Clémentine Autain : " Le silence fait le jeu des violeurs"

Par Claire Hache
le 19 octobre 2011
Elle avait 22 ans.
Un inconnu s’est jeté sur elle dans la rue alors qu’elle se rendait à son cours d’histoire à Stains (Seine-Saint-Denis) et l’a violée sous la menace d’un couteau.
Longtemps, Clémentine Autain a tu cette agression.
Mais avec l’affaire DSK, la co-directrice du mensuel Regards et ancienne adjointe au maire de Paris a ressenti l’urgence d’en parler. Pudiquement. Évoquer en quelques lignes son histoire dans « Un beau jour… Combattre le viol » (Indigène éditions), c’est surtout l’occasion de déconstruire les idées reçues, d’expliquer ce qu’est ce crime « dans la vraie vie ». Interview.
…/…
Il y a aussi une grande méconnaissance des nombreuses conséquences du viol…
C’est un autre poncif qui entoure le viol : on s’imagine que seule la sexualité est impactée (des femmes ont extrêmement de mal à faire l’amour après et ce pendant des années). Or, ce qui est en jeu dans le viol, c’est la négation de l’autre comme sujet. D’où la dépression, la boulimie, le rapport au corps qui est altéré, la culpabilité, le sentiment de dévalorisation voire le suicide parce que c’est quelque chose qui touche l’ensemble de notre être et pas seulement la sexualité.
Pour lire l’article, cliquez sur le logo de Elle

L’inceste, la prescription et la « mémoire traumatique » par le Docteur Nicole Poulbère

Mercredi 17 mars 2010
Docteur Nicole Poulbère, médecin urgentiste.
Comment vivre, victime d’inceste, sans pouvoir faire condamner le coupable du fait de la prescription ?
Il s’agit alors le plus souvent d’un mode de « survie » et non de « vie ». Bon nombres de femmes actuellement souhaitent se libérer d’un lourd fardeau passé : elles ont subi des agressions sexuelles par un proche de leur famille. Elles sont enfin décidées pour saisir la justice. Elles en ont enfin la force morale et physique. Mais là, elles se heurtent à un obstacle : la notion de prescription.
Toutes les femmes qui ont subi des sévices avant 2004, se devaient de faire un recours judiciaire avant leurs 28 ans (voir même avant leurs 21 ans si les faits sont plus anciens). Pour aider à se relever, à se reconstruire, ces femmes ont besoin que le coupable doit désigner comme tel par un représentant de la Justice. A la différence de plusieurs pays (comme le Canada), ces femmes resteront sans pouvoir être davantage soulagées de leurs maux. Au contraire, elles se sentent trahies, également victime du système juridique qui semble ainsi à leurs yeux cautionner les méfaits subits.
Mais alors pourquoi ces femmes ne se sont pas manifestées AVANT le fatal délai de la prescription ?
Ce n’est pas un manque de volonté mais un manque de capacités. Ces femmes voudraient que leurs souffrances morales persistantes cessent enfin. Elles ne souhaitent que cela ! Mais cela implique entre autres la reconnaissance en tant que victime.
A tout cela, vient se surajouter un phénomène décrit comme la « mémoire traumatique ». Il s’agit d’un mécanisme d’auto défense où le cerveau modifie les perceptions, où des amnésies des actes passés surviennent. Cela permet à la victime d’essayer de continuer à mener une vie d’apparence normale. Ce moyen de défense cérébral est vital. S’il fait défaut, la victime trouvera souvent comme autre issue le suicide.
Aujourd’hui, trop de femmes sont dans l’incapacité de voir condamner le bourreau qui les a mutilées physiquement et anéanties moralement à vie. Pourquoi ? Car la prescription les empêche d’avoir gain de cause en France. Pourtant, si elles ne se sont pas manifestées lors des faits ou sitôt après c’est pour survivre à ce phénomène destructeur. Elles ont cherché à « vivre avec », en enfouissant cela au plus profond d’elles même mais ce cancer qui les ronge reste là, en suspend. Par la suite, leur parcours de vie respectif voit souvent raviver le passé lors d’un évènement (mariage, décès, naissance…). La résurgence alors de ce passé va les détruire de nouveau, avec des dommages collatéraux imprévus (époux, enfants). Une prise en charge médicale s’avère indispensable le plus souvent du fait des risques de passage à l’acte.
Pour lire la suite de l’article, cliquez sur le logo Comité Gavroche Paris
___________________
Autres billets sur les conséquences traumatiques
11 mars 2010 – Colloque « Viols et agressions sexuelles : comprendre pour agir » Extrait intervention de Muriel Salmona
RFI – État des lieux de la situation des droits de l’enfant dans le monde
Autres billets du Docteur Muriel Salmona
°/ La mémoire traumatique
°°/ Dissociation, mémoire traumatique et violences sexuelles : des conséquences graves sur la santé à soigner
Elles crèvent d’être enfermées dans un no man’s land, de devoir se taire à cause de la honte et de la culpabilité
Mécanismes des violences : quelles origines ?