BMP – Troisième étape du deuil – La colère

A la demande d’Emmanuelle, j’ai repris mon tableau sur la colère, colère liée à la fin des ateliers que j’avais proposé au Groupe de Chambray, en reprenant ce que m’avait conseillé Sabrina à propos du tableau sur le mot dérive.

« Vous avez très bien fait en dessinant en noir et blanc, car les couleurs ne venaient pas à ce moment-là dans votre tête. Mais pour surmonter cette colère et ne pas donner plus d’énergie et de raison à cette personne, vous pourriez lentement mettre des couleurs. Je commencerais par colorier les lignes dessinées sous les doigts. Vous pouvez utiliser les aquarelles qui sont un matériel plus doux si vous avez mal à la main. Comme ça, en mettant des couleurs sur le dessin, vous vous sentirez triomphante de ce mot et de cette personne. Ce mot vous a touché mais vous pouvez bien le diluer grâce à l’eau de vos aquarelles. »

Matériaux utilisés :

Dessin aquarellé conçu sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Je me suis servie des couleurs aquarelles suivantes : blanc de Chine , ocre jaune, terre de sienne brûlée, violet, cramoisi d’Alizarine

Qu’avez-vous ressenti ?

• J’avais observé que cela me faisait bizarre de mettre de la couleur dans une colère.
• Je me posais la question suivante, pourquoi faire ressortir avec des couleurs et donc en couleur, une situation douloureuse (donc en gris et noir pour moi), et pour moi et autour de moi ?
• Je me suis demandée si le mot « autoflagellation » n’était pas présent. Car effectivement je m’en veux et je n’arrive pas à concevoir que je ne suis pour rien dans ce qui s’est passé.
• Je me suis aussi demandé si je pouvais accepter qu’une colère soit quelque chose de bénéfique.
• Des images du passé ont resurgi : Quand mes mères nourricières me frappaient, je n’avais pas le droit de les regarder, je devais garder les yeux baissés, comme si elles ne voulaient pas voir l’expression de mes yeux. Les regarder était pour elles un affront.
• J’ai ressenti en moi le désir de vouloir trouver une solution à tous prix: je voulais réparer ma “bêtise”. Mais tout de suite est apparue une grande angoisse.
• Je me suis demandée pourquoi cette situation me touchait autant, et ce sont les mots, partager, échanger, écouter, respecter, qui sont alors venus, comme si on m’empêchait de faire tout cela.
• J’ai ressenti une incompréhension.
• J’ai eu des dissociations, j’avais du mal par moment à me concentrer.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En observant mon tableau avec son manteau en couleur, je trouvais que cette colère ressortait avec moins de violence. Pour moi, l’agressivité qui devait émaner de ce dessin était moins visible, comme si les couleurs l’avait avalé. D’une certaine manière les couleurs ont permis à la colère de se montrer moins destructrice.
Quand je regarde ce tableau il me semble que je ressens moins la colère qui est en moi.

BMP – Consentante


Le mot “consentante » me fait froid dans le dos, me glace le sang.
Le code pénal distingue l’agression sexuelle, l’atteinte sexuelle et le viol.

• Atteinte sexuelle : quand un mineur de moins de 15 ans subit des attouchements ou une pénétration par une personne majeure mais que les éléments constitutifs du viol, la violence, la surprise, la contrainte ou la menace, ne sont pas établis.
• Agression sexuelle : quand un mineur de moins de 15 ans subit des attouchements, sans pénétration, mais commis par violence, contrainte, menace ou surprise.
• Viol : quand un mineur de moins de 15 ans subit un acte sexuel, avec pénétration, commis par violence, surprise, contrainte ou menace.
Si un âge est fixé pour le consentement sexuel, par exemple 15 ans, la victime de moins de 15 ans serait présumée non consentante, donc forcément contrainte.

« Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a estimé, lundi 27 novembre 2017, que l’âge de 15 ans comme âge minimum de consentement à un acte sexuel semblait “juste”.

On peut lire :  https://www.francetvinfo.fr/sante/enfant-ado/majorite-sexuelle-consentement-sexuel-des-mineurs-quelle-est-la-difference_2487965.html ou http://www.leparisien.fr/faits-divers/viol-sur-mineurs-une-loi-insupportable-un-verdict-qui-derange-11-11-2017-7386381.php

Mercredi, la cour d’assises de Meaux (Seine-et-Marne) a acquitté un homme de 30 ans qui était accusé de viol sur une fillette alors âgée de 11 ans. Motif ? Aucun des critères (violence, contrainte, menaces ou surprise) n’a été retenu pour permettre d’établir pénalement le viol, et de prononcer une condamnation. Ce verdict a provoqué la stupeur de la victime, partie civile au procès, considérée implicitement consentante. Une vérité judiciaire pour elle insupportable.

