BMP – Fonction enveloppe maternante du thérapeute, fonction enveloppe-contenante des blogues

« Nous ne pouvons passer à côté des travaux de Donald Winnicott (1956) sur le holding et nous retiendrons un concept de fonction enveloppe qui peut s’appliquer ici en fonction enveloppe maternante de l’art-thérapeute, fonction enveloppe-contenante des blogues. »

Extrait de « Quelques aspects du temps post-traumatique dans un suivi de blogue thérapeutique par l’art-thérapie » de Emmanuelle, à paraître.

Quelques recherches sur Internet pour comprendre mieux.
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Winnicott (1887-1971) est pédiatre de formation et devenu psychanalyste pour enfants en s’inspirant de Mélanie Klein, et il va plus loin, dans l’apport de l’environnement primaire. Il est à l’origine de l’affirmation qu’il n’y a pas d’enfant tout seul.

Holding : soutien de l’enfant (psychique et physique)

Le holding signifie le maintien, la façon dont est porté l’enfant physiquement et psychiquement. Ce sont les soins maternels qui soutiennent le MOI de l’enfant encore immature. Cette notion est centrale car elle aboutit à la construction du Self de l’enfant à condition que la mère lui assure et lui offre de façon satisfaisante et continue une sécurité affective et une chaleur protectrice tant physiologique que psychique. Le holding met en place chez l’enfant le sentiment d’exister et de se sentir comme une unité différenciée.
Winnicott désigne par le terme de holding (maintien) l’ensemble des soins de la mère donnés à l’enfant pour répondre à ses besoins physiologiques spécifiés selon ses propres sensibilités tactile, auditive, visuelle, sa sensitivité à la chute et qui s’adaptent aux changements physiques et psychologiques de l’enfant. L’aspect essentiel du maintien, souligne-t-il, est le fait de tenir physiquement l’enfant. Le centre de gravité du nourrisson ne se situe pas dans son propre corps, mais entre lui et sa mère.
Les soins maternels sont la continuation des apports physiologiques de la gestation et se remarquent à peine si tout va bien. L’enfant en retire un sentiment de continuité d’être. C’est sur la base de cette continuité d’être que le potentiel inné de chaque enfant se développe selon sa propre ligne.
Quand les choses ne vont pas bien, à savoir quand la mère est défaillante, l’enfant se rend compte non de la carence, mais des conséquences de cette carence, c’est-à-dire qu’il réagit à un empiétement sur sa propre ligne de développement. Le holding a donc pour fonction essentielle d’éviter à l’enfant la nécessité de réagir et d’interrompre de ce fait le sentiment de continuité d’être.
Face à des ruptures trop importantes, le risque pour l’enfant est l’angoisse d’annihilation. « Voici, dit Winnicott, comment on peut décrire ce qu’il vit alors :
s’en aller en morceaux
faire une chute sans fin
mourir, mourir, mourir
perdre tout espoir de voir le contact se rétablir
Winnicott observe qu’on peut aider à mieux faire des mères qui ont en elles la capacité de donner des soins suffisamment bons : « Il suffit de s’occuper d’elles  d’une manière qui reconnaît la nature essentielle de leur tâche. »
« Selon Winnicott, il ne suffit pas d’être une bonne mère, mais d’être avant tout « une mère ordinaire, normalement dévouée ». Toutes les femmes ne parviennent à cet état où tout est centré sur leur bébé »


Je voulais revenir  sur le holding parce que je me dis que c’est un point important pour qu’un suivi entre l’art-thérapeute et « participante » puisse bien fonctionner. C’est aussi ce qui permet à la confiance d’être présente et de s’installer et d’être forte. Que cela se passe derrière un écran ou en face à face, comme avec un psy.
Ce holding me fait penser à un cocon, où tout est mis en place pour nous aider à évoluer et grandir en toute sécurité.
Sans toutes ces mises en place de ces situations, rien ne peut se faire. Dans le holding, il faut aussi de l’écoute, de la bienveillance et du calme…
Au début de ma thérapie, je pensais que le Dr L. me manipulait pour me faire parler, obtenir quelque chose contre mon gré et de force.
Dans cette chambre de cette clinique où je me trouvais, mes premières rencontres avec mon psychiatre actuel ont été plus que mouvementées.
Le docteur L. représentait à ce moment là, tout ce que je n’aimais pas qui me faisait souffrir et m’effrayait, de plus je le trouvais suspicieux dans sa gentillesse.
Mon passé, les services de la DASS… les psychologues, etc. tous mes souvenirs étaient là dans ma tête à chaque fois que le psychiatre rentrait dans cette chambre, donc faire confiance ou laisser une chance à une ouverture de dialogue restait difficile pour moi. Il fallait un déclic venant de l’attitude du docteur L. et ce déclic s’est produit alors que je ne m’y attendais pas.

