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Où en est le rapport LREM censé remplacer la proposition de Ruffin sur le burnout ?

Où en est le rapport LREM censé remplacer la proposition de Ruffin sur le burnout ?
Par Vincent Coquaz
28 août 2018
Le rapport Lecocq, qui doit être remis aujourd’hui au premier ministre, n’évoque quasiment pas le « burnout » mais fait des recommandations sur la prévention des risques psycho-sociaux.
Question posée par rkurt le 27 août 2018
Bonjour,
Votre question a été raccourcie, la voici en intégralité : « Où en est le rapport LREM censé faire mieux que la proposition de loi de F. Ruffin sur le burn-out ? Attendu en mars, reporté à fin avril, puis fin juin, puis fin juillet, doit-on l’appeler « l’arlésienne » comme hommage à Alphonse Daudet ? »
L’épisode auquel vous faites référence remonte au mois de février 2018, lorsque la proposition de loi déposée par le député France Insoumise François Ruffin « sur le burn-out visant à faire reconnaître comme maladies professionnelles les pathologies psychiques résultant de l’épuisement professionnel » est rejeté avec l’adoption d’une motion déposée par les députés LREM.
Comme nous l’expliquions dans un précédent article, Christophe Castaner, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement avait reproché au texte de vouloir « circonscrire le burn-out au cadre figé d’un tableau de reconnaissance des maladies professionnelles », même si la proposition contribuait « à souligner l’importance du bien-être au travail ».
Un enjeu déjà pris en compte par le gouvernement selon lui, notamment dans une mission sur la prévention des risques professionnels en général (et non uniquement du burn-out), lancée par le gouvernement en novembre 2017.
Dans l’hémicycle, les députés de la majorité précisaient que la députée Charlotte Lecocq avait ainsi été missionnée « pour faire des propositions – non dans des années ni des mois, mais dans quelques semaines ». Mais les semaines se sont pourtant bien transformées en mois : ses conclusions étaient d’abord prévues pour mars, puis fin avril, puis fin juin, puis fin juillet et enfin fin août.

Une seule mention du mot « burnout »

Désormais public (et remis en principe aujourd’hui au Premier ministre), le rapport sur la santé au travail ne fait finalement mention qu’une seule fois du terme « burnout » en 174 pages, et ce uniquement dans une sous partie sur l’inefficacité de l’intelligence artificielle à le prévenir. « L’épuisement professionnel » (traduction de burnout en bon français) n’est pas beaucoup plus abordé : à peine deux mentions, et uniquement dans des encadrés.
Parmi les recommandations du rapport, seule la n°10 a trait, indirectement, à la question du burnout, volet prévention : les structures de prévention régionales de droit privé que le rapport préconise de créer devront « mettre en place une cellule spécifiquement dédiée à la prise en charge des RPS [risques psychosociaux] », intervenant à la demande de l’entreprise ou du salarié. Ce sont ces risques psychosociaux, comme le stress par exemple, qui peuvent être à l’origine d’atteintes à la santé d’un salarié, comme l’épuisement professionnel justement, comme l’indique le site de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).
Plus globalement, le rapport prône la création d’un organisme public unique de prévention, appelé France Santé Travail, qui réunirait l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) et l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP), comme l’a relevé le magazine Santé et Travail, évoquant à ce sujet une « révolution Lecocq ».
Cordialement,

Vincent Coquaz

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Le mal-être au travail est-il une fatalité ?


20 juin 2018

Stress, burn-out, risques psychosociaux : ces termes techniques nous sont devenus familiers. Le phénomène du mal-être au travail semble toucher de plus en plus de personnes autour de nous, qu’il s’agisse d’un collègue ou d’un proche, quand il ne s’agit pas… de nous-même. Tous les niveaux hiérarchiques sont concernés, tous secteurs confondus : direction d’entreprise, encadrement, exécutants, indépendants. Même les députés, collaborateurs et fonctionnaires de l’Assemblée Nationale ont dénoncé, début juin, des conditions de travail de plus en plus difficiles.

La situation n’évolue pas, alors que jamais la santé mentale au travail n’a été aussi présente dans le débat public et scientifique. Le sujet s’est imposé en 2000 avec les travaux de la psychiatre Marie-France Hirigoyen autour du harcèlement moral. L’hyper-médiatisation des suicides chez France Télécom a suivi, dès 2006. Depuis, se sont enchaînés trois plans Santé-Travail (le dernier couvrant 2016 à 2020), un Accord National Interprofessionnel sur la Qualité de Vie au Travail (en 2013), la loi Rebsamen (en 2015), des groupes de travail ou des missions dédiées, jusqu’aux débats récents autour de la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Aujourd’hui, on attend le rapport de la mission sur la prévention des risques professionnels lancée par le gouvernement en novembre 2017, annoncé pour mars et plusieurs fois reporté.
Ainsi s’installe peu à peu, en chacun de nous, l’idée que la souffrance psychique au travail est une fatalité. Les scientifiques, pourtant, ont des pistes – et même une responsabilité – pour lutter contre ce sentiment général de résignation.

Le burn-out est largement dénoncé mais les cas continuent à se multiplier, générant un sentiment de résignation. alex kotliarskyi unsplash

Des maux difficiles à mettre en mots

L’une des causes assez évidentes au fatalisme ambiant est le contexte global de crise économique et de peur du chômage, où chacun mesure sa « chance d’avoir un travail ». Ces circonstances amènent certains salariés à relativiser leur mal-être, à « faire avec ». Mais elles n’expliquent pas tout. Quid, par exemple, du fatalisme qui s’exprime aussi chez des fonctionnaires en souffrance psychique, alors même que ceux-ci bénéficient de la garantie de l’emploi ?
Au-delà du contexte économique, la résignation tient, à notre sens, à la difficulté de mettre précisément le doigt sur la souffrance mentale. Cet état n’est pas facile à caractériser, y compris pour les chercheurs. Dans une même situation de travail, une personne se sentira stressée alors qu’une autre, non ; une personne peut aussi se retrouver en état de mal-être alors qu’elle ne l’était pas quelques années auparavant, dans un cadre inchangé.

Il est également délicat d’établir un lien de cause à effet entre des facteurs forcément nombreux – parmi lesquels certains relèvent de la sphère privée – et la souffrance mentale d’une personne.

Par ailleurs, les mots pour désigner cette souffrance ne sont pas toujours bien définis, compliquant la « mise en mots des maux », tant par la personne qui souffre que par la personne en charge de prévenir cette souffrance. En effet, un même terme, par exemple « stress », peut recouvrir des réalités différentes selon la personne qui l’utilise, son métier, son milieu ou son expérience. Dans la bouche d’une infirmière, le mot « stress » peut faire référence à sa charge de travail et au manque de moyens pour l’accomplir. Pour un policier, ce mot peut désigner un tout autre phénomène, par exemple les situations d’incertitude où il doit prendre une décision difficile comme dégainer son arme. Ces concepts « valises » rendent les phénomènes difficiles à décrire précisément.

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