BMP – Un tableau avec du vinaigre d’alcool et des pastels

BMP – Un tableau avec du vinaigre d’alcool et avec des pastels
Ce sont les couleurs et cet alcool qui m’ont permis de faire naître mon tableau.
Quelques petits gestes bien précis, une envie de couleur, de me salir les doigts, de glisser mes doigts sur la feuille, une envie de faire des mélanges et hop me voilà emmenée dans ce monde où je me plais à vouloir rajouter toujours un petit plus ici ou là.
C’était un peu comme si je préparais une bonne sauce en y ajoutent les ingrédients, avec ce désir de créer une saveur d’exception.
Avec mon tableau c’était cela. J’ai préparé mes petits mélanges que j’ai laissés mijoter au fur et à mesure dans ma tête et j’ai rajouté, petit à petit, dans ma production qui prenait forme. D’autant plus que je n’avais pas forcément l’idée de quelque chose de précis à déposer sur ma feuille.
Je me suis juste adaptée en faisant évoluer mes mélanges de couleurs pastels et de vinaigre d’alcool, sur le moment présent. Peu importe si ceux-ci me paraissait légèrement bizarre ! Mais ce n’était pas grave, je me disais que finalement ma production serait de toute façon bien colorée. La forme qu’elle aurait au final m’emportait peu.
Par moment j’avais envie de partir loin de la situation actuelle qui est très anxiogène. Je suis obligée d’avancer de passer d’une situation à une autre alors que je n’ai pas le temps de digérer les premières.
Aujourd’hui est un moment de répit loin des masques, du lavage des mains et des gestes barrières, parce qu’aussi j’en serais incapable si je le devais.
Mais là, subitement je souhaitais rendre ce mystère encore plus coloré, et un peu plus dans le vent, le tout sans prise de tête, faire apparaître une forme qui tienne debout.
Mais je me suis dit que comme les couleurs étaient là, celle-ci tiendrait debout. Et puis comme l’envie était également présente, pourquoi aller chercher plus loin.

Je suis persuadée que l’on peu faire naître une création avec pas grand-chose, une envie, des couleurs, sans prise de tête, mais avec comme moteur l’envie de partager. Profiter de l’instant présent, comme là dehors avec ce soleil.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm, pastels sec et grasses. Vinaigre d’alcool.

BMP – Vous avez dit dé-confinement ?

BMP – Vous avez dit dé-confinement ?
Le gouvernement a dit « dé-confinement” à partir du lundi 11 Mai. Et bien, tout compte fait, c’est encore plus angoissant et plus déstabilisant. Je stresse devant la télé quand je perçois tous ces masques, collés sur les visages, se déplacer. Sans oublier les normes mises en place dans les magasins, les gares, les bus etc. Pour moi, c’est le choc. J’ai l’impression que notre vie va être encore plus tourmentée.
La première question qui me vient est sur la durée. Combien de temps est-ce que ça va durer ça ?
Dé-confinement ou pas, ça ne change pas grand-chose. Mes ateliers sont toujours absents et je ne sais même pas si cela sera possible de les remettre en place. Les associations restent avec un gros point d’interrogation.
Lors de mes derniers échanges avec elles, il y a une incompréhension importante, un malaise et un grand casse-tête. Comment réussir à mettre en place la sécurité obligatoire pour ces personnes qui ne demandent qu’à revenir le plus rapidement possible aux divers ateliers, à leurs RDV pour les dossiers et démarches, car il s’agit de personnes dans la précarité qui souvent ont besoin d’un accompagnement de tous les jours, y compris pour les enfants. C’est tout cela qui me manque, c’est l’ambiance des ateliers, les rires, les turbulences, les partages et voir les créations prendre formes et leurs couleurs. Voilà tous ces mouvements qui donnent vie à quelque chose. Mais aussi aux personnes ce qui est très important, et ça j’y pense beaucoup. Oui j’ai la TJM mais les couverts, la préparation des repas ne font pas danser les pinceaux, mais une bonne ambiance est là.
Pour ma part, je ne perçois pas vraiment un changement avec le dé-confinement. Oui, on peut sortir mais après. J’ai du mal à m’y retrouver. C’est le choc. Je me doutais que cela n’allait pas être simple mais là mon moral en a pris un gros coup.
Je vais donc dessiner sur le choc que je vis en ce moment, l’impression que quelque chose a disparu en moi dans le temps présent.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour concrétiser mon esquisse, j’avais du mal à trouver un semblant de forme. Car je ne sais pas comment les choses vont tourner et se mettre en place dans le futur.
Il n’y a plus de sécurité, c’est le doute, et essayer d’imaginer un positif, crée en moi une grande angoisse et dans une peur que je ne peux contrôler et ne rien contrôler me panique. Je n’ai plus de repères, et ça se bat entre eux.
Je vis avec comme un trou, comme si un morceau avait été arraché dans ma tête face à tous ces événements. C’est donc cela que je vais mettre en forme sur ma feuille.
Après réflexion, l’idée m’est venue de dessiner, un corps, avec deux visages. L’un de ces visages sera plus dominant et plus gros que l’autre, imposant. Mais à ce visage il lui manquera un morceau, un morceau qui serait parti en fumée. Cela exprimera ce que je ressens face aux absences des ateliers et mon regard face à ce dé-confinement. Un visage où il n’y aura pas d’yeux, mais juste la forme de leur emplacement.
Observer ce qui se passe autour de moi m’effraie, les masques, les visières provoquent toujours dans ma tête une grande déstabilisation et une grande frayeur. Cela bloque mon cerveau, m’empêche d’avancer et ne me permet pas d’avoir un regard qui me rassurerait, me sécuriserait. J’ai trop perdu. Il n’y a pas que les ateliers, il y a aussi les liens les échanges avec les familles, et ces liens ont changé ; ils sont comme dévorés par ce nouvel espace “virtuel” et par ces gestes barrières.
Une fois le gros visage fini, j’ai dessiné le long de celui-ci un corps en retrait. Seule la forme du visage est là mais pas d’yeux, de nez, de bouche. Les jambes sont également présentes mais pas de pieds. A quoi bon des pieds si je dois sortir sans but. Avant je sortais pour aller faire les ateliers, pour mon RDV psy mais là, il n’y a plus rien. Cela me terrorise.
Pour les couleurs, j’ai pris du rouge et j’ai ajouté du bleu, du violet, du blanc, beaucoup de blanc qui représente le moment comme quelque chose de disparu, de mort. J’ai également rajouté une petite pointe de couleur marron. Les finitions sont faites aux crayons de couleur.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Production conçue sur feuille de format 50X70 cm à grain fin. Peinture aquarelle, crayon HB, carrés couleur (Conté à Paris), crayons de couleur.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Je regarde ma production et je me sens triste. L’angoisse est moins forte, mais je me sens comme perdue de ce que je vais faire.
Je ne suis pas la seule à vivre cela, et ce qui est important c’est rester solidaire entre nous, garder cette force, même si une peine, une tristesse ce fait entendre. J’ai le blogue où je me promène je lis je relis, j’ai cette impression de faire toujours des découvertes. J’essaie de tenir, mais je voudrais que tout reviennent, et que le beau ne disparaisse pas. 🙂