La mémoire traumatique par sos femmes accueil

Peut-être pensez-vous être « inadapté(e) à la vie », « particulièrement fragile » ou » né(e) comme ça », ce n’est pas le cas : tous ces symptômes et comportements s’expliquent et sont les conséquences habituelles des violences, ils sont liés à des mécanismes de sauvegarde neurobiologiques exceptionnels connus depuis peu, mis en place par le cerveau pour échapper au risque vital que font courir les violences. Ils peuvent être traités par des professionnels de la santé spécialisés, mais sont encore rarement identifiés, dépistés, diagnostiqués, et pris en charge.

Une violence à laquelle on ne peut pas échapper crée un stress extrême et une forte réponse émotionnelle qui entraîne un risque vital cardio-vasculaire et neurologique par « survoltage » (comme dans un circuit électrique). Pour arrêter ce risque fonctionnel, le circuit neuronal « disjoncte » automatiquement grâce à la sécrétion de drogues dures sécrétées dans le cerveau (endorphines à hautes doses et drogues « kétamine-like »).

Cette déconnexion « éteint » la réponse émotionnelle et entraîne une anesthésie psychique et physique, un état dissociatif (conscience altérée, dépersonnalisation, être spectateur de soi-même) et des troubles de la mémoire, dont une mémoire traumatique : « hypersensibilité émotionnelle » piégée, isolée par la déconnexion, qui n’a pas été intégrée « dans le disque dur du cerveau », c’est une véritable bombe à retardement, prête à « exploser » à l’occasion de toute situation rappelant les violences, en redéclenchant la même terreur, la même détresse, les mêmes sensations, de façon incompréhensible quand on ne connaît pas ce phénomène.

La vie devient alors un terrain miné et pour éviter de déclencher la mémoire traumatique le patient est obligé de mettre en place des conduites d’évitement. Mais quand les conduites d’évitement ne suffissent plus, souvent seules des conduites dissociantes dont on a soi-même fait l’expérience de leur efficacité peuvent calmer l’état de détresse.

*/Virginia Woolf par Alice Miller – Ta vie sauvée enfin

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Si, par exemple, quelqu’un s’intéresse à la vie de Virginia Woolf et cherche des informations sur Internet, des psychiatres renommés lui apprendront qu’elle était « malade mentale » et que ses troubles n’avaient rien à voir avec les abus sexuels de ses demi-frères, qu’elle subit, des années durant, quand elle était enfant. Bien que, dans ses écrits autobiographiques, Virginia Woolf ait décrit de manière impressionnante les horreurs de son enfance (Augenblicke. Skizzierte Erinnerungen, S. Fischer Verlag, 1993), l’on nie, aujourd’hui encore, la relation entre ces terribles traumatismes et les dépressions ultérieures.

Elle était aussi ignorée, à plus forte raison, de son vivant. L’écrivaine lisait ces textes dans les cercles littéraires qu’elle fréquentait, mais sa solitude resta entière, car ni elle, ni son entourage, ni même son mari Léonard (comme l’attestent ses souvenirs de son épouse), ne saisissaient le poids des blessures reçues dans son enfance.
Elle était entourée de gens qui partageaient ses vues artistiques et les soutenaient, et ne comprenait pas elle-même son sentiment de profonde solitude. Cette situation peut aboutir au suicide, car la solitude actuelle fait constamment resurgir, l’état d’abandon, synonyme de danger de mort, vécu par le petit enfant.
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