Le Conseil constitutionnel censure la loi sur l’inceste par Michel Huyette

Vendredi 16 septembre 2011
En février 2010, le Parlement a voté une loi « tendant à inscrire l’inceste commis sur les mineurs dans le code pénal et à améliorer la détection et la prise en charge des victimes d’actes incestueux » (texte ici).
Dans un précédent article auquel il est renvoyé, nous avions souligné les difficultés découlant du nouveau texte, et notamment autour de la définition pouvant sembler trop large et trop floue de l’inceste (cf. ici)
Puis, comme également signalé (cf. ici), le Conseil constitutionnel a été saisi de la question par le biais d’une QPC.

Le Conseil constitutionnel vient de rendre sa décision. Il y est écrit (décision ici) :
– « Considérant qu’aux termes de l’article 222-31-1 du code pénal (texte ici) : « Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait »
– « Considérant que, s’il était loisible au législateur d’instituer une qualification pénale particulière pour désigner les agissements sexuels incestueux, il ne pouvait, sans méconnaître le principe de légalité des délits et des peines, s’abstenir de désigner précisément les personnes qui doivent être regardées, au sens de cette qualification, comme membres de la famille ; que, par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre grief, la disposition contestée doit être déclarée contraire à la Constitution »
Le Conseil a ensuite précisé que « l’abrogation de l’article 222-31-1 du code pénal prend effet à compter de la publication de la présente décision ; qu’à compter de cette date, aucune condamnation ne peut retenir la qualification de crime ou de délit « incestueux » prévue par cet article ; que, lorsque l’affaire a été définitivement jugée à cette date, la mention de cette qualification ne peut plus figurer au casier judiciaire ».

Pour les raisons mentionnées dans le précédent article et qui ne sont pas reprises ici, la décision du Conseil peut être approuvée sans réserve. Rappelons seulement que cette loi avait comme effet difficilement compréhensible que pouvaient être qualifiées « incestueuses » des relations entre deux personnes, au sein de la famille élargie, qui, si elles avaient été suffisamment âgées et consentantes, auraient été autorisées à se marier. Or les notions d’inceste et de mariage sont fondamentalement incompatibles.
Mais allons un tout petit peu plus loin.

Tout ceci n’est pas qu’un débat juridique. En effet, il est nécessaire, une fois encore, de s’interroger sur les mécanismes de création des lois.
Autant il est légitime que le législateur cherche régulièrement à mettre le droit en adéquation avec les préoccupations essentielles des citoyens, autant l’impératif de rigueur dans l’écriture des textes ne doit pas s’effacer devant la volonté de satisfaire des groupes de pression aussi bien intentionnés soient-ils. Pour le dire autrement, le remède ne doit pas être pire que le mal.

Pour lire le billet, cliquez sur le logo de Paroles de Juges

__________________________
Autres billets sur la loi du 8 février 2010
La victoire des lobbies dans les Assemblées par Jean-Claude Benard
Loi Inceste – Discussion en séance publique – 2e séance du mardi 26 janvier 2010 – 3e séance du jeudi 28 janvier 2010
1/ Loi inceste 26 janvier – lettre aux députés par auteure obligatoirement anonyme
Aucun projet de texte ne devient partie du droit positif tant qu’il n’est pas définitivement adopté, promulgué et appliqué par Emmanuel Barthe
2/ Réponse d’un député à l’appel à mobilisation sur la loi « visant à identifier, prévenir, détecter et lutter contre l’inceste « 
Inceste : 15 h – 7. Discussion, en deuxième lecture, de la proposition de loi – N° 1789
FR3.fr – La loi contre l’inceste votée aujourd’hui
Agenda de M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Justice – Loi inceste
Reuters – Le Parlement pénalise spécifiquement l’inceste – mardi 26 janvier 2010
L’Express – Le Parlement pénalise spécifiquement l’inceste – mardi 26 janvier 2010
Inceste – Retransmission en directe de la séance publique de l’assemblée nationale – 26/01/2010
Intervention de Michel Vaxès – GDR – à l’Assemblée nationale le 26 janvier 2010

La validation, la réserve et l’abrogation par le Forum Pénal Dalloz
Ne commet pas l’inceste qui veut ! par Maitre Jean de Valon
17 février 2012 – QPC – Définition du délit d’atteintes sexuelles incestueuses

Allemagne : un homme accusé de viols sur sa fille pendant 34 ans

13/09/2011
AFP
Le Parquet de Nuremberg (sud-ouest de l’Allemagne) a renvoyé mardi devant les tribunaux un homme accusé de viol à 497 reprises sur sa fille, pendant 34 ans, lui faisant au moins trois enfants.
L’accusé est un retraité de 69 ans originaire de la région de Nuremberg, en Bavière. Selon le Parquet, il aurait agressé sexuellement sa fille, aujourd’hui âgée de 46 ans, a 497 reprises pendant 34 ans, lui faisant trois enfants. Les faits se seraient produits pour la première fois dans la maison familiale lorsque la jeune fille avait 12 ou 13 ans.
L’accusé l’aurait contrainte à une relation sexuelle en la battant. Puis il se serait livré à des agressions répétées chaque semaine dans des lieux isolés, en forêt. Sur les trois enfants nés de ces relations, deux sont décédés, selon le communiqué du Parquet.
Selon les investigations déjà menées, la jeune fille aurait vécu sous le contrôle et la domination permanente de son père, sans pouvoir entrer en contact avec une personne extérieure. Condamnée à une peine de prison avec sursis pour des faits non précisés, la victime présumée a noué une relation de confiance avec une assistante sociale, qui a permis d’alerter les forces de police.
La jeune femme a depuis porté plainte contre son père. L’accusé, en détention provisoire depuis mars dernier, a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec sa fille, tout en soutenant que cette dernière était consentante.
Cette affaire fait suite à l’affaire Joseph Fritzl révélée en 2008, ce père autrichien qui a violé et séquestré sa fille pendant 24 ans et lui faisant sept enfants.
En Allemagne, un père de famille a été condamné à 14 ans et demi de prison en mars dernier pour avoir violé pendant plus de 20 ans sa fille, sa belle-fille et son beau-fils, au terme de deux procès qui ont choqué le pays.
Pour lire l’article, cliquez sur le logo du Midi Libre