendre plaisir et je ne veux pas de vous dans ma tête, ni dans mon dessin.
6-Alors pour faire barrage, pour la continuité de cette naissance colorée, j’ai rajouté du jaune comme pour faire barrière, car à ce moment-là je pensais au soleil et à la force de sa chaleur. On ne cherche pas à faire de relation, ou à chercher une réponse, c’est comme ça et je profite de ce moment avec le mouvement de ma fleur que je tenais dans ma main.
Une fois le jaune mélangé avec mes autres tons, je rajoute une nuance de bleu et tout de suite je continue à tout mélanger avec la fleur, comme pour ne pas laisser le temps aux questions et autres pensées de venir s’immiscer.
7- Je ne sais pas, mais plus j’avançais, je trouvais que ma forme faisait parler une peinture florale d’été, et les tons nous envoyaient dans la nature de la campagne et ça j’aime bien, car le coloré se montrait aussi bien dans l’œil que dans les couleurs.
8- Pour terminer ma production, j’ai donc juste rajouté un peu de citron, un peu de vert, de bleu, et du blanc et une goutte de noir et j’ai mélangé en rajoutant du mouvement un peu partout dans mon ouvrage, ouvrage qui était déjà pas mal coloré. Tout en essayant de faire abstraction de ce qui me trottait en tête et dont je ne voulais pas.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Composition conçue sur feuille blanche 36 x 48 cm.
Peinture aquarelle, fleur.

Que ressentez-vous devant votre dessin ?

Une fois ma création terminée, je l’ai posée sur le chevalet et je me suis dit : elle est vivante, elle fait apparaître du mouvement, du soleil.
Mais je ne vous dirais pas si mes éternelles questionnements sont venus ou non me taquiner.
Finalement, j’écrirai juste que j’ai passé un bon moment de détente avec les couleurs et les fleurs qui m’ont servis de pinceaux. C’est cela le plus important. Je viens de voir que quand je mets les deux dessins ensemble mais dans le sens contraire, cela fait une composition encore plus grande.