Au cours de ces années de thérapie, je me suis rendu compte que ce psychiatre n’était pas là pour me faire du mal, ou me demander quoique se soit. Ça me faisait vraiment bizarre dans ma tête, je n’étais pas habituée à cela. Il était là pour m’aider, mais aussi pour m’écouter sans jugement et j’en passe.
Avant de rencontrer mon psychiatre actuel, j’en ai rencontré d’autre, mais, je me suis sentie toujours manipulée par leurs paroles. Les silences remplissaient mes séances. J’avais un ancien psychiatre qui n’arrêtait pas de me dire : « oui, oui, oui, oui » et alors ? J’étais trop mal à l’aise. Je ne voyais pas ma place.
Je trouvais bizarre et déstabilisant que l’on puisse m’aider, s’occuper de moi honnêtement, que l’on puisse m’aider sans rien attendre en retour, comme coucher ou sans faire une fellation, ou bien même mentir. Et quand je me suis rendu compte de cela avec le Dr L. cela a été pour moi une découverte. Je devais l’accepter, le comprendre, et baisser ma « garde » Je ne devais plus faire de mélange avec les autres personnes du passé.

Mais surtout, j’ai découvert que je pouvais dire, parler sans y être contrainte et sans avoir à demander pardon après, ni être violentée. Je n’arrivais pas à croire que c’ était possible et de ce fait, cela a été pour moi très déstabilisant. Mais je devais apprendre à y croire, et depuis …:)
Cette espèce de crainte ne reste jamais loin, surtout quand je suis dissociée. Mais je me raisonne quand je suis bien moi : Béatrice dans le présent.

Comment avez-vous procédé pour réaliser cette esquisse ?

Je souhaitais donc inventer différents tracés pour traduire ce que je percevais dans ma tête face à cette manière de me sentir comprise telle que je suis, que ce soit par mon psychiatre ou par mon art-thérapeute.

Je voulais aussi exprimer combien je suis bien sur ce blogue. Je m’y sens libre malgré les limites qui sont là, mais qui m’aident à ne pas partir dans tous les sens. Je finis par aimer ces repères qui s’y trouvent. Il y a là un côté rassurant, ce côté qui ne m’a pas été donné quand j’étais plus jeune. Tous ces besoins importants, dont a besoin un bébé, un enfant, pour se développer, et grandir. Tout ça, je le trouve sur le blogue.

J’ai donc pensé pour traduire cela en image, de créer une horloge intégrée dans un corps. Cette horloge représente uniquement le présent. L’ensemble, le corps et cette heure qui s’écoule, représenteront tous les deux ces possibilités de pouvoir avancer, mais aussi se développer, grandir dans la sécurité du blogue, mais aussi dans l’attitude avec l’art thérapeute.
Le blogue je le dessinerais comme un livre, car c’est un peu cela je trouve. A l’intérieur se trouvent mes formes, mes écrits, mes réflexions, mes couleurs. Il représente mon évolution. Mon histoire finalement. Il représente le fait que j’existe. Il représente ce mouvement qui m’est si important ! Avec de beaux partages.
Je voulais dessiner également, un visage qui représenterait la personne qui pense tout ça, et qui l’écrit, donc moi.

Pour le manteau en aquarelle, je me suis un peu servie de la roue des émotions, j’ai mis ce jaune de la joie, de la sérénité et ce petit vert de la confiance.
Après pour les autres couleurs, j’ai mis ce qui ce qui me passait par la tête en regardant de loin mon esquisse.

Matériaux utilisés :

Aquarelle sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Crayons de papiers HB, Crayons de couleurs, J’ai utilisé la peinture aquarelle.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Je me disais que ce que je trouvais sur ce blogue c’était aussi important pour mes parties émotionnelles, je veux dire que c’est un plus pour elles.
• Par moment je me demandais comment j’aurais évolué si on m’avait sortie plus tôt de ces milieux toxiques.
• Je me suis demandé, comme faire pour apporter au mieux ce qui est bon pour mes enfants, afin qu’il n’y ait pas de des défaillances ? Là, j’ai toujours un doute.
• Dans mon dessin, je ne voulais pas faire apparaître le passé, et je ne voulais pas non plus le transporter, car je suis et j’essaie de vivre dans le présent.
• Il y a eu beaucoup de questionnements et de doutes.
• Je me demande souvent, où j’en serais sans ce blogue. Mais quand je réfléchis trop, je suis envahie par une sorte de frayeur tétanisante, comme si je n’avais pas le droit d’être heureuse.
• J’ai ressenti de la culpabilité à ne pas toujours percevoir pour moi, mes besoins.
• J’ai eu des petites dissociations.
• J’ai eu du mal par moments pour ressentir ce qui se passait en moi, je ne savais pas comment faire.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin, je ne ressens pas d’angoisse. Je me dis que je suis peut-être une survivante, mais que j’ai de la chance de pouvoir me reconstruire avec l’aide de ce blogue.
Je trouve intéressent ce que représente ce mot holding.

