Lorsque l’art thérapie à l’hôpital aide les enfants à surmonter le traitement du cancer


Lorsque l’art thérapie à l’hôpital aide les enfants à surmonter le traitement du cancer
Marion BOTHOREL
06/10/2018
Depuis deux semaines, dans deux hôpitaux de Beyrouth, des ateliers d’art thérapie sont proposés par la Fondation Saja aux enfants touchés par le cancer.
« Peindre, c’était son échappatoire, son espace à elle, loin du cancer. Ses mains étaient tordues par la douleur mais elle peignait, assise sur le sol, elle peignait tout ce qu’elle pensait. » Pour son mari, Karim Dada, c’est par l’art que Saja Dada Tourbah est parvenue à s’échapper un peu de l’atmosphère de sa chambre d’hôpital pendant la terrible année qui a fini par emporter, en octobre dernier, la jeune architecte de 27 ans.

Un fond sombre d’où s’échappent des nuances de jaune, de bleu… Pour Saria Tourbah, la sœur de Saja, les peintures laissées par Saja délivrent « un message puissant : une transition du noir vers une échappée, plus joyeuse ». Docteurs et infirmières se succédaient dans sa chambre pour voir ses peintures, impressionnés par la force de l’art pour faire face au cancer.

Avec l’aide de la famille de Saja, Karim et Saria ont lancé depuis Londres une fondation qui porte son nom, Saja. Ils ont lancé ce projet pour offrir des moments d’évasion aux enfants touchés par le cancer : « Saja savait ce que nous allions faire. Si les enfants pouvaient changer d’atmosphère grâce à l’art, nous devions, nous, faire tout ce qui était en notre pouvoir pour leur donner cette opportunité », indique Karim.

C’est désormais chose faite. Depuis deux semaines et dans deux hôpitaux de Beyrouth, des ateliers artistiques sont proposés aux enfants atteints par le cancer. L’histoire de Saja, Karim, Saria, de leur famille a touché un grand nombre de personnes, plus précisément en Grande-Bretagne où Saja vivait, aux États-Unis où elle a étudié, et au Liban, d’où elle venait. Yasmine Farah connaissait Saja, notamment sa capacité à apporter une touche artistique à chacun de ses dessins d’architecte. Intervenir dans les hôpitaux pour la fondation qui porte son nom, c’était une évidence : « Cela faisait des années que je voulais le faire, mais seule, ça me paraissait impossible. Je savais que Saja allait m’aider », confie-t-elle depuis l’atelier Dada, le sien, situé au cœur du quartier d’Achrafieh.

Deux ou trois heures de bonheur

En plus de ce soutien, plusieurs autres facteurs ont accéléré la mise en place de ces ateliers : des donations de l’ordre de 100 000 dollars récoltés lors d’une exposition et un dîner dans une galerie d’art abandonnée – un rêve de Saja – et un partenariat avec MySchoolPulse. Cette ONG délocalise depuis dix ans l’école dans six hôpitaux de Beyrouth auprès d’enfants âgés de 5 à 10 ans et au pronostic vital engagé.

Et ça fonctionne. Mirella, Pierre, Perla, Rita ou encore Alaa se sont inspirés des peintres Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle ou Friedrich Stowasser, guidés par Yasmine Farah. Depuis trois semaines, l’artiste se rend deux matinées par semaine dans un hôpital de Beyrouth : « Ils m’attendent avec impatience, ils peuvent être fatigués mais dès que je passe la porte de leur chambre, ils s’éveillent d’un coup. Une maman m’a dit que sa fille ne voulait pas rentrer dormir chez elle car elle voulait peindre à nouveau le lendemain. » Alors elle a laissé des pinceaux, des couleurs et du papier dans un coffre, à l’hôpital. Yasmine Farah veut aller plus loin, elle poursuit un but : « Remplir les hôpitaux de jeunes artistes. » Lors de ses prochaines vacances, elle veut partir à Londres se former à l’art thérapie pour que tous les hôpitaux du Liban puissent proposer ces ateliers aux enfants. « On leur interdit de dormir avec leurs frères et sœurs, on leur interdit de se rendre à l’école, c’est juste deux ou trois heures de bonheur, on leur doit ça », martèle Yasmine alors que son cours d’aquarelle débute dans son atelier.

C’était exactement l’objectif que Saria voulait atteindre : « Les enfants sont supposés s’amuser comme ils le feraient à l’école à cet âge-là, ça les aide à avoir l’esprit occupé à autre chose que la maladie et à exprimer ce qu’ils ressentent. »

Depuis l’Angleterre et l’Espagne où ils résident, Karim et Saria reçoivent tous les lundis matin par mail les dessins réalisés par les enfants. Un moment très attendu par Karim : « Nous n’avons pas une interaction directe avec eux mais nous voyons ce qu’ils font, nous voyons leurs sourires dans leurs peintures, nous les voyons heureux. »

Les dons récoltés lors des événements précédents ont été placés, assurant la longévité de la fondation. En parallèle, Saja Fondation s’est lancée dans le mécénat d’artistes émergents, leur procurant un logement, des collaborations avec les meilleurs artistes et une exposition mondiale. Une œuvre monumentale du parrain de cette première année, Do Ho Suh, a pris place dans le paysage londonien pour une durée de trois ans. La grandeur de l’art pour tous, quelle que soit la fenêtre.

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Art-thérapie : « On a besoin de jouer »


Art-thérapie : « On a besoin de jouer »
Par Alexis Boulianne
Métro
14/12/2017
Diplômé des beaux-arts et en psychologie, Pierre Plante a travaillé avec des personnes souffrant de cancer, notamment des enfants, aux côtés du Dr Julien, en tant qu’art-thérapeute. Il enseigne aujourd’hui la psychologie.
Dans une classe d’arts visuels de l’Université du Québec à Montréal, une élève au baccalauréat en psychologie présente nerveusement un projet de fin de session : une toile. Elle ne maîtrise pas le médium, le trait est hésitant, la composition est maladroite. « C’est le moment, l’espace et la vulnérabilité dans laquelle tu te places lorsque tu crées qui sont importants, pas la technique », explique son professeur, Pierre Plante. Dans sa salle de classe comme dans sa salle de thérapie, M. Plante, art-thérapeute et psychologue, tente de réveiller l’enfant qui dort en chacun de nous.

C’est quoi, l’art-thérapie ?

C’est ouvrir le spectre de l’expression de soi. La peinture, le dessin, la musique ou la danse sont tous des moyens d’expression. La parole en est un aussi, mais on a souvent tendance à la surévaluer en disant : « On est adultes, on a sûrement les mots pour le dire » – mais non !
Parfois, il y a des émotions fortes qui émanent de la perte, que ce soit la fin d’une relation amoureuse, la mort ou la maladie. C’est quelque chose de corporel. On n’a pas les mots pour traduire ça. C’est là que l’art, chez les adultes, prend tout son sens.
Ça arrive plus spontanément chez les enfants, parce que les enfants utilisent déjà tout ce registre, et bien souvent l’expression artistique a plus de sens pour traduire une expérience de leur vie.

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