Les réseaux sociaux – Au sujet de nos des choix informationnels

Tous sur les réseaux sociaux et tous à cran politiquement : le graphique qui inquiète
12 Novembre 2017
Un graphique montre que depuis la naissance des réseaux sociaux, l’électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu’au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs.

Atlantico : Un graphique du Pew Research Centre montre la polarisation des idées politiques depuis 2004 jusqu’à aujourd’hui, soit depuis la naissance et le développement des réseaux sociaux. Dans ce dernier on constate que l’électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu’au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs. Est-ce que cette polarisation des idées est transposable en France ? Comment l’expliquer et est-ce que les réseaux sociaux sont les seuls responsables ?


Le graphique montre la distribution de la population en fonction de leur sympathie politique par parti, aux Etats-Unis (Parti démocrate en bleu et Parti républicain en rouge).

Dominique Wolton : On ne peut pas dire que les réseaux sociaux soient les uniques responsables. La mondialisation plus la fin de la guerre froide effacent tous les critères classiques de positionnement politique. Il y a une perte des valeurs, on pensait à une mondialisation de la démocratie, mais on se retrouve avec une mondialisation du capitalisme, ce qui n’a rien à voir. Il y a une perte de repères qui favorise, notamment à l’occasion de la crise de 2008, des positionnements qui n’étaient pas autrefois simples à assumer. Cela explique une montée de l’extrême droite. D’autant plus que la social-démocratie a du mal à retrouver un horizon.
La mondialisation de l’information aboutie à un effet pervers et imprévu. On pensait que plus il y aurait d’information, plus il y aurait d’informations sur le monde. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. La concurrence, la multiplication des chaînes de télévision, des radios et des journaux a abouti à une simplification de l’information mondiale. Avec par conséquent, une angoisse qui monte. 24h d’informations c’est 24h d’angoisse. Si l’on résume : angoisse + déstabilisation + absence de repères, il est normal que ce cocktail créé un sentiment d’insécurité donc de repli sur des valeurs plus traditionnelles.
La modernité triomphante qui se réduit clairement par le simple fait de consommer à grande échelle a détruit les identités. Contrairement à ce que disent tous les démocrates, il faut défendre les identités au lieu d’y voir systématiquement le populisme. C’est parce qu’on n’a pas su défendre les identités que le populisme remonte.

Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène mais ne le créent pas. Corrélation n’est pas causalité. Ils l’accentuent car l’expression généralisée se fait dans un cadre communautaire. Il n’y a pas que les algorithmes qui enferment les internautes dans des bulles composées de gens qui ne pensent que comme eux. C’est la logique même de l’expression qui fait que s’agrègent les gens qui pensent de la même manière.
C’est là où intervient la perversion de la démocratie. L’expression généralisée ne fait pas plus de démocratie.

Dans cette polarisation des idées politiques, quelle est la responsabilité des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux pour « maximiser l’engagement » ?

Nicolas Vanderbiest : On avance souvent la question des algorithmes pour expliquer les phénomènes de bulles informationnelles dans lesquels nous nous situons. Or, si l’on prend un réseau social qui n’avait jusqu’à présent que très peu d’influence par algorithme, Twitter, nous observons exactement le même phénomène : nous ne suivons que ce que nous aimons. Mais ce constat était déjà le cas auparavant avec des journaux d’opinion. On ne voit pas la même information dans Le Figaro et dans Libération. Il y a un « cadrage informationnel » qui fait que l’on discute des mêmes faits, mais pas avec la même paire de lunettes. Pour moi, le problème tend plus à la surabondance de contenu sur le marché que de l’agencement des contenus. Comme il est devenu impossible de tout suivre et que vous avez un choix de contenus tellement large, vous faites des choix informationnels qui petit à petit vous isolent dans votre propre bulle.

Au final les réseaux sociaux longtemps décrits comme étant un outil « utile » aux démocraties et aux débats ne se révèlent-ils pas être la némésis des démocraties occidentales ?