Comment peut-on dire qu’une enfant âgée de 11 est consentante d’avoir des rapports sexuels avec un adulte ? Je dois dire que c’est quelque chose qui me dépasse.

Cette enfant va avoir sa vie remplie de stress post-traumatique. Une enfant à cet âge ne pense même pas au sexe. Elle n’est même pas une ado. Elle commence à se transformer, à se former concernant son corps, pour devenir une jeune fille, une adolescente. Elle vit un vrai chamboulement en elle durant cette période. Elle ne connait pratiquement rien concernant le sexe. Ce drame me dépasse.

Quand j’ai entendu cette histoire, mes poils se sont hérissés. J’ai fait un bon en arrière dans le temps.
Cette petite fille, qui était moi, je ne connaissais rien à 11 ans, je faisais ce qu’on me disait de faire, par peur, par frayeur des représailles. Et de plus je ne voyais pas le mal. Pour moi tout était normal, logique, quand vous vivez dans un climat de violence perpétuelle et qu’on ne vous a rien expliqué concernant la vie. Vous ne voyez pas le mal, vous n’y pensez même pas ! En ce qui me concerne, j’ai été violée à 11 ans et non je n’étais pas consentante ! j’étais cette petite fille apeuré de mourir ou d’être punie si je ne faisais pas ce qu’on me demandais. Et je ne savais même pas, je ne me rendais même pas compte qu’on me manipulait pour obtenir ce qu’on voulait de moi. Voilà pourquoi je suis anéantie quand j’ai écouté ce drame concernant cette petite fille.

C’était comme si on n’accordait aucune importance à l’être humain que nous sommes. C’est ce que je ressens devant ce verdict. Que son ressenti ne compte pas, ni le fait qu’elle est encore une petite fille. Et je trouve cela grave et scandaleux, honteux ! C’est elle qui est détruite et non cette personne qui a abusé d’elle, qui lui a volé son innocence ! C’est elle qui va se dire pourquoi je n’ai pas dit non, qui va ressentir de la honte, et qui va se sentir coupable, et ce verdict va encore amplifier toutes ses situations dans sa tête car finalement son agresseur n’a pas été jugé ! et elle va peut être vouloir comprendre pourquoi… Pour ne plus ressentir ce mot culpabilité mais aussi de la colère peut être.
Le consentement c’est être capable de dire oui à la personne qui nous demande de faire ou de dire quelque chose, c’est être conscient de nos responsabilités à prendre.
• C’est être conscient et comprendre de tout ce qui nous est demandé de faire ou de ne pas faire.
• Si la personne en face de nous, n’entend pas ce oui, c’est que l’autre personne n’est pas d’accord, et donc qui’l n’y a pas de consentement.
• Dans ce cas, la personne qui a demandé, ne doit rien faire, car elle n’a pas notre accord, qu’il soit verbal ou écrit. Elle doit respecter cela, car c’est respecter la personne, l’être humain qui est en face d’elle, son opinion et son jugement.
• Il ne faut pas décider à la place des autres, tout comme dire des choses à leur place.


Par exemple, pendant l’exposition, la dame du groupe a voulu dire à ma place, mon avis sur cette exposition à l’organisatrice de l’exposition. Je me suis mise en colère contre cette personne : elle n’avait pas le droit de faire cela. Au démarrage c’était un échange entre nous deux rien de plus. J’expliquais ma façon de voir. Je me suis mise en colère car lorsqu’elle a commencé à parler à ma place, cela  aurait pu créer des histoires et des mal entendus ! Et cela, je  ne le voulais pas. Je me dis que l’on peut échanger, avoir son avis, sans que cela soit répandu partout.


• Pour moi un consentement n’est pas jamais valide si la personne a bu ou fumé car la personne n’a pas les idées claires pour évaluer la situation. Si la personne en face d’elle, ne respecte pas cela, cela devient de la manipulation et de l’abus de pouvoir envers la personne qui n’a pas toute ses idées car son jugement été affecté par la boisson ou la drogue.
• C’est la même chose en ce qui concerne la médecine. Le médecin ne peut rien faire pour son patient s’il n’a pas son consentement. Si le patient n’est pas apte psychologiquement, ou s‘il est vulnérable le médecin doit faire des démarches auprès des administrations pour avoir ce consentement pour aider le patient dans sa prise en charge.
• En ce qui concerne mon idée d’ateliers et pour l’idée du blogue, je n’ai rien fait sans avoir le consentement de la Présidente du groupe de Chambray : « sortir du silence”.

