BD – Sur le livre : La voix de ceux qui crient

Pour en savoir plus sur ce livre :

La voix de ceux qui crient
Rencontre avec des demandeurs d’asile
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky
(Albin Michel, 2018)

Livre – La voix de ceux qui crient – Note de lecture par Françoise Francioli

Quelques passages du livre qui m’ont marquée.

Page 110 du livre :

« Toutes les images de la guerre dont je me souvenais surgirent dans ma tête comme un kaléidoscope. Je ne parvenais pas à identifier les moments. Rien ne semblait avoir un moindre sens. Tout était désordre, et on me demandait de répondre d’une histoire qui n’existait pas. »

Ce morceau m’a beaucoup marquée.
Tout comme celui-ci :

« Il est devenu fou, ce sont des forces invisibles, c’est le mauvais sort. Le patient est inquiet de l’image qu’il renvoie, dont il n’a pas le contrôle. Le trauma n’est pourtant pas la marque d’un fou même si il est traduit par des dissociations, un sentiment d’étrangeté, des crises ou le sujet semble s’échapper à lui-même… »

Non on est pas folle ou fou !
On n’a juste rien demandé.
On est là à vouloir vivre et à garder le sourire, à vouloir avancer dans le présent avec toutes nos marques faites au fer rouge dans notre cerveau qui fait parler cet indicible de ce passé.
Je conseille ce livre.

La voix de ceux qui crient

La voix de ceux qui crient – Rencontre avec des demandeurs d’asile
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky
Date de parution : 07/03/2018
Editeur : Albin Michel
ISBN : 978-2-226-40259-2
EAN : 9782226402592
Format : Grand Format
Présentation : Broché
Nb. de pages : 317 pages
Poids : 0.434 Kg
Dimensions : 14,6 cm × 22,5 cm × 2,5 cm


Page 257

Hors de la plainte

Ibra a trouvé un emploi en CDI et un logement, et il a ses papiers. Il s’est apparemment stabilisé, il est toujours suivi avec des antidépresseurs. Nous avons espacé les séances, il a rendez-vous une fois par mois environ. Un matin, il arrive tête baissée, se plaint d’un problème avec un des contremaîtres au travail. Il a reçu un avertissement car il arrive en retard. Il a tout le poids du monde sur le dos. Je tente de renverser sa perception des choses :
« Cet avertissement, c’est aussi pour dire que l’entreprise a besoin de vous, ils attendent de vous beaucoup de choses. Vous avez réussi à obtenir un CDI, c’est une grande réussite. Il y a quatre ans, vous auriez donné beaucoup pour qu’un employeur se mette en colère parce que vous ne venez pas à l’heure. »
Il argumente longtemps sur la trop grande pression. Quelques semaines plus tard, il rapporte une altercation très vive avec son contremaître, qui, dit-il, en est venu aux mains après l’avoir traité de tous les noms. Il quitte son travail sans préavis. Ainsi, Ibra continue dans la plainte comme si, inconsciemment, il ne pouvait s’en détacher sans risquer de perdre ce qui le rend unique. Être dans le trauma lui permettait en effet de mobiliser de l’attention autour de lui ; il fallait que des soignants se préoccupent de lui et s’inquiètent. Ibra propose cette trajectoire singulière d’un patient qui, après quatre ans de psychothérapie, est en permanence au bord du gouffre. Dès que son quotidien devient un cadre suffisamment stable, il le détruit pour répéter la scène traumatique, revivre la violence et replonger dans l’angoisse : c’est un voisin qui, épuisé par ses provocations, finit par le battre ; ce sont ses compatriotes qui, exaspérés par ses gémissements, l’excluent de leur groupe ; c’est l’entraîneur de foot du club de quartier qui l’insulte car il ne veut plus voir sa « gueule de petite frappe ».
Il s’arrange pour se faire battre et injurier, répète l’événement traumatique dans des déclinaisons continuelles. Il va chercher le châtiment. Régulièrement, il se soûle à la vodka et sort ivre mort dans la rue, frôlant l’accident. Le matin, il débarque dans la consultation pour vomir sa douleur et sa honte de mauvais fils et de mauvais musulman. Ainsi, Ibra, jouant sur les limites, n’est pas sorti de la jouissance du trauma.

Pour acquérir le livre, cliquez sur la couv.