BMP – L’emprise


L’emprise, c’est une coupure de l’esprit de la personne qui la vit.
Si je devais traduire cela par une image, je dirai que c’est comme une araignée, qui après avoir tissé sa toile, endort sa proie ; elle l’anesthésie en obscurcissant sa lucidité, en anéantissant son discernement et en brisant sa liberté. Perdue, égarée et confuse dans son cerveau, il n’est plus possible pour la personne de réfléchir correctement et de se déterminer librement ; elle ne peut pas exprimer ses opinions et ses pensées.

L’emprise c’est comme un parasite, comme une forme de vampirisme, qui prive l’autre de son énergie, de sa vitalité et de sa pensée personnelle. En gros la personne n’a plus de liberté du tout. On peut dire que le « prédateur » a pris possession de tout l’intérieur de la personne, qui est pratiquement « transformée en pantin”.

On peut dire que l’emprise c’est une domination qui s’accompagne d’un contrôle de tout l’espace psychique, la pensée mais aussi physique, intimité. C’est un viol permanent et cela fait de gros désastres. Sortir d’une emprise n’est pas si facile, le dire oui. Mais passer à l’action et pouvoir se défendre c’est autre chose, car on est emmené dans une frayeur, on est tétanisé.

Dans le passé, les mères et les agresseurs avaient une emprise totale sur mon cerveau, mais aussi sur mon corps et je dirais que même en ce temps présent il m’en reste des séquelles, le fait que pour un rien je me mette en boule, que par moment dire et faire, donner un avis m’est encore très difficile. Peut-être aussi le fait de vouloir toujours m’expliquer pour ne pas faire du mal ou autre peut aussi passer comme une emprise envers la personne qui se trouve en face de moi. Mon attitude et mes angoisses font que… Je rajouterais mon manque de patience également.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour exprimer cela, je voulais créer quelque chose qui montrerait à quel point l’emprise d’une personne sur une autre personne peut être une véritable démolition. Cela c’était mon idée. Mais il fallait la concrétiser.
J’ai alors pensé à une main qui attrape une personne, pour l’empêcher de se sauver, mais le geste de cette main est tellement violent, que celle-ci tire la peau de la personne sous emprise et cela jusqu’à la tête. Car l’emprise c’est cela : on vous arrache tout ce qui vous appartient.
J’ai donc commencé par dessiner la main puis la forme du corps.
Pour les couleurs, pour bien signifier la violence de l’emprise, je ne voulais mettre que du noir et un peu de rouge pour faire parler cette force destructrice.
Pour le reste, j’ai joué avec les différents dégradés de gris avec mon crayon de papier.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm
Crayons graphic 7B, 3B, 6B, HB
Gros feutre noir, pastel sec.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

On observant mon dessin posé sur le chevalet, des souvenirs remontent. Je me sens petite, j’ai envie de prendre la fuite. Je cherche alors dans ma tête, ma force. J’ai l’impression d’être aspirée de l’intérieur et c’est assez angoissant.
Je sens de la frayeur et dans mon corps je ressens des pulsations et ça cogne fort.

BMP – La frayeur qui m’envahit

Dans le livre Gérer la dissociation d’origine traumatique, il y a ce chapitre 17 (les émotions) à la page 265. Et à la page 267 du livre il y a ce tableau concernant les émotions de base et leurs fonctions :

légère Intense
1-Intérêt -Passion
2-Plaisir – Joie
3-Surprise -Frayeur
4- Tristesse -Mélancolie
-5 Colère -Fureur
-6 Peur -Terreur
-7 Honte -Humiliation
-8 Aversion -Dégoût

Dans ce tableau une seule émotion me parle en ce moment : La frayeur.
Avec ce que je vis en ce moment, je parle de l’ensemble des situations la frayeur est là et elle est parfois tellement forte que je me dissocie.
Il y a peut-être aussi le mot terreur mais lui me renvoie à mon passé. Et là je bloque car il y a trop d’images qui reviennent au galop et, à forte dose, mon cerveau disjoncte.
Il y en a qui me font peur, comme la colère, je pense que celle-ci je la refoule totalement car j’ai peur de moi et de cette partie émotionnelle agressive, voire violente. Quand je pense à colère, tout de suite c’est l’incident en psychiatrie qui revient.
Concernant les autres émotions je ne ressens rien dans ma tête pour l’instant. Peut-être plus tard.
Une grande angoisse est là : accepter toutes ces émotions, car c’est cela aussi laisser venir les émotions comme elles se présentent, et ça sans me dissocier automatiquement, je n’y arrive pas.

Comment avez-vous dessiné ?

J’ai commencé par dessiner la tête, celle-ci ressemble à un puzzle, avec plein de morceaux. Je ne suis pas capable de dire si les morceaux vont ensemble, c’est un peu la reproduction de ce qui se passe dans mon cerveau en ce moment.
Puis j’ai continué en faisant des mains et des bras plus ou moins difformes, je voulais juste faire apparaître le rouge sur les ongles.
Ensuite j’ai fait naître le corps, mais celui-ci est comme envahi par le début des cuisses et des pieds.
Je pense que je ne voulais vraiment pas faire quelque chose qui ressemble à un corps. Mon corps en ce moment où est-il ? Un certain dégoût est apparu !
Pour ma réalisation de son manteau à mon esquisse, il ne devait y avoir aucune couleur gaie dans ce dessin. Comme pour d’autres dessins faits en ce moment, c’était mort dès le départ. Ceci explique aussi que ce dessin n’a pas été réalisé à l’aquarelle.
Dans ma tête ça me criait noir noir noir ! Comme les voix de mes mères nourricières qui me hurlaient dessus.

Matériaux utilisés :

Dessin réalisé sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Feutre & Crayon Pitt artist pen (Black) B, S et ceux de couleurs Gris B et rouge B
Fond Pastels secs

Qu’avez-vous ressenti ?

De la colère, cette colère que je retiens toujours en tant que Béatrice adulte.
En moi il y avait aussi l’envie, de réaliser une peinture criarde, (une peinture qui crie pour moi). Et je voulais aussi que ceux qui voient cette peinture, ressentent cette expression forte de hurlement qui en ressort.
Il y a eu des dissociations, que j’ai pu rattraper avec mon feutre noir.
Je me suis obligée, parce que c’est ce que je ressentais dans ma tête, d’y incorporer un peu de gris. C’était comme une obligation pour éviter que mon dessin ne ressemble à un deuil. Ce mot me fait souffrir en ce moment.
Un moment j’ai ressenti toujours cette lourdeur dans ma tête qui descendait dans le haut du dos. Et pourquoi à ce moment-là ? Et ça c’est quelque chose de nouveau.
Si je devais définir ce que je ressentais, je dirais ceci : de gros poids attachés à mon cerveau et à mon cou et qui pendent le long du haut de ma colonne vertébrale.
J’ai réalisé un fond aux pastels secs car je ne veux pas sentir ce vide dans ma tête qui me rend dingue, je devais remplir cette feuille.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Ma première réaction a été ne pas trouver ce tableau assez expressif. La couleur rouge sang me vient en tête.