3/ La responsabilité du suicide de l’un des acquittés d’Outreau par Cherif Delay

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Je ne vous demande pas de remettre en question le 
jugement rendu en décembre 2005. La loi l’interdit.
Au total, sur les dix-sept adultes mis en examen 
dans le dossier, dix ont été condamnés en première 
instance. Six ont été acquittés à Paris, en appel.
L’un 
de ces adultes, François Mourmand, est mort en prison 1, victime, selon l’administration pénitentiaire, 
d’une surdose de médicaments. Certains ont inter
prété ce drame, suggérant qu’il se serait suicidé, ne 
supportant plus les accusations qui pesaient contre 
lui.
Autrement dit, nous, les enfants, accusés d’être 
responsables de l’incarcération des acquittés, nous 
aurions en plus à supporter la responsabilité morale de 
la mort d’un homme.
Dans des phases de souffrances 
aiguës, j’ai tenté plusieurs fois de me suicider. Parfois, 
on m’a rattrapé de justesse. Si j’étais passé de l’autre 
côté, comment aurait-on interprété mon geste ?
Il se 
sentait coupable, auraient dit certains. Il ne supportait 
plus de ne pas être cru, auraient dit les autres.
En réalité, 
quand j’ai voulu en finir, c’était simplement parce que 
je voulais ne plus souffrir. Interpréter son geste, si le 
suicidé n’a pas laissé de lettre, c’est indigne !
1. La cour d’appel de Douai a confirmé le 4 mars 2011le non-lieu rendu 
à l’issue de l’enquête.

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Autres billets sur le livre Je suis debout de Chérif Delay
1/ Outreau – Je suis debout par Chérif Delay
2/ Autofiction, dans « Je suis debout » de Chérif Delay
4/ La suite, je l’ai vécue comme pendant les viols. Dissosié. J’étais à la barre, mais totalement absent
6/ J’adressais des messages confus que j’imaginais 
suffisamment clairs

Outreau : Cherif Delay publie sa vérité et provoque des remous par Gaël Branchereau – AFP

Outreau : Cherif Delay publie sa vérité et provoque des remous
De Gaël BRANCHEREAU (AFP) – 11 mai 2011

LILLE — Devenu adulte, Chérif Delay, le fils de Myrian Badaoui-Delay, une des quatre condamnées de l’affaire de pédophilie d’Outreau, publie sa vérité et maintient ses accusations au risque de choquer et de faire ressurgir des blessures, dix ans après le déclenchement des procédures.
Co-écrit par le journaliste Serge Garde, l’ouvrage de Chérif Delay, âgé de 21 ans, s’en prend à « la vérité judiciaire inattaquable » qu’avait fait émerger, selon lui, le procès en appel de novembre 2005 aboutissant à la condamnation de quatre personnes – dont sa mère et son père adoptif – sur les 18 mises en cause.
A l’exception de François Mourmand, décédé en prison d’une overdose médicamenteuse, les autres ont bénéficié, à ses yeux, d’un « acquittement programmé ».
« Je vais enfin pouvoir répondre à ceux qui, sans me connaître, m’ont traité de menteur, d’affabulateur, de mythomane et j’en passe », écrit Chérif Delay.
« Tout ce que j’ai dit devant les assises de Saint-Omer, je l’avais dit pendant mon premier interrogatoire et je le maintiens aujourd’hui (…). Mes violeurs, je peux difficilement dire combien ils étaient. Mais j’en ai identifié avec certitude sept en plus de Delay (son père adoptif) et de ma mère. Soit neuf au total », accuse-t-il.
Le jeune homme, qui raconte sans pudeur ses années de galère après Outreau – la drogue, la délinquance, la prison, les tentatives de suicide – décrit une fois de plus la constitution de ce qu’il continue d’appeler « le réseau ».
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