Sublimation et résilience : Paul et Camille Claudel par Silke Schauder

Bulletin de psychologie
2010/6 (Numéro 510)
pages 445-448

Cet article apporte des éléments d’analyse au cas exceptionnel que constitue le double génie artistique chez Paul et Camille Claudel. Leur couple fraternel constitue un paradigme qui intéresse tant la dynamique de la sublimation que les recherches récentes sur le rôle de la créativité dans la résilience. À l’aide de l’étude du génogramme et de l’analyse d’une crise de vie majeure, que frère et sœur ont traversée en 1905, l’article tente de montrer en quoi l’activité artistique peut constituer un véritable tuteur de résilience. À l’inverse, l’échec de la sublimation apparaît comme facteur pouvant précipiter la décompensation psychopathologique.
Analyse du génogramme
• Les faits marquants concernant le couple parental

 Les réactions de Paul et de Camille à une crise de vie majeure
L’œuvre ou la vie ? Le devenir de l’œuvre née de la crise
Conclusion

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Les dangers de la Résilience par Serge Tisseron


Serge Tisseron
Psychanalyste et psychiatre
Auteur de l’Intimité surexposée,
Hachette, Paris 2002.
« Résilience » ou la lutte pour la vie,
Le Monde diplomatique, août 2003,
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Car, derrière ce mot, le mythe de la Rédemption n’est pas loin, le « résilient » étant censé avoir dépassé la part sombre de ses souffrances pour n’en garder que la part glorieuse et lumineuse. On entend de plus en plus de gens parler de leur « résilience » comme si c’était une qualité à porter à leur crédit, voire quelque chose qui pourrait nourrir l’estime d’eux-mêmes. Mais, à les écouter, on se prendrait parfois volontiers à plaindre leur entourage…
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Enfin, non seulement le résilient peut devenir une source de traumatismes graves pour les autres, y compris sa propre famille, mais il peut même parfois déployer une grande énergie destructrice.
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Dans la pratique clinique, il n’est pas rare de rencontrer des patients dont l’organisation psychique correspond à ce schéma. Du point de vue de leur existence familiale et sociale, ils semblent avoir parfaitement surmonté leurs graves traumatismes d’enfance. Ils sont polis, respectueux, sérieux et honnêtes ; comme l’était David Hicks (7). Pourtant, leur haine à l’égard de leurs parents ou de leurs éducateurs maltraitants reste intacte et ne demande qu’à être déplacée vers un ennemi que leur groupe leur désigne, permettant du même coup de mettre définitivement hors de cause ces parents ou ces éducateurs.
En pratique, pas plus qu’on ne peut savoir si une guérison apparente est stable ou pas, on ne peut déterminer à quoi correspond un altruisme apparent chez une personne qui a vécu un traumatisme. Il peut en effet résulter d’un dépassement réussi de celui-ci, mais aussi de la mise en sommeil d’une haine inextinguible pouvant conduire, plus tard, à réaliser un acte de violence inexplicable comme moyen de rendre vie à cette partie de soi à laquelle on n’a jamais voulu renoncer.
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(7) Le Monde, 29 décembre 2001.
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