BD – L’état de stress post-traumatique – ESPT

il y a des personnes qui ne savent plus qui elles sont à causes de ses traumatismes sévères à répétions et qui se demandent comment elles font pour survivre et tenir debout… une vie qui en n’est pas une finalement. Comment soigner l’impensable ? Comment peut-on revivre d’une façon logique ? sans être en hypervigilence constamment ? Ou encore dans la sidération dans la tête…

Je dirais que la seule situation qui me sauve est de dessiner, mais après il y aura quoi le jour ou ça ne sera plus possible ?
Et oui ça me fout en colère que les victimes ne voient pas que l’art-thérapie peut aider et que vos atelier peuvent les aider énormément…
Il m’arrive de donner un ordre à ce corps et c’est autre chose qui fonctionne, mon cerveau ne capte pas bien mes demandes et il déraille.
Je trouve triste  de lire qu’il fallait qu’il y est tous ces attentats pour prendre consciente de ces mots « stress post-traumatique » soient pris comme une vraie  maladie ! Ça me rend dingue.

STRESS POST-TRAUMATIQUE : DEPUIS LES ATTENTATS, UNE VRAIE MALADIE

Dans mon dossier c’est encore marqué dépression au lieu de séquelles post-traumatiques sévères.
Les vrais mots sont encore compliqués à mettre en place pour bien définir ces situations.
Ce qui est primordial maintenant c’est qu’on puisse toujours avancer avec toutes les difficultés que l’on rencontre. Me concernant, je suis traumatisée tous les jours et ce n’est pas simplement au moment des viols mais aussi au moment de la tuerie de Tours par exemple et à chaque nouvelles reviviscence provoquées par de nouveaux attentats.

Mes réflexions sont sûrement encore idiotes.

BMP – Plan de la « Tuerie de Tours »


Je voulais représenter comment ça se passe dans ma tête depuis la tuerie de Tours. Mais je pense que ce que j’ai vécu ce jour là est de l’ordre de l’indicible, comme ce qui s’est passé pour la plus grande partie de mon passé.
Mais je me suis dis que malgré tout, y mettre une forme, dessiner le  lieu, pourrait éventuellement m’aider à digérer, à diminuer, cette stupeur dans mon cerveau.
Mais je savais aussi que rien ne pourrait expliquer ni ce que j’ai ressenti ni ce que cela a provoqué en moi ce jour là, jour où il y a eu 4 morts et 7 blessés. Mais je me disais qu’une trace serait là et que ce n’est pas rien.

Comment avez-vous dessiné ?

Pour la réalisation de mon esquisse, avant de la commencer, j’ai fait un exercice du livre « gérer la dissociation d’origine traumatique » concernant l’ouïe.
Ensuite j’ai posé mon premier coup de crayon sur ma feuille, pour transcrire en premier ce que je ressens en moi, et c’est difficile.
J’ai donc représenté ce visage avec ce fusil sur la tête, car c’est ce que je ressens, ce fusil qui représente cet homme qui a tué tout ce qui se présentait devant lui et autour de lui.
Dans ce visage j’ai représenté ce rond, de couleur noire et jaune, ce qui pour moi représente le mot « cible », car c’était cela : j’étais une cible comme pour les autres personnes qui étaient là près de ce tueur.
Ensuite en dessous, j’ai représenté cette bombe avec dedans cette personne à l’envers. Cela veut signifier ce qui se passe dans ma tête : une bombe sur le point d’exploser à n’importe quel moment. Et cette situation me met dans tous mes états. Car je n’arrive pas à gérer cette stupeur en moi.
Ensuite j’ai continué mon dessin par la représentation de ce corps en repli à cause de la souffrance.
Puis j’ai terminé par la représentation de ce lieu où j’ai vu le tueur se déplacer, où moi j’étais présente avec mon garçon et ce gendarme à côté de moi avec les autres personnes.
J’étais là suspendue à cette arme, suspendue à la mort qui était au bout de celle-ci, au bout de cette main qui représentait le tueur.

Matériaux utilisés :

Dessin réalisé sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
J’ai utilisé les couleurs aquarelles suivantes : rouge de cadmium foncé, noir d’ivoire, jaune citron
Finition crayons aquarelles.

Qu’avez-vous ressenti ?

Ce mot « mort » est là, toutes ces victimes qui ont perdue la vie ce jour là c’est terrible, ça me hante, J’ai vu  la vie qui s’arrête, la personne qui s’effondre. Rien ne peut représenter cela. Il n’y a pas de mots pour enlever cela de mon cerveau. Pour moi, ce sont des victimes avec des visages, des familles, un travail, un nom, qui ont disparu d’un coup comme ça, car elles étaient présentes tout comme moi, ce jour là, sur ce boulevard. Ça fait mal.
En faisant ce geste j’essayais de me dire que cela peut représenter un début de pansement.
Il y avait cette lourdeur en moi : impossible de réfléchir, j”avais du mal à déplacer mes mains, c’était lourd, comme si tout pesait des tonnes ; j’avais cette sensation d’être figée et quand cette situation  de paralysie disparaissait, les dissociations prenaient le relais.
On a envie de se balancer on a tellement les tripes et les boyaux à l’envers et le cerveau en rémoulade qu’on se recherche nous-même.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Je n’arrive pas à exprimer : c’est emprisonné. Pourquoi je n’arrive pas à exprimer cette douleur en moi, je ressens c’est une bombe, mais comment la mettre en mot. Je ne sais pas, car peut-être comme je l’ai écrit c’est impossible.