BMP – 1/ L’atelier dessin-peinture avec les personnes migrantes


Lors des ateliers, j’ai pu observer que chaque personne prenaient plaisir à faire apparaître chaque détail dans son dessin. Ainsi la peinture leur permet de mettre en lumière les sentiments, les feutres pour souligner un détail.
Tout comme j’ai remarqué que les formes utilisées sont principalement géométriques, déterminées, finies, rarement vagues ou incertaines. Ils utilisent donc régulièrement la règle preuve. Ils sont très minutieux, chaque détail doit être à sa place, tout a de l’intérêt pour eux, car une histoire de leur vie s’exprime.
J’ai observé que le crayon et leur personne, leur être, dans ces moments d’expression ne faisaient qu’un. En effet une symbiose se produit avec le geste, le mouvement de leur crayon et la position de leur corps.
Ils aiment prendre leur temps, par moment coupé de pauses, ou alors parce qu’ils ont besoin de réfléchir. Je pense qu’ils ont une nécessité de se retrouver, c’est pour cela qu’ils ont un besoin par moment de se mettre en retrait, de s’isoler ou au contraire se retrouver en groupe de deux trois personnes.


Il y a un détail que j’ai aussi observé, laisser leur signature ne leur parait pas important bien que dessiner fut une nécessité pour leur personne. Dans ces moments-là, je leur explique que c’est important que leur création leur appartienne et qu’elle puisse porter une empreinte définitive venant d’eux, c’est-à-dire une signature, leur signature, leur identité. C’est leur passé, leur vie qu’ils partagent avec nous.


Pour en revenir à mon dessin, je trouvais important de mettre cette émotion forte, représentée par ce corps soit en avant, car elle est aussi valable pour les personnes étrangères dans ces moments de création. Quand ces personnes dessinent, elles s’expriment également en mots, autrement que par la langue elles transmettent leur émotions grâce à la tonalité de leur voix, comme la colère, la peine ou l’incompréhension.
Par moment ces émotions sont fortes et on a l’impression qu’elles envahissent la pièce, ce qui pousse à garder un zeste de silence, en marque de respect à ce qui commence à se créer sur feuille. Après c’est un nouveau mouvement qui apparaît, il est plus présent et plus large, on le ressent également ce changement.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

J’ai dessiné au crayon les personnes migrantes et j’ai continué mon dessin en représentant ces tables ou toutes les personnes sont rassemblées. Je trouvais que laisser un espace légèrement coocooné plus en retrait dans la position sur ma feuille expliquait ce côté rassurant, encadré lors de ces ateliers, pour pouvoir créer.
Il y a le fait de créer, faire apparaître les traits qui nous apportent une forme au final et ce n’est qu’après que les premières émotions se font sentir, s’exprime dans la tête, c’est pour cela également que j’ai mis toutes les personnes plus dans le renfoncement dans mon dessin.
Et c’est tout cet ensemble qui à la fin peut provoquer une explosion d’émotion esthétique, lors de notre regard sur toutes ces créations faites par ces personnes qui se sont retrouvées seules, avec les crayons, la peinture et la couleur, c’est comme une union qui se produit dans ces instants-là présents.
La forme de la force des émotions en couleur
Cette émotion que je ressens lors de ces moments d’atelier, qui sont très forts et je devais donc la mettre en forme, et celle-ci serait de faire apparaître un corps en arc qui laisse entrer cette émotion forte en lui, en arc car la sensation est très forte, aussi bien dans le partage que dans les échanges et ce sont toutes ces situations et cette force qui pousseraient ce corps à se courber en arrière, de plaisir.
Mais cette force n’a rien de négatif, bien que les échanges soient touchants, c’est la réalité qui est là dans la bouche de toutes ces personnes qui s’expriment et qui me transcendent le plus.
Pour donner un peu plus de vie à mon dessin, je devais donc faire apparaître toutes ces formes qui représenteraient ces personnes migrantes tout en restant respectueuses et discrètes vis-à-vis d’elles. C’était important pour moi, j’avais en moi toujours cette angoisse d’aller trop loin, mais aussi de dévier de mon chemin !
Je devais donc trouver le juste milieux pour faire apparaître une forme expressive et je dirais également digne pour faire parler ce que je partage avec toutes ces personnes qui se déplacent à mes ateliers.
Pour concevoir le manteau de mon esquisse, j’ai repris la couleur des cheveux des personnes, la couleur de peau au niveau du visage. De la couleur au niveau de ce corps qui fait apparaître l’émotion forte et pour le reste je me suis dit que la couleur grise était la mieux appropriée pour finir le manteau de mon esquisse.
Pour finir j’ai peaufiné tous les détails à la fin, comme les finitions au crayon de couleurs, au crayon de papier, pour donner plus de vie à mon dessin. Je voulais également faire apparaître un côté apaisant, ce que retrouve lors des ateliers toutes les personnes.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm
Crayons graphic 7B, 3B, 6B, 4B, HB