Pour moi c’était important de respecter l’avis de toutes les victimes qui se trouvaient dans ce groupe. Et cela me fait revenir à la notion de confiance et de confiance mutuelle. Maintenant je dois écouter et prendre en compte les avis de tous en ce qui concerne ces ateliers et le fait aussi, qu’il n’est pas possible de partager ceci sur le blogue. La présidente de ce groupe en a parlé avec nous toutes. le groupe ayant décidé de stopper le blogue
http://artherapievirtus.org/R-A-I-V-I/ il me faut respecter la décision et l’opinion de la Présente du groupe de Chambray qui n’a rien demandé à personne avant de prendre cette décision avant le consentement du groupe. C’est un peu bizarre.
Pour l’exposition j’ai donné mon consentement, mais après ça reste et ça restera l’exposition de l’association « dire, guérir » et non la mienne, tout comme les décisions prises par leur bureau.

Moi je n’ai fait que participer avec mes tableaux qui eux, sont le fruit du travail que je réalise avec l’aide d’Emmanuelle sur le blogue http://artherapievirtus.org/RAIVVI/
Dans ma tête il reste des questions, concernant le mot partager, faire bouger, évoluer etc.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour concrétiser mon esquisse, je me suis servie du mot “manipulation”.
Voilà ce que pense cette personne : “ je fais ce que je veux de cette petite fille, j’en ai le droit, j’ai donc le droit de la violer. Elle ne dira rien, parce qu’elle ne sait pas ce qui est bien ou mal”.
C’est ce qui c’est passé pour moi. Moi je ne savais pas ce qui était bien ou mal. On me faisait subir une nouvelle maltraitance, une de plus et je n’avais pas le droit de porter un jugement.
• J’ai dessiné des mains agressives, car celles-ci montrent la force de la violence, elles représentent l’acte : je t’attrape, tu ne peux pas te sauver, je suis fort.
• J’ai représenté un visage car pour moi c’était important de représenter la personne qui outrepasse les lois.
• J’ai dessiné cette petite fille qui me ressemble dans la tête de la personne car je voulais faire ressortir cette situation que le violeur sait ce qu’il fait à cette petite fille, concernant ses actes qui sont réfléchis. Il la viole et il le sait.

• Pour concrétiser le manteau en aquarelle de mon esquisse, aucune couleur, la situation ne le méritait pas. Comment mettre de la couleur dans une situation de violence, et de souffrance extrême.
Juste ces couleurs noire et rouge pour faire ressortir la violence, le mal qui ressort de cette situation.

Matériaux utilisés

Aquarelle conçue sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Pastels secs.
Crayon HB, 2B, 3B, 9B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• J’ai ressenti de la honte et de la culpabilité.
• Je me suis sentie salie lors de la réalisation de ce dessin.
• J’ai ressenti une grande colère envers mon passé.
Par exemple, pendant l’exposition, la dame du groupe a voulu dire à ma place, mon avis sur cette exposition à l’organisatrice de l’exposition.
• J’ai revécu des viols.
• J’avais cette odeur d’humidité dans mon nez, accompagnée de nausées.
• J’ai ressenti une grande vague d’angoisse et de frayeur. Je me suis revue dans cette cave avec Gros qui abusait de moi sur ce matelas.
• J’ai ressenti la douleur dans le bas de ma partie intime, une douleur tellement forte que je ne me rappelle plus de la suite. Je me suis dissociée.
• J’ai fait une pause, je devais revenir dans le présent, mais pas avec cette frayeur, cette douleur qui m’avait poussée à me dissocier.
• J’ai fait un exercice du livre “ Gérer la dissociation d’origine traumatique” : l’exercice, l’ouïe et le toucher.
• J’avais une grosse envie de boire du gelé.
• J’avais envie de hurler, comme pour faire sortir le mot “mort” de ma tête.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon tableau, je me disais que c’était important d’expliquer qu’à 11 ans on n’est jamais consentant pour avoir des rapports. C’est impossible. Pour moi c’est un viol. Je me dis aussi j’espère que les personnes vont ouvrir enfin leurs yeux, et constater qu’il reste beaucoup de travail à faire pour faire bouger ces situations afin que des drames, comme celui-là n’arrive plus. J’en reviens aussi aux mots : faire de la prévention, sortir des silences, oser parler etc.