Nicolas Vanderbiest : Le problème est que les réseaux sociaux ont permis quelque chose d’incroyable : n’importe qui peut publier n’importe quoi. A l’exception que cette chance qui nous a été offerte n’a pas été saisie par tout le monde. Aujourd’hui, nous nous retrouvons sur un marché non plus de l’information, mais un marché de contenu. Et un marché où les produits qui sont proposés sont biaisés par rapport à la population puisque les radicaux publient et produisent 3 à 6 fois plus de contenu que les personnes traditionnelles.
Par ailleurs, petit à petit, les réseaux sociaux n’ont plus été utilisés pour écrire, mais pour commenter. Et dans une optique de commentaire, il faut que :
– Vous ayez un avis sur quelque chose. (Ce qui n’est pas toujours le cas)
– Que vous vouliez faire partager cet avis au reste des gens, ceci sans aucune gêne.

Ces deux conditions font que la plupart du temps, les commentaires sur une actualité ou une polémique sont également réalisés par des radicaux. Comme la société a tendance à subir le phénomène de « Bandwagon effect », qui fait que nous tendons à suivre la majorité, cela fait une situation bizarre, où l’on suit non plus une majorité sociétale, mais une majorité de production. Et comme la production est plus radicale, cela nous donne l’illusion de radicalité, et l’effet pervers est que les spectateurs tendent à avoir des opinions également plus radicales.

Le gros souci de la démocratie sur les réseaux sociaux provient donc du fait que la majorité silencieuse n’est pas assez considérée car celle ne produit pas, mais aussi du fait que ses principaux acteurs, les politiques, sont complètement à la rue par rapport à cet outil. Ils délèguent cela comme une basse tâche et n’ont rien compris aux codes, fabriquant davantage du jus de nombril ou de la déclaration tapageuse, que de la valeur ajoutée et de l’information.

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Votre psy doit-il lire ce que vous postez sur les réseaux sociaux ?

Logo-Slate-fr23.03.2016

Certains psychothérapeutes avouent consulter internet pour en savoir plus sur leurs patients. Une pratique que questionne la profession.

L’essor d’internet touche toutes les professions, y compris celle de psychothérapeute. Selon une étude autrichienne publiée début 2016 et repérée par le site Motherboard, 40% de ces professionnels de la santé mentale avouent avoir jeté un œil au profil Facebook ou Twitter de leur patient. Un chiffre conséquent, alors que le lien qui unit le thérapeute à son patient est censé se baser sur la confiance et le rapport humain.

Les 60% qui ne mêlent pas web et thérapie remettent en question la fiabilité des informations que l’on trouve sur la toile. Certains se montrent même bien plus critiques vis-à-vis de ce qu’ils considèrent être une violation de la vie privée.

C’est l’avis que partage Mayura Deshpande, présidente du comité de pratique et d’éthique professionnels au Royal College of Psychiatrists, principale organisation professionnelle regroupant les psychiatres britanniques. Elle explique à Motherboard ne pas voir le métier de psy de cette façon : « Notre travail n’est pas de constituer un dossier sur une personne, mais de travailler avec les informations que le patient nous donne. »

Psychologie numérique

Certains praticiens, à l’inverse, assument totalement ces recherches Google. À l’heure où les chefs d’entreprise font fréquemment appel aux réseaux sociaux pour se renseigner sur un futur employé ou pour vérifier l’hygiène de vie d’un de leurs salariés, des psychothérapeutes considèrent que ces recherches sont un moyen comme un autre d’avoir accès à des informations personnelles. «Quiconque met en ligne ses informations personnelles donne implicitement la permission à n’importe qui de les consulter», se défend l’un d’eux dans l’étude autrichienne.

Et puis notre façon de nous exprimer et d’agir sur internet ne reflète-t-elle pas une partie de notre personnalité, plus immergée en société ? Ne faudrait-t-il pas l’étudier ? Si, selon Alice Ashby, psychiatre et auteure d’une tribune dans le British Journal of Psychiatry Bulletin sur l’éthique de ce renseignement numérique, mais avec une certaine distance et en respectant la vie privée de ses patients. « Je n’aime pas l’idée, éthiquement, de se renseigner sur quelqu’un en ligne sans son consentement. Cela s’apparente à une transgression. Pour autant, cela ne devrait pas clore le débat », dit-elle à Motherboard.

Selon elle, la psychologie va devoir s’aventurer à sa manière sur la toile : « Je pense qu’il est aussi important de questionner les patients au sujet de leurs interactions sur internet qu’au sujet de leurs relations dans la vraie vie. »

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