11/ Symptômes négatifs de la PAN dans la dissociation structurelle primaire

La dissociation structurelle primaire
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Le survivant, en tant que PAN, est quelquefois capable de présenter une façade de normalité dans la mesure où les symptômes dominants de la PAN sont négatifs. Ce sont en effet des pertes de fonction, qui résultent souvent de la dissociation et d’un évitement mental de dangers perçus. Les pertes peuvent parfois être plus aisément déguisées, dissimulées ou ignorées, que les symptômes positifs. Parmi les pertes dissociatives, on range certaines amnésies (pertes de mémoire), un détachement subjectif de la réalité (avec conservation du contact avec le réel), diverses formes d’anesthésie sensorielle (par exemple, perte de l’odorat, de l’ouïe, de sensations), perte d’affect, qui produit un engourdissement ou une superficialité des émotions, et d’autres pertes qui seront abordées dans le chapitre 5. Ces fonctions peuvent être plus ou moins profondément dissociatives et, jusqu’à un certain point, on peut les trouver dans la PE: par exemple le rappel d’un souvenir traumatique avec les cognitions, les sensations et les affects qui lui sont liés.


Autres billets sur Le soi hanté

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2/ Pour le thérapeute dans la dissociation structurelle par Erik De Soir 
3/ La dissociation structurelle de la personnalité
4/ Diagnostics et dissociation structurelle
5/ Notion de niveau mental
6/ Les actions substitutives
7/ Les actions intégratrices
9/ Les phobies qui maintiennent la dissociation structurelle
10/ Caractéristiques du souvenir narratif autobiographique

3/ L’angoisse chez les Etats limites selon Otto Kernberg

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L’angoisse. – Flottante, diffuse, d’intensité variable, l’angoisse est toujours présente en toile de fond du tableau clinique. Lorsqu’elle atteint son sommet – la crise -, l’angoisse est susceptible de produire des effets de sidération pour la pensée: paralysée, incapable de se représenter, la pensée est comme arrêtée. Au plan somatique, elle s’accompagne souvent d’un florilège de symptômes divers tels la tachycardie, la sudation, la sensation de gène respiratoire, le malaise. Contrairement à la peur (dont le sujet peut se faire une représentation), l’angoisse ne peut se rattacher à un objet précis ou à une situation: elle envahit l’être sans qu’il ait le temps de comprendre ce qui lui arrive, ni pourquoi cela arrive. Si l’angoisse de castration (liée à la culpabilité œdipienne) est dominante chez les névrosés, les états limites peuvent présenter des angoisses de nature mixte : angoisses identitaires, angoisses liées à la perte et à l’éloignement de l’ objet, angoisses plus primitives d’effondrement, de terreurs sans nom. Pour Widlôcher, c’est une angoisse d’annihilation, de perte du sens de la vie. Les travaux de Winnicottl sur la crainte de l’effondrement (fear of breakdown) sont en rapport avec ce type d’affect.

En anglais, breakdown évoque la panne de voiture. Quelque chose s’est cassé ou détraqué dans le moteur ; ou bien alors il manque de carburant. On peut l’utiliser également dans le domaine de la santé pour évoquer l’altération, le déclin et le risque de l’arrêt complet.En termes psychopathologiques, cela va donner le risque de « craquer », la crainte de « s’effondrer ».
Selon Winnicott, cette crainte serait liée à une expérience antérieure d’effondrement qui a pu être ressentie lorsque l’environnement n’a pas pu répondre de façon consistante à un état de détresse. Si ce type d’angoisse peut s’apparenter à la psychose, il s’agit de préciser que l’angoisse borderline est toutefois différente de l’angoisse psychotique dans la mesure où les frontières entre le Moi et l’objet, même si elles sont poreuses, sont existantes. Par rapport à l’objet, on note la prévalence d’une angoisse anaclitique étroitement liée à la distance de l’objet: tandis que l’éloignement réactive l’angoisse d’abandon ; le rapprochement exacerbe l’ angoisse d’intrusion. L’incapacité à mentaliser ou à élaborer psychiquement à partir de ce trop-plein d’énergie pulsionnelle conduit souvent le sujet vers une clinique de l’agir.


1. D. W. Winnicott, « La crainte de l’effondrement » in Nouvelle revue de psychanalyse, n° II, Figures du vide, Paris, Gallimard, 1975.


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