BMP – La covid-19 en France

« Les 100.000 morts du coronavirus. »
Je souhaiterais faire un dessin pour exprimer comment je perçois le coronavirus lors de ce troisième confinement. Ce sera une nouvelle production. Effectivement j’en avais fait une lors du premier confinement.

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Je crois que c’est ce nombre énorme de morts, qui est comme un trou béant dans la France, qui me touche énormément et cela va encore augmenter.
Cela engendre en moi une grande violence. Par moments, je n’écoute plus les informations qui dénombrent les morts. À chaque fois je flippe. Ça m’irrite le poil et ça me provoque des frissons. J’ai les extrémités de mes doigts et de mes pieds gelés. À chaque fois que j’attends ce nombre de morts j’ai l’impression d’entendre encore l’annonce de la mort de mon amie, ou l’annonce de cette personne, proche de notre famille, qui est morte.
La fonction de ma salive augmente. Ce qui m’empêche d’avaler quoique ce soit, même l’eau, j’ai perdu ce mouvement d’avaler par moment. Ma poitrine se soulève de façon erratique. Tout comme cet étouffement dans ce corps est présent et que j’ai l’impression que mon cerveau se décolle de sa boîte crânienne. Un tremblement se met en route, comme un tremblement de mes organes. Cette situation anxiogène que j’employais de temps en temps n’existe plus. J’aurais tendance à écrire que c’est une perpétuation.
C’est donc une « représentation » de ces morts ou de cette mort que je vais retranscrire.

Comment avez-vous concrétiser votre esquisse ?

Mon idée était de dessiner trois formes différentes qui représenteront le coronavirus, la mort, et les émotions qui naissent quand j’entends ces chiffres.
Pour débuter, j’ai commencé par faire apparaitre le coronavirus. Celui-ci se trouve en haut de la tête de mort. Pour moi, il était important que je fasse parler celui-ci, que je le fasse apparaître en une forme car c’est lui qui provoque ce tsunami : cette chose qui s’infiltre dans notre sang qui nous tue. les ronds renvoient aux variants. J’ai continué mon esquisse en retranscrivent la mort. Une tête de mort, qui fait aussi le nombre de personnes décédées.
Pour terminer il fallait que je puisse faire apparaître cette souffrance, cette peine cette colère qui est en moi etc… Mais je ne pouvais pas tout faire apparaître ; j’ai choisi de dessiner la souffrance, mais une souffrance contenue dans le corps avec des larmes de couleur qui coulent.
J’ai finalement fait parler ce vécu, par un corps, qui est légèrement incrusté dans la forme de la tête de mort. Le visage est caché pour ne rien rentrer montrer il est enfoui dans la forme des jambes. Les larmes évoqueront cette souffrance, souffrance qui n’en finit pas et qui est très élevée. Ce nombre de morts est ancré dans mon  cerveau. Il en restera une empreinte. Peut-être que j’arriverai à la digérer et à mettre dans un coin du cerveau. C’est ce que j’aimerais. Pour l’instant c’est traumatisant.
Voilà mes 3 esquisses étaient là, sur ma feuille. Mais  une idée bizarre est alors venue. En fait je ne voulais pas donner comme de l’importance au mal provoqué par le virus. Je ne voulais pas que les couleurs lui permettent de respirer sur ma feuille. Alors j’ai pris des crayons graphite noirs et gris pour la tête de mort.
Puis, de la couleur rose rouge qui exprime ma colère et qui du coup recouvre le virus et aussi le corps qui est dans la souffrance. Mais pour le corps, j’avais vraiment envie de prendre un gros pinceau pour recouvrir de noir et de rouge, comme  pour arracher cette douleur que je ressens en dans mon cerveau. Tous ces morts et tout ce qui va avec, je ne m’y ferais pas.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

J’ai utilisé, pour faire naître cette production, une feuille de format de 36 x 46cm, un crayon HB pour dessiner mon esquisse. Et pour les couleurs j’ai utilisé comme médium la peinture aquarelle et divers crayons de papier graphiques.

