Exposition – Aux racines de l’art brut du 16 novembre 2017 – 18 mars 2018

Exposition – Aux racines de l’art brut
16 novembre 2017 – 18 mars 2018

Comme pour Entrée des médiums, en 2012, en s’ancrant dans la vie de Victor Hugo – la folie qui frappe son frère Eugène et sa fille Adèle –, l’exposition propose d’explorer la constitution d’un nouveau territoire de l’art. C’est l’occasion de présenter des collections d’œuvres d’internés constitués au cours du XIXe siècle par 4 psychiatres qui ont récupéré souvent en cachette, les œuvres des internés qu’ils suscitent parfois à des fins « d’art-thérapie ».

SONY DSC – La république des coqs dans le soleil a donné dîner et danse sans déguisement, August Klett.

L’exposition La folie en tête regroupe les œuvres de patients atteints de troubles mentaux, à la maison Victor Hugo, jusqu’au 18 mars. L’occasion de découvrir cet art méconnu, à la portée autant esthétique que thérapeutique.
Après l’escalier baigné de lumière de l’appartement où vivait Victor Hugo, place des Vosges, le visiteur pénètre au premier étage dans la pénombre de l’exposition La folie en tête, un brin dérouté. D’abord par l’obscurité soudaine mais surtout par les œuvres de patients atteints de troubles mentaux. Quatre psychiatres, pratiquant l’art-thérapie – une méthode visant à soigner les malades par l’expression artistique – ont regroupé ces créations longtemps dénigrées. « Ces patients n’étaient pas considérés comme des artistes, dépendaient d’un tuteur et n’avaient même pas d’existence légale », raconte Barbara Safarova, commissaire de l’exposition.

Les productions des malades psychiatriques étaient détruites jusqu’au XVIIIe siècle. « Ils n’avaient accès qu’à un crayon par semaine jusqu’au jour où l’on a réalisé que leurs œuvres pouvaient avoir une valeur esthétique », explique-t-elle. Dans les années 1930, cet art est considéré comme un symptôme de « dégénérescence » par les nazis. L’artiste français Jean Dubuffet est l’un des premiers à s’y intéresser. Il invente le terme d’art brut en 1945 pour désigner cet art des fous et des marginaux. Aujourd’hui encore, certaines de ces créations sont jetées, faute de place pour les stocker.
Les bulletins de la maison de santé de Suresnes où séjournait la fille de Victor Hugo ouvrent l’exposition. « Adèle Hugo manifeste une agitation qui se traduit par des mouvements dans son lit », indique l’écriture fine d’un psychiatre, le 2 février 1915. Un article du Figaro de 1884 illustre l’ampleur du mal dont souffrait la jeune femme : « Mlle Hugo raisonne assez bien […] mais soudain, à table, elle met sa viande dans sa poche ». Eugène Hugo, le frère de l’éminent écrivain, meurt lui interné en 1837 dans un état de prostration complet.


Ils en seront les premiers collectionneurs, les premiers «critiques», leur souci de diagnostic et d’étude s’ouvrent sur la conscience. Refusant l’imagerie de la folie et sa mise en spectacle des troubles mentaux, l’exposition entend ne montrer que l’œuvre des malades et leur rendre hommage, en tant qu’artistes, comme elle rend aussi hommage aux psychiatres. Le parcours de visite, organisé de façon chronologique à travers quatre grandes collections européennes, met en lumière les œuvres les plus anciennes et peu ou pas vues en France.

Collection du Dr Browne

Fondé à Dumfries, en Écosse, en 1838, le Crichton Royal Hospital fut une institution pionnière en matière d’art thérapie. William A. F. Browne (1805-1885) y a réuni de 1838 à 1857 une importante collection des productions des patients, aujourd’hui conservée par les archives de Dumfries et du Galloway.
Collection du Dr Auguste Marie
Très tôt, Auguste Marie (1865-1934) porta attention aux travaux des malades, encourageant à la fois leur créativité et l’activité même de collection, en particularité lorsqu’il fut en poste à Villejuif, où il est nommé en 1900. Sa collection fut dispersée, mais une partie essentielle fut acquise par Jean Dubuffet et se trouve aujourd’hui à la Collection de l’Art Brut à Lausanne.

Collection Walter Morgenthaler

Conservée au Psychiatrie-Museum de Berne, cette collection est issue de l’asile de la Waldau (die Bernische kantonale Irrenanstalt Waldau), rendu célèbre par la présence de personnalité comme Robert Walser et surtout Adolf Wölfli reconnu comme une figure tutélaire de l’Art Brut. Le Dr Walter Morgenthaler (1882-1965) dirigea l’institution de 1913 à 1920.

Collection Prinzhorn

Commencée dès la fin du XIXe siècle à l’hôpital psychiatrique de l’Université de Heidelberg cette collection est devenue mythique par le livre publié à partir de son étude, en 1922, par Hans Prinzhorn (1886-1933), Expressions de la Folie, qui eut une grande influence sur les artistes d’avant-garde. C’est aussi dans cette collection que les nazis ont puisé les œuvres incluses dans l’exposition d’art dégénéré en 1937.

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L’hôpital Sainte-Anne expose les œuvres de ses patients

hôpital Sainte-Anne – Un hôpital psychiatrique expose les œuvres de ses patients
Publié le 03/10/2017
par Pierre Pinelli
Pour ses 150 ans, l’hôpital Sainte-Anne présente 120 œuvres qui témoignent de la vie asilaire et des productions des malades. Bouleversant.
C’est le troisième accrochage dont nous profitons dans ce petit espace et, à chaque reprise, nous sommes agités de « waouh ! » et pris par l’émotion. Cette fois, les deux salles du musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne rendent compte de la constitution de la collection de Sainte-Anne, au moment où le centre hospitalier fête ses 150 ans. Les œuvres présentées dans le premier acte (l’exposition se fera en deux temps) sont les plus anciennes.

Art des fous ou art brut ?

Elles furent réalisées entre 1858 et 1949. Comme le titre le catalogue de l’exposition, nous nous situons entre « art des fous et art brut ». Aussi y découvre-t-on cent vingt œuvres, qui témoignent à la fois de la vie asilaire et des productions de malades réalisées de façon spontanée ou avec l’encouragement de psychiatres. Les aquarelles faussement naïves d’Auguste Millet attestent un talent bouleversant. Certains, comme H.A.R., dont on ne sait quasi rien, impressionnent par la qualité de leur production.

“Un musée a toute sa place dans un hôpital”

C’est aussi le cas de René-Ernest Brédier, professeur de dessin hospitalisé dans les années 1940, incité à peindre par son médecin. « Ces œuvres sont protégées de toute tractation marchande car, depuis notre labellisation comme « Musée de France » [le seul existant en milieu hospitalier, ndlr], la collection ne peut plus être démantelée, souligne Anne-Marie Dubois, responsable scientifique et commissaire de l’exposition. Je suis heureuse de démontrer ainsi qu’un musée a toute sa place dans un hôpital. »


Elle était une fois, la collection Sainte-Anne.
Jusqu’au 26 nov., du mer. au dim., 14h-19h. MAHHSA, 1, rue Cabanis, 14e.
Entrée libre.
Catalogue Entre art des fous et art brut. La collection Sainte-Anne, coéd. Somogy-Mahhsa, 22 €.

© Dominique Baliko

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