12/ L’interprétation du consentement par l’incestueur dans Question d’inceste

Page 100

Le déni d’altérité est manifeste aussi dans ce qu’on peut appeler le « délire d’interprétation du consentement », avec la conviction absolue, inébranlable, sincère que la victime était consentante, qu’il n’y a pas eu de violence, qu’il n’y a eu que de l’amour et de la tendresse partagée… « Si elle avait protesté, je me serais arrêté immédiatement. » Il s’agit là d’une croyance pathologique qu’on retrouve de façon quasi permanente. Elle témoigne d’une incapacité structurelle à se représenter l’autre comme différent avec l’impossibilité d’intérioriser ce que la victime a pu ressentir de particulier et de propre à elle. L’hypothèse d’une terreur de l’enfant avec effroi et sidération empêchant toute réaction de défense est aussitôt rejetée et interprétée comme la confirmation de l’incommunicabilité de leurs sentiments.

__________

Autres billets sur le livre Questions d’inceste
1/ Questions d’inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L’inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l’inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme

8/ La sidération et l’impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n’ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l’inceste
10/ L’identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

13/ L’atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère

14/ La valeur de la sanction pour l’agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L’autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon

19/ Anaïs Nin, un inceste choisi

20/ Deux sœurs dans les viols par inceste

11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

Page 99

La première doléance de ces pères concerne leur insatisfaction conjugale. S’ils revendiquent une hétérosexualité banale, ils réduisent leur épouse à sa fonction maternelle et lui reprochent de ne pas être une assez bonne mère, autant pour l’enfant que pour eux-mêmes… « Pas assez tendre, pas assez attentive, chaleureuse… » La mauvaise entente conjugale les rapproche de l’enfant, « victime » comme eux des « insuffisances » maternelles et s’appuie sur la certitude intuitive qu’ils en sont tous deux victimes. Cette identification projective issue des blessures du narcissisme primaire engendre avec l’enfant un vécu de complicité magique, de complétude inconnue jusque-là et abolit le lien de parenté. L’enfant devient l’objet qui permet au père de se retrouver et de se prouver qu’il a une valeur. Cette valeur ne lui a jamais été reconnue jusque-là.

Faille initiale de son existence, elle l’a bloqué à un stade de développement prégénital. À la différence de l’épouse, sa fille le rassure. L’idéalisation de leur relation dans un néocouple parfaitement pur, désexualisé et merveilleux, s’entretient du mélange des sexes, des générations et de la confusion entre le paternel et le maternel, le masculin et le féminin.

____________

Autres billets sur le livre Questions d’inceste

1/ Questions d’inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L’inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l’inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l’impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n’ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l’inceste

10/ L’identité désorganisée des pères séducteurs

12/ L’interprétation du consentement par l’incestueur

13/ L’atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère

14/ La valeur de la sanction pour l’agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L’autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon

19/ Anaïs Nin, un inceste choisi

20/ Deux sœurs dans les viols par inceste

21/ La recherche de sens – La valeur de l’écrit