Que ressentez-vous quand vous regardez votre production ?

J’aimerais que le nombre de morts cesse d’augmenter. J’aimerais que cette frayeur qui règne dans mon cerveau disparaisse à jamais. Ma production elle est là devant mes yeux et je me dis que si celle-ci pouvait arrêter ce nombre de mort d’augmenter. Par moment c’est tellement fort dans ma tête, qu’aucun mot ne peut exprimer ce que je ressens. J’aimerais que mes crayons, les couleurs puissent le faire un jour. Ce deuil qui n’arrive pas à exister dans ma tête. Il manque ce aurevoir que je n’ai pas pu faire, à la place c’est la situation : « va vite » qui a pris place. On nous l’a imposé. Il me manque…

BMP – Visage penché, peinture et collage. Une production imprévue

BD – Visage penché, peinture et collage. Une production imprévue
J’aime bien écrire ça par moment, parce que c’est vrai. C’était quelque chose qui ne faisait pas du tout partie de ma journée. Mais en rangeant le jardinet, j’ai vu que le bouleau avait donné naissance à plein de « châtons », sur l’arbre. Ils sont vert tendre, mais quand ils tombent il sont jaune marron.
C’est en ratissant un peu le sol, que j’ai eu envie de me servir de ces chatons pour un collage.

Comment avez-vous concrétiser votre esquisse ?

J’avais envie de faire apparaître un visage, un visage penché. Mais avant j’ai regardé ce que j’avais en esquisse d’avance, qui jusqu’à présent ne me parlait plus dans ma tête. J’en ai trouvé une. Je me suis dit pourquoi ne pas essayer de faire ce collage avec celle-ci.
L’expression de cette esquisse pourrait retranscrire une douceur, une tristesse, ou bien même un apaisement. Traduire cette expression en une forme remplace les mots par moment et cela évite les longs discours qui finissent en rond. Un silence apaisant est là. Finalement je ne savais pas trop. Du moment que ce visage apparaissait sur ma feuille. Et il y avait en moi cette expression ”poser”. Moi je suis là, et je pose ce visage sur une des épaules. Je ne sais pas pourquoi j’écris tout ça finalement, mais  je me dis que si cette pensée a envie de se faire entendre et bien je l’exprime par écrit. Parfois dans ma tête, j’ai la forme de mon esquisse mais pas forcément les mots pour l’accompagner. Par moment je me demande si ce n’est pas cet imprévu qui me déstabilise. Mais en attendant, ce que j’aime bien c’est ce mouvement qui se fait alors.
Je dessine donc ce visage sur la feuille, mais aussi un corps et des mains avec les doigts. Une fois mon esquisse terminée je commence à y mettre des couleurs avec de la peinture aquarelle. Je voulais de la douceur, de l’apaisement, de la tristesse, donc des tons jaunes, marrons, gris, et bien sur des mélanges.
Mon esquisse commençait à trouver ses couleurs et c’est à ce moment-là que j’ai commencé mon collage avec les chatons du bouleau. Certains ont été collés tels quels, d’autres ont été coupés. Cette nouvelle matière me semblait rugueuse, ce qui m’intriguait un peu. J’aimais bien l’ensemble qui apparaissait. Le relief du collage me paraissait plus important que sur mes autres productions. Je n’avais pas trop envie de revenir dessus alors j’ai laissé faire le mouvement et cela jusqu’à la fin de ce collage

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Cette production a été conçue sur un support blanc de 41 cm sur 33 cm. De la peinture aquarelle, de la colle transparente. Pour terminer les chatons, venant de mon bouleau.

Que ressentez-vous face à votre production ?

Ma première réaction a été de regarder cette production finie de loin et non de près. J’avais l’impression que mon collage était trop en relief. C’était une nouvelle découverte avec une nouvelle matière. Essayez c’est chouette !