« On peut aider à mieux faire les mères qui ont en elles la capacité de donner des soins suffisamment bons ; il suffit de s’occuper d’elles d’une manière qui reconnaît la nature essentielle de leur tâche.
Pour les mères qui n’ont pas cela en elles, ce n’est pas en les instruisant qu’on les rendra aptes à le faire. »

D.W. Winnicott, La théorie de la relation parents-nourrissons

BMP – Quatrième étape du deuil – La tristesse sans la culpabilité


« La tristesse dans ma tête sans la culpabilité ».
Je continue sur ma lancée concernant l’émotion de la tristesse en moi. Le but, et ça je l’ai bien compris, c’est que je dois la faire évoluer dans le bon sens et je dois aussi ressentir cette tristesse sans être accompagnée par cette culpabilité. Mais je dois aussi faire comprendre à mon cerveau qu’il doit apprendre à regarder autrement sans se refermer immédiatement à cause de la frayeur et de la honte.
Ce mot tristesse, lié à la disparition de l’atelier me renvoie aussitôt la phrase : « je veux disparaître, je veux qu’on m’oublie, je dois laisser ma place, je ne dois pas être étouffante, je dois laisser les autres faire comme ils le veulent, les laisser respirer. »
Cette phrase je ne la sens pas comme négative. Je me dis : voilà la situation a tourné depuis le début, par rapport à ce que j’avais proposé, pour un tas de raisons, mais je n’en suis pas forcément responsable. L’important c’était de l’avoir proposée, d’avoir fait le pas, d’avoir osé. Cela je l’ai fait, maintenant  je dois laisser respirer les autres personnes et je dois continuer mon chemin tout en laissant faire les choses ; tout en observant.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Donc pour cette esquisse, je voulais représenter ce côté positif d’avoir proposé une idée, et cela je l’ai traduit par ce grand visage, qui représente la personne qui a fait et dit. (proposition de partage)
Puis j’ai continué en représentant cet autre visage de profil au centre de ma feuille, de mon dessin mais en beaucoup moins grand avec cet œil qui s’efface de plus en plus du présent. Cela veut faire comprendre que la situation a changé et que je me retire doucement de cette proposition pour finir en boule, ce que j’ai fait apparaître en bas de ma feuille. Le deuil est présent.
Pour concevoir le manteau en aquarelle, dans ma tête je voulais du rouge et encore du rouge et du gris. Je voulais jouer avec les deux couleurs en faisant apparaître un léger dégradé dans son ensemble.

Matériaux utilisés :

Aquarelle sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin. Crayon aquarelle rouge + eau et un petit pinceau. Crayon HB, 2B, 9B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Dans ma tête les souvenirs de mon passé, en particulier mon amour de l’éclosion des roses dans le jardin où je faisais mes corvées et mon désarroi quand un matin j’ai découvert que tous les boutons avaient été coupés. Et surtout les rires des mères, elles avaient tué ce qui m’accompagnait tous les jours, ce tout petit moment précieux pour moi. Elles m’en avaient amputée, elles me l’avaient volé, elles l’avaient détruit.
• Je me faisais cette réflexion : mais qui a-t-il de mal à observer la nature naître, à regarder quelque chose de beau ? Pourquoi me punir pour autant ? Je n’y trouvais pas de réponse, et il n’y avait rien de logique dans cette punition, mais de la méchanceté.
• J’ai aussi repensé à la langue de mon doudou ours. Elles lui ont coupé la langue… Pourquoi lui avoir coupé la langue ? qu’y a-t-il de mal à vouloir s’exprimer ? Dans mon passé ce nounous était important pour moi. Et lui avoir cousu une nouvelle langue rouge était comme pour guérir une plaie.
• En dessinant j’essayais d’expliquer à mon cerveau que dans le passé il n’avait fait rien de mal et je prenais l’exemple des roses. Observer ce n’est pas mal, au contraire, car on apprend aussi.
• Je voulais aussi faire comprendre à mon cerveau que mon idée de « partager » sur le blogue les ateliers n’avaient rien non plus rien de déplacé ; je lui ai parlé à ce moment-là des mots « partager, laisser trace, sécurité. Ce sont les mots qui se sont présentés à moi.
• Il m‘est aussi encore arrivé de ressentir dans ma tête de l’incompréhension et de vouloir encore en trouver des réponses et de partir en vrille pour finir en mode dissociation.
• Il m’est arrivé aussi de revivre dans ma tête des moments où je devais dire pardon aux mères nourricières ce qui a provoqué une grosse angoisse.
• J’ai donc fait une pause et pour calmer mon angoisse j’ai lu le paragraphe du livre “Gérer la dissociation d’origine traumatique” de la page 331 à la page 345. Je trouvais que ce chapitre m’accompagnait bien sur ce chemin de deuil.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Au premier regard je le trouvais légèrement bizarre, Mais ce qui me faisait du bien c’est que le mot culpabilité ne ressortait pas dans ce dessin et je ne le ressentais pas non plus dans ma tête à ce moment-là précis en l’observant.
Là j’ai réussi à me dire que j’avais fait un petit pas en avant, que je faisais plus du surplace. Le mot victime était moins noir aussi.