Le crime d’inceste au pénal par Illel Kieser ‘l Baz

15 avril 2010
Le crime d’inceste est ignoré en Europe et plus précisément en France. Le coût social des conséquences sur les victimes est sous-estimé par le législateur qui persiste à nier la gravité des séquelles de ce fléau. Une première proposition semblait ouvrir enfin le débat. Hélas !
Dans
un article en date du 30 janvier 2009, je saluais ici l’initiative de Mme Marie-Louise Fort d’inscrire le crime d’inceste dans le code pénal français.
Après un long travail de consultations et de recueil de témoignages, la proposition de loi comportait deux avancées importantes : la reconnaissance et la définition du crime d’inceste et, surtout, la prise en compte spécifique des victimes qui passait par une politique d’information, de prévention et d’accueil.
Cette dernière disposition n’a même pas été discutée au prétexte qu’elle créait une charge publique (art. 40 de la Constitution). Sa discussion était donc rejetée. Ce qui en dit long sur la part d’initiative dont dispose le législatif.
Restait donc la définition du crime lui-même et son inscription dans le code pénal.
En lisant le procès verbal des débats de la commission des lois, certains arguments ont été avancés qui posent vraiment problème. La députée, Mme. Aurélie Filippetti, notamment, nous propose l’alambic de la résilience pour douter du bien fondé de la pénalisation de ce crime. Elle ne fut pas la seule à présenter des arguments d’une candeur confondante. En fait, non, il ne s’agit pas de candeur mais du cynisme le plus épouvantable pour ne pas avoir à soutenir, pour une fois et pour une cause fondamentale, une députée de la majorité.
Cette manière de passer outre des valeurs fondamentales pour faire valoir son camp, m’a conduit à lisser ma plume.

Ce jour à Québec, le 13 avril 2010
Illel Kieser ‘l Baz,
psychologue clinicien,
anthropologue

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Autres billets de Illel Kieser ‘l Baz,
Quelques préjugés autour de l’inceste
Enfance violée, maturité volée

Définition de la pédophilie par Karine Tremblay

Publié le 09 avril 2010
Des agressions préméditées
Karine Tremblay*
*L’auteure est agente de liaison et de promotion du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). Elle réagit à l’opinion de Pascale Piquet, intitulée « Des pulsions incontrôlées », qui a été publiée mercredi.
La Presse
Le billet initial de Pascale Piquet : Des pulsions incontrôlées
Pascale Piquet se demande ce qui pousse un prêtre à agresser un enfant. Elle explique ce crime par des pulsions sexuelles incontrôlées chez des hommes obligés de s’enrôler dans le clergé contre leur gré et privés de sexualité normale. Cette explication est tout à fait réductrice et ne contribue pas à la responsabilisation des agresseurs.
D’abord, l’utilisation du terme « pédophilie » dans tous les cas d’agressions sexuelles contre des enfants est abusive. La définition de cette « déviance sexuelle » implique une attirance exclusive pour les enfants et une incapacité d’avoir des relations sexuelles entre adultes consentants.
Le pédophile fantasme sur des enfants, et jamais sur des adultes, hommes ou femmes. Ce n’est donc pas à défaut d’une expérience hétérosexuelle qu’un prêtre se rabat sur les petits. Au contraire, la plupart des agresseurs d’enfants ne sont pas pédophiles.
Par contre, comme le souligne Mme Piquet, ils se servent de leur position sociale pour commettre leur agression, qu’ils soient curés, médecins ou entraîneurs de hockey. C’est donc la notion de « personne en autorité » qui s’applique, tant en droit que dans notre analyse.
Ensuite, il faut détruire ce mythe selon lequel les hommes, parce qu’ils sont jeunes ou privés de sexe, ne peuvent pas se contrôler. Les pulsions sous-entendent un acte impulsif, alors que les agressions sont préméditées dans la plupart des cas.
Dans un reportage de Radio-Canada, le pédophile Camil Girard explique bien de quelle manière il s’arrange « tranquillement, pas vite » pour abuser de ses jeunes victimes et comment il les incite à garder le silence. Parce qu’il est conscient, comme la grande majorité des agresseurs d’enfants, du mal qu’il commet, ce qui exclut l’hypothèse d’une pulsion irréfléchie.
Le mythe des pulsions sexuelles incontrôlables est un dangereux raccourci pour essayer de comprendre les gestes commis par les agresseurs sexuels. Bien que « comprendre ne signifie pas excuser », comme l’écrit Mme Piquet, les pulsions deviennent trop facilement une justification pour les hommes qui abusent d’enfants vulnérables ou qui violent des femmes en faisant fi de leur refus d’avoir une relation sexuelle, soi-disant parce qu’ils en avaient trop envie.
« Les pulsions viennent avec l’homme et des pulsions, même pour un curé, ce n’est pas simple à contrôler », prétend l’auteure de la lettre. Les femmes n’auraient donc pas de pulsions ? Selon les statistiques policières, l’agresseur est de sexe masculin dans 98% des cas déclarés. L’explication des pulsions incontrôlées ramène le problème à un niveau individuel, alors qu’il s’agit d’une problématique sociale.
La violence sexuelle persiste parce que l’héritage des sociétés patriarcales, où des hommes exercent un rôle dominant sur les femmes, sur les enfants et voire même sur d’autres hommes, n’est pas disparu. Les agressions sexuelles sont des actes de pouvoir et de contrôle, et peuvent survenir dans toute relation supposant un lien de confiance ou lorsqu’une personne est en positon de pouvoir ou d’autorité. Les deux tiers des victimes sont mineures. Les agresseurs profitent de leur vulnérabilité.
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