« Nos missions de simples flics ne sont plus remplies »

28.10.2016
#PoliciersenColère |De manifestants, ils sont devenus frondeurs. Depuis le 17 octobre, des centaines de policiers ont brisé leur devoir de réserve pour défiler partout en France. Ils se disent asyndicaux et apolitiques. Des cortèges dans lesquels s’exprime une parole rare : celle des policiers de terrain.
Le feu couvait depuis plusieurs années… des années de mal-être et de fatigue. L’étincelle a été l’agression de Viry-Châtillon, lorsque deux policiers se sont retrouvés aux urgences après une agression au cocktail molotov. Le choc émotionnel a fait s’envoler la peur de la sanction, décidé plusieurs dizaines de policiers à laisser leur devoir de réserve de côté pour descendre dans la rue pousser un cri d’indignation et de colère.

« On est en 2016, ça peut péter à tout moment. »

Romain*, la trentaine, gardien de la paix dans l’Ouest parisien.

Manifestant à visage découvert, Romain est gardien de la paix depuis huit ans. Pour celui qui a fait ses classes en province, « la situation ne fait que se dégrader. On a des armes de seconde main, des voitures qui roulent à peine. » Le regard direct, il décrit un quotidien stressant, plus qu’il ne devrait l’être.

« On a signé, on prend des risques, on le sait. Mais le risque, il doit être calculé. Il faut qu’on puisse, nous aussi, travailler en sécurité. Quand les risques ne sont pas calculés, comme pour les collègues de Viry-Châtillon (…), effectivement on peut dire qu’on n’est pas assez préparés. On a aussi la légitime défense qui est difficile : on a un millième de seconde pour décider si on va en prison le soir, si on meurt ou si on reste vivant. »

« Il y a aussi des interventions qui ne se font plus, parce qu’on est pris sur des missions de garde statique, par exemple (…). Ou bien lors des cambriolages, il faut parfois attendre deux ou trois jours avant que l’on vienne faire les relevés des traces et indices. »

Syndiqué, Romain ne compte plus sur ses délégués pour porter sa parole. Il aimerait que ce mouvement puisse amener de nouvelle idées, « comme par exemple affecter tous les jeunes qui sortent de l’école de police en Île-de-France. Ils seraient opérationnels bien plus vite. »

« Nos missions de simples flics ne sont tout simplement plus remplies. »

Jules*, officier de police judiciaire dans un service spécialisé d’Île-de-France.
Dans les cortèges nocturnes, il y a aussi quelques gradés, des enquêteurs, des officiers de police judiciaire. Ceux-là ne dressent pas de PV de circulation ou de stationnement, mais vivent un quotidien tout aussi difficile. Jules, OPJ, se dresse contre la politique du chiffre « qui fait que nos missions de simples flics ne sont tout simplement plus remplies comme elles le devraient. » Le regard franc, le jeune homme venu du Sud ne cache ni sa carte d’adhérent au syndicat Unité SGP-FO, ni son aversion pour le Front National. Lui, croit que ce mouvement peut redonner du sens à la vocation qu’il a choisie.

« J’ai été séduit par ce métier parce que je me suis dit que j’avais un rôle à jouer pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Car moi le premier, avant de rentrer dans la police j’en étais déçu. (…) Rien n’a changé, et quand on attend des heures pour déposer une plainte, ce n’est pas normal. (…) Mes chefs me disent qu’il faut aller plus vite, qu’on n’est pas là pour approfondir, mais pour traiter des plaintes. C’est de l’abattage. »

Pour Jules, comme pour Romain, cette bataille ne passe pas par les syndicats. Dans les manifestations, les mots contre Alliance, UNSA, et Unité SGP-FO sont très durs. « Ils ne nous représentent plus. Ils sont corrompus, trop proches des politiques. Ils veulent nous récupérer. » Une contradiction, alors que près de 50% des policiers ont leur carte d’adhérent dans l’un ou l’autre syndicat ? « Pas vraiment, répond Jules. On se syndique souvent en début de carrière parce qu’on sait que sinon, on n’aura peu de chance d’avoir de l’avancement. Mais ça ne change pas grand-chose à notre vie. »

La crainte de la reprise en main par les syndicats

Quant à la récupération que critiquent et redoutent ces policiers frondeurs, une histoire est venue confirmer leurs craintes. Des photos prises par les policiers frondeurs se sont retrouvées sur les tracts de deux fédérations départementales d’Alliance (91 et 95) ce lundi 24 octobre. Des tracts qui ont fait hurler sur les réseaux qu’utilisent les policiers pour s’organiser et discuter, puisqu’elles laissent à penser qu’Alliance est un acteur du mouvement. Le syndicat concerné a finalement retiré les tracts incriminés de ses pages Facebook le soir-même.

