UN sur CINQ : Interview de Mme Catherine Bonnet, consultante en pédopsychiatrie

Mme Bonnet explique les difficultés à détecter les signes physiques d’abus sexuels d’enfants. Elle souligne que lorsque les médecins posent des questions à un enfant, ils doivent écouter l’enfant avec beaucoup d’attention afin que celui-ci se sente en confiance et révèle des secrets qu’il aurait pu garder cachés au plus profond de lui-même. Mme Bonnet décrit la situation actuelle en France: les médecins se trouvent dans une situation délicate lorsqu’ils doivent choisir de signaler ou non les cas suspects d’abus sexuels d’enfants. Soit ils signalent les cas suspects et risquent des représailles juridiques, soit ils ne le font pas et courent le risque d’être condamnés pour ne pas avoir signalé un cas suspect. Seuls les médecins qui sont fonctionnaires ont une obligation de signalement. Mme Bonnet précise également que cette situation doit être clarifiée et souligne la nécessité d’une législation claire qui oblige les médecins à signaler les cas suspects d’agressions sexuelles et qui soit assortie d’une immunité disciplinaire, civile et pénale si le signalement est fait de bonne foi. Pour plus d’informations, visitez les sites www.coe.int/oneinfive, www.coe.int/lanzarote et www.coe.int/children

Violences sexuelles et pathologie fonctionnelles pelvi-périnéale par Jean Jacques Labat


Les études concernant le devenir des victimes de violences sexuelles se sont jusqu’alors surtout intéressées aux conséquence psychiques à court et moyen terme (syndrome de stress post traumatique), mais beaucoup moins aux conséquences psychosomatiques à long terme.
La prise en charge et le suivi de ces patients a montré également une plus grande fréquence de ces symptômes somatiques. Depuis quelques années les gastro-entérologues ont constaté une grande fréquence d’antécédents de violences sexuelles dans la pathologie fonctionnelle digestive, deux autres domaines semblent également en être un mode d’expression : les troubles fonctionnels urinaires et les algies pelviennes. Une des difficultés est d’établir un lien de causalité entre l’antécédent et le symptôme psycho-somatique.
Bien que les médias aient tendance à faire croire à l’augmentation de la fréquence des violences sexuelles, pour Feldman (5) il n’en est rien et chez les jeunes filles de moins de 14 ans, la prévalence reste de 10 à 12 % depuis l’après-guerre. L’augmentation de la fréquence des consultations pour violences sexuelles apparaît donc être liée essentiellement à l’évolution des mentalités, à la levée des tabous, plus qu’à une modification du phénomène lui-même ; nous n’en sommes qu’au début de la prise de conscience.
Il semble que les variations de fréquence retrouvée dans la littérature (de 8 % à 26 %) soient essentiellement le fait des biais de recrutement, de la nature des questions posées, de la facilité à y répondre, et surtout de la définition des violences, ce qui peut expliquer des taux régulièrement plus élevés dans les études anglo-saxonnes.
Une étude récente, réalisée à Genève (7) auprès de 1116 adolescents de 13 à 17 ans scolarisés, montre que 33,8 % des filles et 10,9 % des garçons ont un antécédent d’au moins une violence sexuelle.
La prévalence des violences sexuelles avec contact physique est de 20,4 % chez les filles et 3,3 % chez les garçons.
La prévalence des violences ayant comporté n’importe quelle forme de pénétration est de 5,6 % chez les filles et 1,1 % chez les garçons. La moitié des enfants ont subi cette violence avant l’âge de 12 ans, dans un tiers des cas, l’agresseur était un adolescent.
L’agresseur est un membre de la famille dans 20,5 % des cas chez les filles et 6,3 % chez les garçons. C’est dire l’importance et l’universalité de ce phénomène social.
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1. Bloom DA. Sexual abuse and voiding dysfunction. Editorial, comment. J Urol 199;153:777.
2. Devroede G. Constipation and sexuality. In Medical aspects of human medicine 1990:40-46.
3. Drossman DA. Physical and sexual abuse and gastrointestinal illness: what is the link ? Am J Med 1994;113:828-833.
4. Ellsworth PI, Merguerian P A, Copening ME. Sexual abuse: another causative factor in dysfunctional voiding. J Urol 1995;153:773-776.
5. Feldman W, Feldman E, Goodman JT. Is childhood sexual abuse really increasing in prevalence ? An analysis of the evidence. Pediatrics 1991;88:29-33.
6. Friedriech WN, Schafer C. Somatic symptoms in sexually abused children. J Ped Psychol 1995;20:661-670.
7. Halperin DS, Bouvier P, Jaffe PD, Mounoud RL, Pawlak CH, Laederach J et al. Prevalence of child sexual abuse among adolescents in Geneva: results of a cross sectional survey. BMJ 1996;312:1326-1329.
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