Cette affiche, que je trouve cette année très percutante, joue sur l’ambiguïté du discours. Qui sera abandonné l’enfant ou le chien ?
pour lire le billet cliquez sur l’image.
Sarah Nafti et Amélie PoinssotDe son côté, l’AIVI affirme que l’avis négatif ne concernait que l’affichage et défend sa volonté de bousculer les consciences au moyen d’images chocs. La présidente de l’association, elle-même ancienne victime, se bat pour médiatiser la question de l’inceste : « Ces images sont peut-être choquantes, mais elles le sont toujours moins qu’un viol d’enfant. »
« Ce n’est pas parce qu’on est victime qu’on a raison, rétorque Annie Gaudière, directrice générale de l’organisation Allô enfance maltraitée (le 119). Ces visuels divulguent un message pervers qui demande trop de gymnastique intellectuelle pour être compris. »
Une bonne campagne contre l’inceste devrait, selon elle, « montrer aux parents les limites de l’intimité de l’enfant, en expliquant par exemple qu’il faut fermer la porte de la salle de bains pendant la douche ».
Le vice-président de l’association Enfance et partage, Christian Gautier, craint que ces visuels provoquent « un deuxième traumatisme pour un enfant victime ».
Une personne qui a subi un inceste éprouve toujours d’énormes difficultés à mettre des mots sur son vécu, et « la vue de ces encarts publicitaires pourrait bloquer sa capacité à communiquer ».
L’agence V avait proposé des visuels similaires à Enfance et partage, qui avait décliné l’offre.
Annie Pizon, coordinatrice à SOS-Inceste pour revivre, juge la campagne contre-productive. Le dégoût détourne le public du problème, et les images chocs empêchent la libération de la parole des victimes. « C’est dans l’intimité et dans la confidentialité qu’il faut lutter contre l’inceste, pas en faisant du battage médiatique ! » Le risque est aussi que de jeunes enfants tombent par hasard sur les encarts diffusés dans la presse.
D’après Patricia de Almeida, psychologue et écoutante bénévole à SOS-Inceste pour revivre, ces visuels peuvent provoquer un rejet de certaines parties du corps, voire une phobie des gestes affectifs des parents. « Ces images sont très réductrices de la problématique de l’inceste, et elles salissent les notions de sexualité et de sensualité. »
Sur le site Internet de l’AIVI, on peut lire, à propos des visuels :« S’ils suscitent une réaction forte, ou une simple réaction de dégoût, notre but est atteint. » Sur ce point, la mission semble réussie.
Pour lire l’article cliquez sur le logo du Monde