Des ateliers d’Art-Thérapie pour les personnes migrantes

LE migrant. Sculpture de Bruno Catalano. Venise.
Il s’agit de proposer un accompagnement multiple à un public de migrants confrontés à l’exil, aux persécutions ethniques, à la guerre et à la torture, à la précarité, aux violences politiques et sociales. Face au trauma, aux expériences extrêmes engageant le social, l’art-thérapie peut constituer une approche originale et novatrice favorisant la mise en place de différentes formes de narrativité : verbale, plastique, dramatique. Les médiations artistiques peuvent aider à explorer différents aspects du vécu interne des acteurs par la médiation d’un filtre permettant de contourner la confrontation directe à la remémoration traumatique.
A RIVO, Miguel peut dessiner, faire de l’artisanat, jouer avec de la pâte à modeler et bénéficier d’un soutien avec son thérapeute qui l’aide à surmonter ses craintes. « Les problèmes de santé mentale peuvent être un concept abstrait pour les personnes qui ne sont pas en contact direct avec les réfugiés souffrant de problèmes psychologiques », explique Véronique Harvey, porte-parole de RIVO et elle-même thérapeute.
« Il est important d’accroître la sensibilisation aux blessures émotionnelles de manière à les rendre visibles aux yeux du grand public et des gouvernements. »

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Programme 2017-2018 : Traces, Empreintes, Engagements

Programme 2017-2018 : Traces, Empreintes, Engagements
28/09/2017


Créé à la rentrée 2011 au Réseau Asie et Pacifique (CNRS), puis hébergé à la Fondation Maison des sciences de l’homme (2012-2015), le programme Non-lieux de l’exil mis en place par Alexis Nouss et Alexandra Galitzine-Loumpet est dirigé par celle-ci depuis janvier 2016. Une équipe multidisciplinaire en élabore les travaux en collaboration avec différentes institutions académiques et réseaux dans le cadre de séminaires et de programmes de recherche (EHESS, Migrobjets -INALCO, Centre espaces / écritures Université Paris Ouest, réseau Terra-HN…) de même qu’avec des acteurs des scènes culturelles et associatives. Il organise une dizaine de rencontres par an, ainsi que des colloques et journées d’étude.


Pour sa 7ème année consécutive, le programme Non-lieux de l’exil, dans le cadre du séminaire IIAC/ EHESS – NLE comme pour l’ensemble de ses rencontres 2017-2018, portera sur les thématiques suivantes :

Traces, empreintes, engagements

Il s’agira d’aborder les traces ou empreintes de l’exil dans leur dualité constitutive, entre intériorité et extériorité, assignations et expériences, et de les réinscrire dans des contextes en constante transformation.

Les termes de trace et d’empreinte renvoient à la disparition ou à la survisibilité du sujet, à une totalité soumise à l’épreuve du temps, de l’action, de la destruction, du contrôle. Tous deux énoncent à la fois une trace matérielle et une impression sur l’esprit. De fait, les traces de l’exil marquent fortement les corps, les psychismes, les représentations, métamorphosent les sujets ; elles créent également de nouveaux régimes de traces, c’est à dire des empreintes durables, interprétées ou instrumentalisées à des fins antagonistes. La trace devient alors traçabilité, contrôle ou alerte, produisant autant de stratégies pour l’effacer ou au contraire l’exposer et la documenter, notamment à travers l’image et le son.

De la même façon, les mises en relations entre ces trois notions interrogent ce qui, dans le passé, peut modeler le présent par son empreinte, et ce qui, dans le présent, fait trace pour un futur, aussi bien sous forme matérielle (traces des camps, traces de la violence, traces de l’exil) que symbolique (empreintes coloniales, empreintes traumatiques) et politique.

Ce dernier point souligne les relations entre traces, empreintes et engagements. L’exil est, en lui-même, une puissante forme d’engagement. Il remodèle non seulement les vies individuelles – des exilés, de ceux qui les accueillent -, mais des communautés, des projets collectifs, des prises de position, à l’origine de nouveaux réseaux de solidarité et de nouvelles formes d’actions politiques. Le rapport des traces et empreintes à l’engagement produit du commun et tout autant d’importants clivages qu’il parait intéressant de confronter. Il oblige par ailleurs à penser les engagements citoyens en relation avec l’engagement des exilés, des solidarités aux modalités d’expression et de critique de l’accueil. Faire trace, pour les exilés, c’est aussi engager des mouvements qui puissent durer et se transmettre dans le temps, dans la continuité d’une réalité permanente et toujours renouvelée de l’exil.

Calendrier
  • Mercredi 11 OCT 2017 /  Exil, empreintes & engagements, séance introductive  
  • Mercredi 15 NOV. 2017 / Philosophie et actions autour de l’exil
  • Mercredi 20 DEC. 2017  / Exil : mettre en images, mettre en scène
  • Lundi 15 JANV. 2017 / Exil & empreintes des traumas (en partenariat avec le COMEDE) 
  • Mercredi 14 FEV . 2018 /   Exil & empreintes du corps 
  • Lundi 5 MARS. 2018 / Empreintes et mémoires des camps de refugiés (en collaboration avec la Bibliothèque publique d’information, Centre Georges Pompidou) 
  • Mercredi 04 ou 11 AVRIL 2018 (en attente de confirmation de l’une ou l’autre date)Exil postcolonial & empreintes artistiques
  • Mercredi 16 MAI 2018 /Exils et empreintes des voix
  •  JUIN 2018 (date en attente de confirmation) / Exils & subjectivités  
Pour joindre le site, cliquez sur le logo de Non lieu de l’exil

Le vibrant plaidoyer de Le Clézio pour les migrants


Jeudi 5 octobre 2017
ÉDITO – Jean-Marie Gustave Le Clézio a lu à l’antenne un texte inédit dans lequel l’écrivain prend position pour les migrants. Un texte extraordinaire à découvrir ici.
Jean-Marie Gustave Le Clézio était aujourd’hui un invité spécial dans la matinale d’Inter : successivement invité de Nicolas Demorand à 8h20 et d’Augustin Trapenard dans son magazine culturel, Boomerang, à 9h10.

