Sophie G. – L’épidémie et la peur

Sophie – Epidémie peur
Ce travail a été fait d’après une processus proposé par Chantal Nahas

L’art et toi : transformer la peur par Chantal Nahas

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

J’ai préparé, avec beaucoup de soin, tous les outils qui me semblaient nécessaires à cette production. Paradoxalement en ce temps de confinement où l’on devrait justement avoir plus de temps pour soi (surtout si l’on se retrouve au chômage partiel), j’ai le sentiment de m’octroyer enfin un temps essentiellement pour moi et durant lequel je vais peut-être pouvoir apaiser mon état général. J’ai donc particulièrement veillé à ne pas être dérangée durant ma production et surtout à ce que rien ne puisse venir rajouter à mes pensées ruminantes du moment comme par exemple la télévision ou mon portable que j’ai fait attention d’éteindre. Une fois tout en place, j’ai pu passer à la concrétisation de cette production.

Quels matériaux avez-vous utilisé ?

J’ai utilisé des crayons de papier HB et 2B, stylo bille de couleur noire, Une moitié de feuille Canson 300 g format raisin (ce qui donne 50×33 cm) destinée à l’aquarelle donc très épaisse pour pouvoir être libre d’utiliser n’importe quelle technique s’il m’en prenait l’envie, de la gouache aquarellable, et des pastels aquarellables également.

Qu’avez-vous ressenti tout au long de l’évolution de votre création ?

Lorsque j’ai commencé cette création, je n’avais aucune idée de la manière dont les choses allaient tourner. J’ai beaucoup pratiqué avec des patients ces derniers temps, mais justement les derniers événements, et cette période de confinement qui en résultent m’ont ramenée brutalement à ma réalité et surtout m’ont positionnée devant le fait que moi aussi je pouvais avoir besoin de travailler sur moi-même. D’autre part, récemment diplômée j’éprouve un grand besoin de me situer en tant qu’art-thérapeute, non seulement par rapport à cette crise, mais aussi par rapport aux conditions dans lesquelles je souhaite pratiquer ce métier. Je me retrouve donc figée dans un état de stress latent.

C’est donc dans cet état de stress que j’ai commencé ma production, ce qui explique certainement le fait que j’ai eu du mal à m’arrêter au moment de réaliser le fond chaotique qui est vraiment à l’image de mon état d’esprit actuel.

Cependant, au bout d’un moment qui m’a tout de même paru assez long, j’ai éprouvé le besoin de m’installer plus confortablement… Étais-je enfin prête à lâcher prise ?

Les premières couleurs utilisées sont très proches de la couleur rouge, et j’ai du mal à les quitter. Il est vrai que je ressens de la colère, surtout au moment de sortir faire les courses. Mon mari continuant à travailler, je vais seule faire les courses (d’habitude nous y allons ensemble). C’est donc toute seule que je fais face à l’agressivité, la méfiance, et les comportements immatures des personnes qui demeurent incrédules, régnant dans les grandes surfaces. Je rentre sans force, mais aussi avec beaucoup d’amertume et profondément déçue par l’attitude de tous ces gens.

Enfin ! je parviens à changer de couleur et à utiliser du jaune. Mes idées ruminantes commencent à s’estomper et je commence clairement à m’apaiser. Ma création devient plus lumineuse. Parfois les couleurs se mélangent avec le contour noir, mais cela m’est égal, au contraire, je n’aime pas forcément le noir… Pour moi c’est enfin une explosion de couleurs, et toutes les pensées qui pourraient m’empêcher de mener cette production à son terme se sont envolées. Je garde volontairement deux grandes surfaces que je souhaite colorer en orange, ma couleur préférée signe d’énergie. J’y prends du plaisir et je profite vraiment de ce moment enfin apaisée. d’ailleurs mon café est froid !

Au moment de faire rayonner le cœur central, j’aimerais d’ailleurs qu’il rayonne encore plus, mais pour le moment je n’y parviens pas. Je voudrais trouver une autre idée que la peinture blanche : je vais essayer avec de l’aquarelle dorée. Je voudrais qu’il ne se contente pas de rayonner mais qu’il illumine également…

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Je suis surprise de ma production. Je n’ai pas cherché à faire du beau, ni de l’esthétique et je la trouve justement très joyeuse, ce qui me parait en fait beaucoup plus important. Elle explose de couleurs et cela me procure en la regardant beaucoup de plaisir. J’aimerais beaucoup la garder dans un coin de mes pensées, comme une petite piqûre de rappel dans les moments compliqués que la situation actuelle nous impose, de manière à repousser les mauvaises ondes quand elles surgiront à nouveau.

J’apprécie énormément aussi ce moment d’écriture qui me permet d’aller encore plus à la rencontre de mes émotions, et les écrivant d’abord sur le papier au brouillon, et ensuite en les reprenant sur le blog (J’ai toujours adoré écrire). Pour moi, il s’inscrit de façon indispensable dans la continuité de la production et représente dès-lors une étape toute aussi cruciale que la production en elle-même.

2 réflexions au sujet de « Sophie G. – L’épidémie et la peur »

  1. Bonjour Madame,
    Je ne sais pas si c’est en lien, mais j’ai fait cet exercice et je trouve génial que vous l’ayez fait vous aussi en tant que professionnelle. Bravo.
    Au centre de votre production, j’aperçois un cœur éclatant. De la chaleur en apparaît, celle-ci se montre à travers les couleurs. L’écriture est une finalisation complète, c’est comme moi quand je fais mes finitions au gros feutre.
    Les couleurs ont mangé votre angoisse et peut-être aussi votre inquiétude.

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    1. Merci Béatrice pour ce commentaire. Je pense sincèrement que nous sommes tous égaux face à cette pandémie inédite.
      Mais il est vrai qu’en tant que professionnelle j’estime nécessaire d’être au clair avec mes ressentis, mes idées, mes émotions…
      @bientôt S.G.

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