L’art brut, qu’est-ce que c’est ? L’art brut d’hier à aujourd’hui

Logo-Les-impatientsConférence du 18 octobre 2015 aux impatients
Souvent qualifié, à tort, d’art des « fous », d’art naïf, ou bien confondu avec l’art thérapeutique, l’art brut mérite d’être défini.
Flavie Boucher vous invite à mieux comprendre ce qu’est l’art brut. Elle propose dans un premier temps de revisiter l’histoire de cet art singulier et de se familiariser avec ses principales caractéristiques, ainsi que de découvrir certaines collections et institutions qui en font la promotion. La projection et l’analyse d’œuvres de maitres d’art brut ainsi qu’un court métrage sur un artiste brut soutiendra cette exploration. Finalement, elle fera un état des lieux de l’art brut aujourd’hui, à l’international ainsi qu’au Québec.
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Collaboration de Flavie Boucher, MA muséologie, doctorante en histoire de l’art, Université de Montréal. boucher.flavie@gmail.com

L’Art Brut est un terme inventé en 1945 par l’artiste français Jean Dubuffet pour désigner les créations (dessins, peintures, assemblages) de personnes dépourvues de connaissances ou d’influences artistiques, qu’il réunira dans sa collection personnelle.

Pour bien comprendre le concept d’Art Brut, il est nécessaire de retourner à la fin du 19e et au début du 20e siècle. C’est une époque en pleine effervescence artistique et les artistes ressentent la nécessité de rompre avec la tradition académique, les conduisant à s’intéresser à la culture de « l’Autre ». Le primitivisme1 devient la réponse à cette quête d’altérité. Mais l’art populaire, les dessins d’enfant, l’art médiumnique et « l’art des fous » sont également des formes d’expression qui semble ouvrir des voies nouvelles à la création. Le terrain était donc préparé pour la « découverte » de l’Art Brut par Jean Dubuffet.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, Dubuffet s’intéresse aux travaux de pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques et aux marginaux afin de constituer ce qu’il appelle « les fondements d’une esthétique de la subversion » puisqu’il considère les règles artistiques et culturelles limitatives. Il établit donc les critères qui se trouvent à mille lieues des modèles traditionnels de l’art : les auteurs de l’Art Brut doivent être autodidactes, marginaux, témoigner d’une inventivité et d’une indépendance créative et travailler dans la solitude et dans l’anonymat. Il élabore également une définition de ce nouveau concept :

« Nous entendons par [art brut] des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, a peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écritures, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions… »

L’Art Brut se trouve donc dans les créations d’aliénés, mais également dans celles de personnes isolées, d’excentriques, d’autodidactes, de personnes âgées et de prisonniers, bref de tous ceux qui sont exempts de culture ou qui y sont réfractaires et qui n’ont aucune aspiration de reconnaissance sociale. En somme, il cherche un art spontané, sans prétention culturelle et sans démarche intellectuelle qui, contrairement à celui des artistes, n’est pas produit pour un destinataire. Ainsi, afin de répondre à sa définition, Dubuffet choisit d’exclure de sa collection l’art naïf, l’art enfantin, l’art populaire, l’art premier et les créateurs ayant eu une formation artistique.

Ateliers d’Art-Thérapie au Québec – Quand l’art s’attaque à la maladie mentale

Logo-L'action.comCarolineCaroline Morneau
ATELIERS. L’organisme reconnu à la grandeur du Québec, Les Impatients, offre dorénavant des ateliers à Joliette. Le but : supporter les personnes aux prises avec la maladie mentale, et ce, à travers la création artistique.
« On propose plusieurs types d’ateliers. Il est important de retenir que lors des séances, il n’est jamais question de maladie mentale. Les participants sont traités comme des personnes à part entière », témoigne Frédéric Palardy, directeur général de Les Impatients.
Concrètement, l’organisme permet chaque semaine à trois groupes de dix personnes atteintes de maladie mentale de s’adonner à la peinture, au dessin ou encore au collage, sous la supervision de l’animatrice et artiste d’art contemporain, Marilyne Bissonnette et d’un intervenant en psychiatrie. Les activités sont d’une durée de deux heures. L’un des ateliers est offert au Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRDL) tandis que les deux autres prennent place au Musée d’art de Joliette. Un décor parfait pour laisser aller sa créativité.
« Donc, si on fait le calcul, 30 participants prennent part au projet chaque semaine », précise Dre Valérie Falardeau, psychiatre au CHRDL. Elle indique par ailleurs que les requérants du service sont placés sur une liste d’attente et que la priorité, pour le moment, revient aux patients suivis par un psychiatre. L’atelier présenté au CHRDL est proposé à la clientèle qui y réside et qui éprouve des difficultés à se déplacer.
« On veut donner une chance au plus grand nombre de gens possible de participer aux activités, c’est-à-dire, pas seulement ceux en psychiatrie, mais également ceux qui reçoivent l’aide d’un psychologue, d’un médecin de famille ou d’une infirmière. Pour le moment, c’est un projet pilote, alors on doit définir des priorités, mais on a déjà le financement pour éventuellement offrir un quatrième atelier hebdomadaire. »
Les types d’art proposés sont appelés à se diversifier, ajoute-t-elle. « On veut éventuellement aller vers la danse, la musique et les ateliers d’art littéraire. »

Ateliers qui portent fruit
« Les Impatients nous font sortir de notre solitude », témoigne Lucie Tremblay, participante au projet. « Dessiner, ça me procure tellement de bien. Quand on sort de trois semaines en psychiatrie, on ne sait plus quoi faire. Le dessin m’a beaucoup aidée à me désennuyer. »
Selon des données fournies par Dre Falardeau, une personne sur quatre serait atteinte de maladie mentale, avec ou sans diagnostic. Elle stipule que les ateliers de l’organisme Les Impatients contribuent à briser les tabous quant au phénomène tout en permettant aux patients de s’exprimer librement à travers l’art. « Ça leur procure un sentiment de fierté et d’accomplissement. Trop de gens vivent dans la honte, alors qu’il n’y a pas lieu d’être. »
Frédéric Palardy ajoute que 87 % des participants disent voir des bénéfices directs quant à leur santé et 66 % mentionnent avoir évité l’hospitalisation.
Soulignons que le projet est d’abord une initiative d’étudiants du Cégep de Joliette. Deux d’entre eux, Mélanie Gagnon et Annie Grégoire, ont raconté en conférence de presse que leur équipe a eu l’idée de faire appel à Les Impatients dans le cadre d’un projet académique en technique d’éducation spécialisée. Le tout s’est concrétisé avec la participation de divers partenaires, tels quel la Fondation pour la santé du nord de Lanaudière qui finance les activités.

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