La vérité, c’est que chaque drame de la migration en provenance des pays pauvres pose la question qui s’est posée jadis aux habitants de Roquebillière, lorsqu’ils ont offert l’asile à ma mère et à ses enfants : la question de la responsabilité.

Dans le monde contemporain, l’histoire ne répartit plus les populations entre factions guerrières. Elle met d’un côté ceux qui, par le hasard de leur situation géographique, par leur puissance économique acquise au long des siècles, par leur expériences, connaissent les bienfaits de la paix et de la prospérité. Et de l’autre, les peuples qui sont en manque de tout, mais surtout de démocratie.

La responsabilité, ce n’est pas une vague notion philosophique, c’est une réalité.

Car les situations que fuient ces déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées. Par la conquête violente des colonies, puis après l’indépendance, en soutenant les tyrannies, et enfin aux temps contemporains, en fomentant des guerres à outrances dans lesquelles la vie des uns ne vaut rien, quand la vie des autres est un précieux trésor.

Bombardements, frappes ciblées depuis le ciel, blocus économiques, tous les moyens ont été mis en oeuvre par les nations puissantes pour vaincre les ennemis qu’elles ont identifiées. Et qu’importe s’il y a des victimes collatérales, des erreurs de tirs, qu’importe si les frontières ont été tracées à coups de sabre par la colonisation sans tenir compte des réalités humaines.

La migration n’est pas, pour ceux qui l’entreprennent, une croisière en quête d’exotisme, ni même le leurre d’une vie de luxe dans nos banlieues de Paris ou de Californie. C’est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays.

Pouvons-nous les ignorer, détourner notre regard ?

Accepter qu’ils soient refoulés comme indésirables, comme si le malheur était un crime et la pauvreté une maladie ?

On entend souvent dire que ces situations sont inextricables, inévitables. que nous, les nantis, ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. Qu’il faut bien des frontières pour nous protéger, que nous sommes sous la menace d’une invasion, comme s’il s’agissait de hordes barbares montant à l’assaut de nos quartiers, de nos coffre-forts, de nos vierges.

Quand bien même nous ne garderions que l’argument sécuritaire, n’est-il pas évident que nos murs, nos barbelés, nos miradors sont des protections illusoires ?

Si nous ne pouvons accueillir celles et ceux qui en ont besoin, si nous ne pouvons accéder à leur demande par charité ou par humanisme, ne pouvons-nous au moins le faire par raison, comme le dit la grande Aïcha Ech Chenna qui vient en aide aux enfants abandonnés du Maroc : « Donnez, car si vous ne le faites pas, un jour ces enfants viendront vous demander des comptes ».

L’histoire récente du monde nous met devant deux principes contradictoires mais non pas irréconciliables.

D’une part, l’espoir que nous avons de créer un jour un lieu commun à toute l’humanité. Un lieu où régnerait une constitution universelle et souvenons-nous que la première constitution affirmant l’égalité de tous les humains, fut écrite non pas en Grèce, ni dans la France des Lumières, mais en Afrique dans le Royaume du Mali d’avant la conquête.

Et d’autre part, la consolidation des barrières préventives contre guerres, épidémies et révolutions.

Entre ces deux extrêmes, la condition de migrants nous rappelle à une modestie plus réaliste. Elle nous remet en mémoire l’histoire déjà ancienne des conflits inégaux entre pays riche et pays sous équipé c’est le maréchal Mobutu qui, s’adressant aux Etats-Unis proposa une vraie échelle de valeur établie non pas sur le critère de la puissance économique ou militaire d’un pays mais sur sa capacité au partage des richesses et des services afin que soit banni le mot de « sous-développement » et qu’il soit remplacé par celui de « sous-équipement ».

Nous nous sommes habitués progressivement, depuis les guerres d’indépendances, à ce que des centaines de milliers d’être humains, en Afrique, au Proche Orient, en Amérique latine, naissent, vivent et meurent dans des villes de toiles et de tôles, en marge des pays prospères. Aujourd’hui avec l’aggravation de ces conflits, et la sous-alimentation dans les pays déshérités, on découvre que ces gens ne peuvent plus être confinés. Qu’il traversent forêts, déserts et mers pour tenter d’échapper à leur fatalité.

Ils frappent à notre porte, ils demandent à être reçus.

Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort ?

Dans son beau livre, le docteur Pietro Bartolo cite cette phrase de Martin Luther King, qui n’a jamais sonné aussi vraie : « Nous avons appris à voler comme des oiseaux et à nager comme des poissons, mais nous n’avons pas appris l’art tout simple de vivre ensemble comme des frères »

Augustin Trapenard lui a donné carte blanche quelques minutes pour lire un texte… L’écrivain a lu à l’antenne un texte inédit.

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