Ce blogue  13 OR DE VIE est un outil collaboratif pour les ateliers d’Art-Thérapie  à l’intention des victimes du terrorisme . Il est aussi une revue de presse documentaire sur les attentats du 13-Novembre  orientée vers le traumatisme observé à travers les témoignages les études et les soins  dans l’entourage des victimes

Nous ne sommes pas un paquet de gens à soigner, nous sommes des êtres humains. Un médecin ne doit savoir compter que jusqu’à un, l’unicité de son malade, la valeur unique, singulière, qui fait qu’aucun malade ne ressemble à un autre… et que tous doivent être aidés. Encore faut-il que la victime en ait l’envie et la possibilité.

Patrick PellouxL’instinct de vie

Maintenant, quand je repense au Bataclan­­, je vois ma BD. Je vois ce que moi j’en ai reconstruit. Je ne vois quasiment plus les vraies images. Ce que j’ai retranscrit, c’est vraiment pour moi une réappropriation. J’ai fait de ce Bataclan, de cette horreur, « mon » Bataclan, « mon » horreur, avec ma représentation.

Fred Dewilde – Auteur de la bande dessinée « Mon Bataclan »

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13ordevie  Qu’est-ce que l’Art-Thérapie ?

L’art thérapie est une approche centrée sur un processus créatif en tant que modalité thérapeutique. Cette pratique propose une expérience artistique, sensorielle et ludique à travers différents procédés : peinture, dessin, collage, modelage… Les images créées servent de point de départ et de référence pour nourrir la relation avec soi-même et les autres.

Le dispositif mis en place permet à l’activité de se dérouler dans un cadre bienveillant, sécurisant, sans que n’interviennent de jugement de valeur, d’incitation et d’interprétation intrusive. L’art thérapie contribue à apaiser et transformer les souffrances physiques et psychiques pour aller vers du soulagement et envisager l’avenir plus tranquillement.

13ordevie  Pourquoi l’Art Thérapie ?

« La confrontation à des événements traumatiques est une violence indicible qui peut conduire à des blessures psychiques plus ou moins visibles. Pour les rescapés de tels drames il est alors souvent bien difficile de s’en libérer sans aucun soutien. Mettre des mots sur l‘innommable, parvenir à ne plus être submergé par les reviviscences et par ses émotions, nécessitent du temps et pour certains toute une vie n’y suffira pas. L’Art-thérapie est un support de médiation qui permet d’apprivoiser ce qui ne peut pas s’exprimer par des mots et qui permet aux blessés psychiques d’apprivoiser peu à peu leurs ressentis et de ne plus y être soumis. Dans un contexte de prise en charge post-attentat, c’est un relais des plus précieux pour permettre aux impliqués de redevenir acteurs de leur vie en faisant de ce qu’ils ont vécu un temps de créativité qui les aidera à dépasser cette épreuve » Hélène Romano – Dr en Psychopathologie-HDR
Les personnes présentent sur les photos des ateliers qui sont publiées sur le blogue sont celles des Art-thérapeutes et stagiaires avec leur autorisation. En aucun cas il ne s’agit de victimes des attentats.

Témoignage : leurs trois fils étaient au Bataclan, comment faire taire la douleur  ?

Témoignage : leurs trois fils étaient au Bataclan, comment faire taire la douleur  ?
Publié le 18/09/2017 à 14h46
par SudOuest.fr avec AFP
Les trois fils de Marilyne et Jacky Le Guen étaient au Bataclan le 13 novembre 2015. L’aîné de 29 ans n’a pas réchappé à la tuerie. Le couple se débat, entre deuil et aide à leurs deux enfants survivants.

Nos enfants nous disent ‘tu peux pas comprendre, tu n’y étais pas’. Mais nous, comme parents, ils ne peuvent pas comprendre notre douleur non plus », confie Marilyne, près de deux ans après l’attentat du Bataclan et à la veille de la Journée d’hommage national aux victimes du terrorisme.
Ses garçons, Jean, Romain et Maxime (les prénoms ont été changés) 29, 25 et 15 ans à l’époque étaient au concert parisien des Eagle of Death Metal, accompagnés pour les deux plus âgés de leurs copines. « Les cinq personnes qu’on aime peut-être le plus au monde étaient là-bas… Pourquoi  ? » Jacky, informaticien de 57 ans, se pose encore et encore la question.
Soucis administratifs, problèmes de succession, suivi psychologique des enfants, et le chagrin de l’absence de Jean qui enveloppe le quotidien : lui et sa femme sont désemparés, surtout lorsqu’ils observent Maxime, 17 ans aujourd’hui. « On est incapable de dire comment il va », avouent-ils. « Est-ce qu’il ne va pas bien parce que c’est un ado qui ronchonne ou c’est le Bataclan  ? », s’interroge Marilyne, manipulatrice radio de 55 ans.

