Le vert, histoire d’une couleur

Logo-France-Interpar Jean Lebrun

l’émission du jeudi 28 novembre 2013

Le vert, histoire d’une couleur


En 1789, le vert aurait pu figurer sur les emblèmes de la Révolution comme, trois siècles plus tôt, la ceinture vert-espérance était apparue sur ceux du duc de Bourbon. Sauf que les hommes de 89 se sont aperçus que le vert était aussi associé à la maison du comte d’Artois, fieffé réactionnaire et futur Charles X !

C’est le lot de toutes les couleurs que d’être susceptibles d’interprétations diverses; toutefois une particularité du vert est qu’il se révèle spécialement instable. Les teinturiers, d’ailleurs, ont longtemps eu toutes les peines du monde à le fixer. En conséquence, au Moyen Age, il pouvait être tour à tour tentateur ou bienveillant, associé au péché mais tout aussi bien à la jeunesse qui, chacun le sait, a « du vert derrière les oreilles ».

Son ascension, longtemps incertaine et contrariée, est manifeste aujourd’hui. Il est bien porté de l’afficher mais comme une idéologie, à la façon du rouge d’autrefois dont on attendait aussi qu’il sauve le monde. Si l’historien laisse de côté le messianisme et qu’il en reste au strict registre des couleurs, il constate cependant que le vert n’est le préféré que d’une personne sur cinq ou six, bien loin derrière le bleu !

Michel Pastoureau
Historien, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études

L’expérience humaine, fondamentale, c’est l’abandon par Michel Serres

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EMPREINTES
LE VOYAGE ENCYCLOPEDIQUE DE MICHEL SERRES
Face à la caméra de Catherine Bernstein, Michel Serres, 77 ans, revient sur les lieux de son enfance, sur son plaisir d’écrire et d’enseigner, ainsi que sur sa vocation pour la philosophie. D’un lieu à l’autre, souvent au fil de l’eau, le citoyen du monde, comme il se définit lui-même, prend aussi le temps de confier sa vision de l’existence.La naissance, le sevrage, le départ le matin à l’école, l’amertume de l’adolescence, le début dans la vie, l’amour même quelquefois, le divorce, les fâcheries, et puis la maladie, l’agonie, la mort… Je crois que, quand on a fait cette liste, on s’aperçoit que l’expérience humaine, fondamentale, c’est l’abandon. (…) Qu’est-ce qui rachète l’abandon ? C’est la mémoire, le souvenir. Mais, à mesure que les abandons successifs sculptent notre existence de ses amères souffrances, on a l’impression que l’amnésie arrive peu à peu et on dit, un peu communément, « les pages sont tournées ». Il y a dans l’oubli quelque chose d’assez positif, enthousiasmant, rebondissant. Alors, oui mémoire, mais aussi beaucoup d’oubli. Si on se souvenait de tous ses arrachements, on en mourrait sans doute et on passerait sa vie à souffrir de ça.