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Voilà mon dessin est là, sans la sensation d’étouffement, il respire le calme. Je pense que le côté sombre est présent. Quand je le regarde je ne ressens pas d’angoisse. Après il ne me reste qu’à le faire partager aux personnes qui viennent à mon atelier, cela les concerne aussi et entendre leur avis est important. Par moment je me pose malgré tout des questions, sur ma capacité etc. sur ce pouvoir de continuer ça beugue parfois.

BMP – La Méditerranée qui continue d’emporter la vie des personnes migrantes


Je donnerais ce titre à mon dessin, parce que c’est une réalité dramatique et actuelle, tout comme tout le monde a du entendre parler de l’Aquarius qui doit reprendre sa mission qui est de sauver les personnes dans la mer.
Voilà une autre façon d’aborder une des diverses situations que vivent les personnes migrantes lors de leur « voyage » je dirais plutôt l’enfer qu’elles doivent subir et supporter, pour essayer de retrouver une liberté dans notre pays la France.
Pour faire naître ce nouveau dessin, cette fois-ci je voulais « taper » fort, je souhaitais que le visuel de cette œuvre soit engagé et réel qu’il soit sans détour ou autre, sans mensonge sans déni.
Les personnes qui viennent à mon atelier en parlent : les mots et réactions fortes sont bien présentes et nous inondent de frissons, on est là, le souffle coupé, ne voulant pas entendre encore ces « morts noyés » car on sait que là tout s’arrête.
Je souhaitais faire une représentation, car c’est un sujet dramatique qui touche beaucoup de monde, et je trouvais qu’une trace devait rester à jamais, cela fait partie de l’histoire de France, de tous les pays.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Mon idée était là, mais je ne savais pas trop comment je devais faire parler de cette souffrance qui s’exprime dans ces traversées. Je ne voulais pas faire qu’un sur-volage je souhaite vraiment rentrer dans le vif du sujet.
Mon idée était donc, de faire apparaître, faire vivre une « scène » : un bateau qui se retourne, avec des personnes qui se noient, ou qui essaient de se rattraper après de cette bouée de secours, du moins quand il y en avait une sur le bateau, ce qui n’était pas toujours le cas.
Je devais aussi faire apparaître ce mouvement de la mer très violent, cette mer « tueuse » qui emporte de nombreuses vies mais qui est un passage obligatoire pour leur liberté rêvée.
Il y a toutes ces personnes qui vont s’accrocher à cette bouée avec ce dernier espoir de pouvoir vivre et de vouloir s’en sortir. Ce geste de vouloir s’accrocher, montre leur force et leur envie de combattre face à ce qui se trouve ou s’impose à elles.
Et pour terminer mon esquisse je devais aussi faire apparaître toutes les personnes qui n’y arriveront pas, qui vont mourir noyées.
J’ai commencé par dessiner la bouée ensuite le bateau retourné. J’ai continué en faisant apparaître toutes les personnes sur la bouée. Enfin j’ai terminé ce dessin avec celles qui ont perdu la vie durant ce périple, celles qui sont mortes d’espoir.
Pour le manteau de mon esquisse, j’ai employé divers bleus mélangés avec du blanc, pour retranscrire les diverses nuances de la mer qui se déchaîne.
La couleur rouge pour la bouée, une goutte de marron pour le bateau, du noir pour faire parler la mort et du vert pour l’espoir de celles accrochées à cette bouée.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm.
Crayons graphic 7B, 3B, 6B, 4B.
Gouache bleue, blanche marron noire et rouge.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

En regardent mon dessin, j’en ai lourd sur le cœur, car cette situation dramatique est bien une réalité dans le temps présent.
Par moment je me dis que les dessins expriment plus que les mots. Les émotions sont présentes.