« C’est horrible de lire un rapport d’autopsie »

« En France, la prise en charge des ados après un événement pareil, y’en a pas, l’Etat se décharge totalement sur les associations », estime Jacky. Le soir du 13 novembre, les trois frères étaient dans la fosse de la salle de concert, où 90 personnes ont été tuées par un commando jihadiste.
Romain et Maxime, les deux cadets, se sont allongés l’un sur l’autre pendant 1H30 pour se protéger des coups de feu. Et Jean, dont on retrouvera le corps à la morgue quelques jours plus tard, où est-il à ce moment-là  ? « On espère qu’il est mort dans les premiers », prient les Le Guen. Le couple a tenté de comprendre comment leur fils est mort. « C’est horrible de lire un rapport d’autopsie : c’est son fils qu’on décrit de la tête aux pieds. Ils parlent d’’agonie rapide’. Romain m’a demandé ‘c’est quoi rapide  ?' », rapporte Maryline

Faire taire la douleur

Puis reprennent les matins… Certains jours, Maxime, délaisse le lycée : « Encore un matin en larmes devant mon bol de café. Encore un matin où il ne va pas y aller », confie Marilyne. « ‘Qu’est-ce que j’aimerais t’aider…’ je lui dis souvent ».
« Romain m’a dit un jour ‘fais le deuil du Maxime d’avant, il fera ce qu’il peut’ », dit-elle. « Maxime nous a échappés définitivement », confirme Jacky. Quant à Romain, il « réagit bien, entre guillemets », selon son père, qui reste attentif : « ça peut se réveiller des mois et des années après ».
La souffrance de la perte de Jean, elle, est ardente : « C’est comme si vous aviez une douleur physique, vous n’avez plus mal parce que vous pensez à autre chose et à un moment, vous faites un mouvement et ça vous le rappelle. C’est ça. Trente fois par jour », explique Jacky. Une douleur taboue dans le couple. « Je n’arrive pas à en parler à Marilyne : je sais qu’elle est dans le même état d’esprit », dit Jacky. « C’est quand on est malheureux qu’on ne le dit pas », confie de son côté Marilyne. « Le jour de l’anniversaire de Jean, je sais en me levant qu’il sait ».
Jacky, la voix grave, essaie d’être pragmatique : « On a un fils qui a perdu la vie, on veut pas que ça gâche celle de ses frères ».

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Mémoire du traumatisme 13-Novembre 2015

Mémoire du traumatisme 13-Novembre
Texte Sébastien Calvet
Photo Michel Slomka
2 février 2016
Épisode n°3 de l’obsession LES JOURS À L’ŒIL

Habitué à travailler sur les souvenirs de conflits, Michel Slomka a photographié la foule d’après le 13 Novembre, s’est rendu sur les lieux des attentats.

Que faire lorsque votre obsession photographique vient frapper à votre propre porte ? Le photographe Michel Slomka a dû répondre à cette question après les attentats qui ont meurtri Paris le 13 Novembre 2015. Depuis des années, il poursuit un travail autour de la mémoire des conflits, les traces des traumatismes causés par les guerres : Michel Slomka arpente des territoires nommés Bosnie, Hongrie, Syrie.
Les jours qui ont suivi les attaques du Bataclan, du Carillon ou de La Belle Équipe, le photographe s’est tourné vers ces lieux brutalement touchés par la violence et ce sont ses images que nous avons choisies pour l’obsession Treize Novembre. Depuis, il a tenté de retrouver les indices qui parcourent son travail. Il nous raconte cette quête et nous donne les clés pour comprendre ce qui se cache derrière ce calme sidérant.

Devant la pizzeria Casa Nostra, les traces de la fusillade de la veille subsistent. Michel Slomka les photographie comme un témoignage de l’attentat. Il met ces images en relation avec celles qu’il a faites en Bosnie après la guerre. — Photo Michel Slomka/Hans Lucas.

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