Une moulinoise rescapée du Bataclan témoigne : « J’ai eu énormément de chance »

Logo-RF3-AuvergneCéline Pauilhac, Charline Coca
Publié le 16/11/2015
Sophie Reungeot a 30 ans. Elle vit et travaille à Paris et vendredi soir, elle était avec six de ses amis au Bataclan, lorsque la salle de concert a été la cible d’une attaque terroriste. Elle en est sortie indemne mais très choquée. Dimanche matin, elle était de retour parmi les siens, à Moulins.

Un peu plus de 24 heures après l’horreur, Sophie Reungeot retrouve sa famille. Vendredi soir, elle est fatiguée mais elle a réservé cette place pour ce concert depuis juillet… c’est une fan du groupe ! « C’est des choses bonnes enfants, c’est pas du rock violent, c’est du rock’n’roll. «  Elle décide d’aller au Bataclan mais refuse d’assister au spectacle dans la fosse comme à son habitude. Elle préférera un emplacement au balcon… un choix salvateur ! « Le fait d’avoir été là ça nous a sauvé. Ceux qui étaient dans le fond de la salle, je crois qu’ils n’ont même pas compris, je crois qu’ils n’ont pas compris ce qui leur arrivait. Je pense qu’ils ont même du tirer dans le dos des gens… », explique la rescapée.

Quand ça a explosé, c’était d’un coup, c’était comme plein de pétards qu’on lance en même temps, donc ils ont du tirer massivement, dans le tas, sans distinction de rien, sans aucune pitié.

Très vite, Sophie aperçoit deux ou trois terroristes : « Je les ai vu tirer au hasard et là,  je comprends très rapidement dans ma tête… » Quelqu’un dans le public crie : « Couchez-vous, c’est sérieux ! » La jeune femme et ses amis tentent alors de fuir. « L’instinct de survie est plus fort que tout. J’ai pensé immédiatement à mes parents. Je me suis dit : ‘je ne peux pas mourir comme ça’, ‘c’est pas possible de mourir comme ça’, ‘il faut que je sorte' ». Par chance, une porte de secours se trouve juste derrière eux mais dans la panique Sophie met plusieurs secondes à l’ouvrir.

Impossible d’ouvrir cette porte, c’était un cauchemar ! Dans ma tête, je me suis dit : « ils ont bloqué les portes »… Et un mec hurlait : « ouvre », « ouvre cette putain de porte ! » Et à un moment, elle s’est ouverte.

S’en suit la course de sa vie. Les escaliers d’abord qu’elle dévale, les couloirs qui n’en finissent plus et enfin une porte de sortie… quelques mètres plus loin, elle tombe nez à nez avec le groupe de musique qui, lui aussi, a réussi à fuir. « J’avais le groupe qui courait derrière moi, je m’en suis aperçue quand on s’est arrêté à la station de métro. J’ai croisé le chanteur du regard, on a du être le miroir l’un de l’autre, il était terrifié (…) Cette tête, je ne l’oublierais jamais ! Et ils se sont engouffré dans un taxi et ils sont partis sur les chapeaux de roue », décrit la jeune femme.

Daesh ne m’est pas venu en tête mais Charlie Hebdo m’est venu en tête immédiatement. On se dit : mais pourquoi ? On est en train de regarder un concert, ça n’a pas de sens ! On était là en train de s’amuser il y a deux secondes… C’est irréel. Mais on comprend vite que c’est très grave, que vus leurs gestes, ils sont entraînés, ils sont déterminés. Et ça c’est glaçant !

Sophie retrouvera un ami qui l’emmènera loin de ce carnage… « J’ai eu beaucoup de chance, énormément de chance. Je ne suis pas blessée, je n’ai rien vu de traumatisant, j’ai été préservée dans cette horreur », confie-t-elle. Tout en reconnaissant : « Je ne vais plus être comme avant ». Ses parents, eux, n’ont pas réalisé tout de suite ce qui se passait. « C’est sur le matin, quand j’ai réalisé qu’elle aurait pu mourir, là ça chauffait un peu », sanglote le père. « Tout ce qui me revenait c’est qu’elle était là, elle était vivante, j’avais ma fille ! », sourit la mère.

Aujourd’hui, la vie reprend son cours, Sophie, ses esprits… « Je n’ai pas de colère pour l’instant, pas de haine… J’ai juste très peur de cet avenir très incertain. Mais j’ai une foi inébranlable en la vie », déclare la Parisienne d’adoption, qui souhaite retourner au travail dès mardi matin. En revanche, elle se sent incapable de se rendre à un concert prévu au Zénith de Paris la semaine prochaine.

Une Moulinoise rescapée de l’attentat du Bataclan
Intervenants : Sophie Reungeot (rescapée du Bataclan), Alain Reungeot (père de Sophie), Luce Reungeot (mère de Sophie).

Au chevet des familles de victimes

Logo Le parisien.frAu chevet des familles de victimes
Pascale Égré

« L’idée est de travailler ensemble à une réponse concertée de l’État. Le but : donner un interlocuteur unique aux familles pour les semaines, voire les mois à venir », décrypte Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac). Rôdé à ces situations de crise où les proches des victimes sont souvent désorientés, « perdus face à une multitude de contacts », cet acteur associatif œuvre donc, coude à coude, avec le réseau de l’Inavem, aux côtés de fonctionnaires des ministères de la Santé, de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Et sous la même casquette.

Abritée dans les locaux de la cellule de crise du Quai d’Orsay, la CIAV s’est organisée en trois équipes. L’une, en contact permanent avec les hôpitaux, travaille sur les blessés ; une deuxième sur les disparus ; une troisième sur les personnes décédées. L’établissement de la liste officielle des victimes lui incombe. « Les informations sont collationnées de toute part puis traitées », décrit Stéphane Gicquel, qui a intégré le dernier groupe. Plutôt qu’à l’Institut médico-légal ou à la police, la difficile tâche d’annoncer la mort d’un proche à sa famille est revenue à cette équipe. Mais elle œuvre aussi d’ores et déjà à la mise en place de l’aide très concrète qui va leur être apportée.

Stéphane Gicquel détaille les trois axes de ce soutien. Le premier concerne la restitution des corps, une fois les constatations médico-légales achevées. « C’est la cellule qui préviendra les familles », dit-il.

La CIAV prévoit aussi une prise en charge des proches venant de province ou de l’étranger — une vingtaine d’étrangers, d’une quinzaine de nationalités, figurent parmi les morts. Visas si nécessaires ou hébergements seront facilités et planifiés. Enfin, une assistance pour les obsèques est programmée. « Le choix de la société des pompes funèbres revient à la famille. Celle-ci donnera les coordonnées de l’entreprise, qui seront transmises au fonds d’indemnisation pour les frais », explique-t-il.

* Numéro vert : 0800.40.60.05 ou 00.33.1.45.50.34.60  depuis l’étranger.

Pour lire l’article, cliquez sur le logo du Parisien