Petits chefs

Petits chefs 1/2 : les repentis

18/01/2018
Hatice et Frédéric ont été des petits chefs incompétents, autoritaires, pervers ou perdus.
Ils reviennent aujourd’hui sur ces méthodes de management qui faisaient pleurer leurs subordonnés.
Chanson de fin : « You and your heart » par Jack Johnson – album : « To the sea » (2010) – label : Jack Johnson LP5
Reportage : Lucia Sanchez
Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Production

Sonia Kronlund

C’est une histoire que j’ai lue dans le quotidien belge « Le Soir », j’ai trouvé des traces dans « Les Inrocks » et aussi sur le site topito, à l’intérieur d’un top 10 des pires procédures de licenciement qu’on ait jamais connues : licencié par sms, licence par disparition soudaine de l’entreprise, licencié par Facebook et même en directe à la télévision. Drôle de classement, mais bon !
Nous sommes pour l’instant à Singapour, il est 16 heures dans cette entreprise qui emploie 5000 personnes, lorsque l’alarme incendie retentit, forçant les employés à évacuer les lieux rapidement. Suivant la procédure habituelle, ils se retrouvent à l’extérieur du bâtiment et attendent sagement de pouvoir rentrer reprendre leurs tâches.
Une dizaine de minutes plus tard, voici qu’ils entendent à travers un haut-parleur, un message qui leur est adressé par un agent de sécurité de l’entreprise, voici le message :

« Chers employés,
c’est avec émotion que je vous annonce que pour beaucoup d’entre vous, c’était la dernière évacuation. A cause de la crise, nous devons nous séparer d’environ la moitié des effectifs. En rentrant si votre badge ne fonctionne pas, c’est que vous faites partie de cette moitié et vos affaires vous seront renvoyées par courrier demain. Nous avons agi de la sorte pour éviter de remplir les boites aux lettres de mails d’adieux par milliers et aussi pour éviter des disputes dans les locaux.
Nous vous souhaitons une bonne poursuite de carrière.
S’il vous plaît, entrez et tenter votre chance. »

A la suite de quoi, les employés quoique sidérés obtempères et tentent leur chance. Une bonne nouvelle concluent certains récits : il y a 2500 personnes qui ne seront pas licenciées.
Je précise que cette histoire est présentée, par le site du quotidien Belge de la façon suivante : « Un licenciement est une épreuve toujours difficile à surmonter, mais certains employeurs ne font vraiment preuve d’aucun scrupule dans leurs méthodes. »
Tu m’étonnes ! me dis-je en moi-même, sauf que poussant un peu les recherches, estomaquée que je me trouve par une telle folie, je découvre que nous sommes face à ce qu’on appelle très exactement : une légende urbaine, un hoax, une rumeur qui sous diverses formes, en réalité depuis 1994 dans les réseaux, pas encore sociaux, et sur le net depuis 2009 à l vitesse d’un éclair. En regardant de plus près, que la légende, bien écrite par les spécialistes réapparaît à chaque fois dans des lieux en crise ou en voie de désindustrialisation et à des époques de récession, comme en 2008 ou 2009. Le fait même que des lecteurs, des journalistes, des rédacteurs en chef aient pu lire, écrire ou imprimer cette incroyable fable de licenciement et y croire, en dit aussi long sur la déshumanisation du monde de l’entreprise, sa violence et la folie des manageurs, sans parler de leur lâcheté, de leur cruauté et j’en passe en dit aussi long dis-je que n’importe quelle histoire vraie.
Aujourd’hui dans « Les pieds sur terre », on parle donc de la violence en entreprise, mais en mode plus ordinaire, plus insidieux, plus dur, avec deux histoires de vrais petits chefs qui ont pour originalité de s’être repenti, enfin c’est ce qu’ils disent et qu’ils ont raconté à Lucia Sanchez sur France Culture.


Petits chefs 2/2 : les victimes

19/01/2018
Charlotte, Anne et Pascal ont vécu des relations singulières avec leurs managers.
Trois histoires de petits chefs incompétents, autoritaires, pervers ou perdus. Au choix.
Chanson de fin : « Quizas, quizas, quizas » par Nat King Cole – Album : »The World of Nat King Cole » (1951) – Label : Capitol Records.
Reportage : Lucia Sanchez
Réalisation : Clémence Gross

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Le brown-out : quand le travail perd tout son sens


Le brown-out : quand le travail perd tout son sens
Rozenn Le Saint
05/01/2018
Après le burn-out et le bore-out, le brown-out. Le sentiment d’être inutile professionnellement peut mener à la dépression. Un médecin énumère les symptômes.
Le terme de burn-out est utilisé à tort et à travers. Or qui dit souffrance au travail ne signifie pas forcément syndrome d’épuisement professionnel, ni surmenage.
Une patiente est venue consulter François Baumann en s’auto-diagnostiquant d’emblée un burn-out. En réalité, elle souffrait d’un brown-out, une « baisse de tension », littéralement, correspondant à « la douleur et au malaise ressentis suite à la perte de sens de ses objectifs de travail et à l’incompréhension complète de son rôle dans la structure de l’entreprise », définit-il dans son livre Le brown-out, quand le travail n’a plus aucun sens, à paraître en janvier 2018.
D’ailleurs, plus de la moitié des travailleurs estiment que le sens au travail s’est dégradé, selon une étude Deloitte Viadeo. Et les éléments qui contribuent le plus à la perte de sens au travail seraient le processus d’évaluation (pour 40%) et le manque de reconnaissance (pour 43%). Ils seraient donc facteurs de brown-out. François Baumann en décrit les principaux symptômes :

1 – La déception

« Vous-vous engagez dans un poste pour lequel on vous a promis monts et merveilles. En réalité, les tâches ne sont pas à la hauteur des espérances, ce qui provoque un sentiment d’amertume, de non reconnaissance », indique le spécialiste de la souffrance au travail. « Ceux qui éprouvent un brown-out ne sont pas des paresseux mais des déçus », distingue-t-il. Comme cette patiente diplômée d’une licence en psychologie qui n’a pas trouvé de travail dans son domaine et se retrouve à empaqueter des cartons à la chaîne.

2 – Le sentiment d’être inutile

« L’estime de soi diminue au fur et à mesure à cause du sentiment d’inutilité que l’on éprouve », analyse le médecin. Exercer un « bullshit job », un « métier à la con », qui n’a pas de sens, comme le décrit l’anthropologue David Graeber, déprime.

3 – Une tendance à la procrastination

Les tâches vous ennuient tellement que vous les reportez au lendemain. Elles finissent par s’accumuler. Et vous avez encore moins envie de vous y mettre.

4 – L’absence d’espoir

Votre manager vous promet qu’après quelques temps de travail, certes, peu stimulant, les responsabilités finiront par arriver… Mais rien ne change. « On ne perçoit pas de lumière au bout du tunnel. Cela provoque des crises de colère, signes de ras le bol », décrit François Baumann. Il est grand temps de consulter un médecin du travail.

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