Outreau – Vendredi 29 mai 2015 : Brigitte Bonnafé – L’accusé … et autour

Logo-France-inter-liveEN DIRECT DE L’AUDIENCE – On l’a à peine entendu depuis le début de l’audience il y a maintenant deux semaines. Il a surtout été question des enfants Delay, de leurs agresseurs et accusateurs de Daniel Legrand. Aujourd’hui, l’accusé de ce troisième procès Outreau va être entendu par la cour. Autre temps fort de la journée : le témoignage d’Emeline Delay, fille aînée de Thierry Delay. Elle affirme ne pas avoir subi les sévices de son père mais ses demi-frères, eux, l’identifient comme victime.

Une expertise en urgence

« J’ai été nommée pendant le procès, en urgence. J’ai reçu les enfants un dimanche. »
Sur l’écran géant de la visioconférence : une femme blonde, assez forte. Pull bleu et foulard bariolé.
Lorsqu’elle reçoit Chérif, Dimitri, Jonathan et Dylan, ils ont respectivement  14, presque 12, 10 et 8 ans. On est alors en plein procès de Saint-Omer. Les quatre enfants Delay ont déposé à la barre et, surtout, leur mère – principale accusatrice pendant l’instruction – a innocenté l’ensemble des accusés à l’exception de son mari et d’un couple de voisins. Le procès d’Outreau fait alors la une des médias. L’affaire explose en plein vol.
Aujourd’hui, Brigitte Bonnafé raconte : « quand je rencontre ces enfants, la parole est polluée pour moi par différents paramètres. » Alors, elle se refuse à poser des questions « intrusives » : « je me suis dis que je n’allais prendre que ce qu’ils avaient à me donner ».
En l’occurrence, le récit de leurs sévices, des noms qu’ils disculpent – « vous voyez Marécaux, il n’a rien à foutre là, je pèterais même les plombs pour lui. Karine Duchochois elle a rien à faire là. Le taxi Martel, je crois pas non plus » lui confie alors Chérif ; « j’ai pas vu Roselyne taper mais j’ai dit ça parce que Dupond-Moretti m’emmerdait » raconte de son côté Dimitri – mais aussi d’autres qu’ils continuent à accuser. Dont un acquitté dont la psychologue se refuse à livrer le nom aujourd’hui.
Dans sa déposition depuis la cour d’appel de Douai – où on l’a installée à la place du président – Brigitte Bonnafé se veut prudente. Aucune conclusion définitive. Aucune certitude assénée avec force. L’experte n’est catégorique que sur un point :
« Aucun des quatre ne m’a jamais parlé de monsieur Daniel Legrand. Ils ne m’en ont pas parlé alors qu’ils ont évoqué d’autres noms. Il y avait quand même une palette assez large de noms cités et monsieur Legrand n’est jamais apparu, chez aucun des quatre enfants. »

Quel avenir pour les enfants Delay ?

La question est clairement posée par l’avocat général. Mais quiconque a assisté aux deux premières semaines de ce procès se pose la même : quel avenir pour les enfants Delay ? Comment ces garçons – on a vu les trois aînés venir assister aux audiences – abîmés, fracassés même peuvent-ils se reconstruire ? Que faire aujourd’hui, quand on sait dans quel état d’abandon ils ont été laissés après les procès et l’incarcération de leurs parents ?
La question, c’est donc Stéphane Cantero qui la pose à Brigitte Bonnafé, psychologue qui a expertisé les quatre fils Delay, alors que le premier procès de l’affaire  se déroulait à Saint-Omer. « Comment aider des jeunes hommes victimes des faits les plus odieux ? Comment les aider alors qu’ils paraissent baignés dans un environnement où on leur dit sans cesse « vous êtes victimes de bien d’autres choses » ? »
Brigitte Bonnafé, que l’on a vue très mesurée pendant toute son audition, répond sans hésitation :
« Il ne faut pas les laisser s’enkyster dans la seule identité qui est la leur depuis plusieurs années et qui est celle de victime. Ils auraient besoin qu’on leur injecte du bon et non pas toutes ces sensations d’horreurs qu’on leur a injecté depuis des années. »
A bon entendeur …

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Une réflexion au sujet de « Outreau – Vendredi 29 mai 2015 : Brigitte Bonnafé – L’accusé … et autour »

  1. « et monsieur Legrand n’est jamais apparu, chez aucun des quatre enfants ». » et voilà… que penser de ceci ?

    « Ils auraient besoin qu’on leur injecte du bon et non pas toutes ces sensations d’horreurs qu’on leur a injecté depuis des années ». »
    J’aime beaucoup cette phrase, elle est très parlante, car c’est ce que font les personnes qui m’aident, mon psychiatre le docteur L., Emmanuelle, pour m’aider à me reconstruire.
    « Il ne faut pas les laisser s’enkyster »
    Une des solutions positives effectivement, de changer de route, d’essayer de digérer même si c’est en nous c’est un virus qui nous ronge ce passé.

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