13 novembre : le dessin comme catharsis qui ne suffit pas

13-Novembre : le dessin comme catharsis qui ne suffit pas pour « aller mieux »
Les personnes victimes des attentats de Paris ont cru que le dessin et leur premier pas dans la catharsis serait un soin. C’est omettre la relation thérapeutique avec l’art-thérapeute. C’est cette relation, celle du thérapeute et de la personne victime qui amène au soin. Le pauvre dessin n’y est pour rien : il est juste un médium.
C’est une croyance de penser que le dessin soigne.

C’est un patient de Yves Mairesse (2012) qui résume au mieux l’état du dissocié exprimant qu’il

« cessait d’exister pour ne pas mourir ».

La dissociation est un phénomène de survie permettant l’équilibre mental et physique du sujet placé dans une situation traumatique. Afin de couper tous besoins et émotions à ces moments là, le sujet se retire tant émotionnellement que cognitivement. Yehuda (2007) et Nemeroff (2009) parlent d’anesthésie émotionnelle et physique. Salmona (2013) reprend la définition de Ledoux (1997) de la mémoire traumatique qui explique l’effet de sidération sur la « mémoire sensorielle et émotionnelle des violences [qui] est restée piégée dans l’amygdale sans être traitée, ni transformée en mémoire autobiographique ».
C’est cette déconnexion, cette rupture de survie entre amygdale cérébrale (réponses sensorielles) et hippocampe (siège de la mémoire et du repérage temporo-spatial) qui permet la désappropriation corporelle, l’arrêt de l’encodage de la mémoire sensorielle et émotionnelle des violences.

Modèle cathartique

Cette mémoire traumatique se manifeste par des réminiscences, des cauchemars, des attaques de panique et doit faire l’objet d’une identification par le patient.
Ce ne sont pas des souvenirs refoulés à analyser mais un travail de recomposition du sujet par le jeu conscient des personnalités qui la composent.
En Art-Thérapie, Dominique Sens (2007), le décrit comme :

« une situation où le patient est poussé à s’exprimer par une technique artistique afin d’expulser, se débarrasser de sa souffrance « s’exprimer soulage, ça fait du bien ». Le thérapeute sollicite le désir, stimule le besoin d’expression, favorise l’acte de communication. Dans l’atelier, il favorise la décharge émotionnelle qui va purger le patient de son angoisse. »

Développement d’un récit de l’expérience traumatique

Malgré le développement d’un récit de l’expérience traumatique, la plupart des victimes continuent d’en souffrir même après de nombreuses années. « À chaque formulation, le récit se transforme ». La mémoire traumatique provoque un « manque de capacité d’élaboration. ». Mais les neurones de l’imagination ouvrent un nouvel accès.

Modèle réparateur

Pour aborder le modèle réparateur, j’ai utilisé la méthode de travail de Onno Van der Hart, (2014 p.23) Gérer la dissociation liée aux traumatismes – Exercices pratiques pour patients et thérapeutes, Le but est donc de travailler « la mentalisation ; la pleine conscience : la régulation des émotions et des impulsions ; l’empathie intérieure, la communication et la coopération avec les parties dissociatives ; le développement d’une sécurité intérieure et les compétences cognitives, affectives et relationnelles.

L’apport de l’Art-Thérapie

Douleur physique

  • Stimuler le plaisir sensoriel.
  • Arrêt des scarifications et des fugues incontrôlées.
  • Réduction des médicaments.

Et psychique

  • Raviver le sentiment d’existence et les souvenirs agréables.
  • Stimuler l’imaginaire.
  • Exprimer sa douleur et son identité artistique.

Difficultés sociales

  • Rompre la solitude, partager
  • Valoriser l’autonomie
  • Qui lit la consigne ? Qui répond aux questions ?

Difficultés spirituelles

  • Stimuler l’élan vital, donner du sens
  • Donner accès au savoir par l’histoire de l’Art.
  • Laisser une trace – Travail sur la mémoire.

Cesari, Emmanuelle (2016). Décomposer pour survivre, recomposer pour vivre, revue de la fédération française des art-thérapeutes, Revue annuelle n°16 « De la mémoire, l’art-thérapie, un levier », p.35.
Ledoux, J., & Muller, J. (1997). “Emotional memory and psychopathology”, Phil. Trans. R. Soc. Lond. B, 352, 1719-1726.
Mairesse, Yves (2012). « Apport des neurosciences affectives dans des situations de perturbations intenses du système émotionnel », Cahiers de Gestalt-thérapie 2012/2 (n° 30), p. 62-77.
Nemeroff, C.B., & Douglas, J., Bremner,  Foa, E. B.,  Mayberg, H.S., North, C.S.,  Stein, M.B. (2009). “Posttraumatic Stress Disorder: A State-of-the-Science Review Influential Publications”, American Psychiatric Association, 7:254-273.
Salmona, Muriel (2013). « La dissociation traumatique et les troubles de la personnalité : ou comment devient-on étranger à soi-même », in Les troubles de la personnalité en criminologie et en victimologie, Paris, Dunod.
Sens, Dominique (2007). « La construction de l’identité professionnelle de l’art thérapeute. », Le Journal des psychologues 4/2007 (n° 247), p. 58-61.
Van der Hart, O. and co. (2014) Gérer la dissociation liée aux traumatismes – Exercices pratiques pour patients et thérapeutes, Paris, De Boeck.

Les blessés psychiques du 13 Novembre sont en grande souffrance


Interview de Francis Eustache au sujet de l’Étude Remember et des 120 personnes qui y participent.
«Les blessés psychiques du 13 Novembre sont en grande souffrance
Par Cécile Daumas
7 novembre 2017
Frappées par les attentats de 2015, 120 personnes sont suivies par le neuropsychologue Francis Eustache pour une durée de cinq ans. Une enquête biomédicale inédite, sur le syndrome de stress post-traumatique.

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