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L’Art -Thérapie m’a guérie de ma dépression

France 3 Nord Pas de Calais a réalisé un reportage sur l’Association Puzzle et ses pratiques thérapeutiques.

Des personnes malentendantes ont demandé une transcription.
Transcription d’Elisabeth Pascual :

Les chemins de la vie m’ont amenée auprès de Colette Larcanger qui est Art-thérapeute.
En fait il y a quinze ans, j’ai été victime d’agressions extrêmement violentes et il s’est trouvé que c’est quelque chose que j’ai complètement refoulé. Le refoulement c’est-à-dire que je n’en avais plus aucune trace, plus aucun souvenir. J’ai fait ma vie, j’ai été pendant 10 ans directrice …, c’est une vie qui me plaisait énormément. En février 2012, j’ai fait une grosse dépression, communément appelé un Burn-out, donc dans un stade assez avancé du Burn-out.

Art-thérapeute : je vais vous proposer aujourd’hui un dialogue coloré, qui est un jeu en fait, quelque chose de très ludique où il s ‘agit de se répondre et de se parler avec les couleurs.

Et un matin je me suis réveillée et je ne savais plus ce que je devais faire. Plus rien à l’intérieur de moi, j’étais dans mon lit et je ne savais plus qu’il fallait que je me lève, je ne savais pas qu’il fallait que j’aille m’occuper de mes enfants, je ne savais même pas qu’il fallait que je descende dans les escaliers, je ne pouvais plus faire à manger, je ne pouvais plus rien faire.

Le dessin c’est quelque chose qui est à l’intérieur. Qui peut être traumatisant et qui à un moment sort. Le fait de sortir c’est déjà un processus en tant que tel et il y a des choses qui se libèrent et des choses qui se révèlent. Déjà il y a la prise de conscience, déjà quelque chose de beaucoup plus tangible dans la souffrance qu’on arrive à matérialiser quelque part et ensuite en observant, en refaisant des dessins, il y a tout un processus qui se met en place et il y a une transformation qui arrive.

Art-thérapeute : qu’est-ce que cela vous évoque ?

Je suis mal à l’aise avec les points, c’est violent.
Le dessin m’a vraiment permis de comprendre que j’étais dans le déni de ma blessure. Et lorsqu’on est en Art-thérapie, on a des consignes, mais les choses viennent de l’inconscient et viennent spontanément. C’est-à-dire qu’on ne projette pas le fait de faire un corps. Il y a des choses qui se sont passées et voilà ce qui a émergé : c’était ce dessin de femme blessée. Je ne l’avais pas prémédité, je ne l’avais pas projeté. Cela veut dire que quelque part il y avait une partie en moi qui avait besoin de s’exprimer là-dessus.

2’28’

Oui, je suis encore dans le corps là, mais avec des parties vivantes, oui, des parties en plus ou en moins.
Et même du coup a commencé un travail sur la reconstruction 15 ans après.

Réparation

Je suis partie du chaos, la blessure, tout ce qui était sombre et souffrant en moi. La marionnette ça m’a permis une mise à distance. C’est-à-dire que lorsque vous construisez, fabriquez une marionnette, vous mettez énormément de vous à l’intérieur. Sans vous en rendre compte. Et ensuite, quand elle…, déjà il y a le fait de la façonner, on part de rien, de bouts de bois, de tissu et il en émerge quelque chose qui est vivant. Et donc, voilà, il y avait ce côté mou qui est à l’intérieur de mon corps qui était mort et que j’ai pu retranscrire dans quelque chose qui était vivant et après quand vous voulez raconter des choses, la marionnette c’est comme une prolongation de vous. Et du coup c’est elle qui parle et non vous. Cela permet de raconter des choses, de les sortir, ce qui peut être extrêmement difficile quand on est en situation de blocage tout en se protégeant un peu.

L’Art-thérapie m’a plus qu’aidée, je pense qu’elle m’a sauvée et qu’elle m’a permis de faire ce chemin. Et de me reconstruire par rapport à mon corps et de sortir du Burn-out.

Aujourd’hui je vais bien. Mon avenir je le vois prometteur.
Drepression