Enquête de santé, Attentats, agressions : surmonter le traumatisme

Enquête de santé, Attentats, agressions : surmonter le traumatisme
Diffusé le 06-06-2018
Replay | Durée : 120 minutes
Présenté par Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse
Jean-Camille, Fanny, Sylvain et Elisabeth ont frôlé la mort. Une rupture dans leur vie qui a laissé une blessure invisible, un traumatisme psychique.

Accident, attentat, violence ou agression sexuelle… Après de tels chocs émotionnels, les victimes et les témoins peuvent développer un syndrome de stress post-traumatique. Emprisonnés dans leurs cauchemars, les images et les sons hantent ces survivants qui revivent sans cesse leur calvaire.

Perturbation du sommeil, troubles cardiaques, hypervigilance, dépression, actes auto-agressifs pouvant conduire suicide… Les symptômes sont invalidants et la maladie chronique.

Que se passe t-il dans le cerveau de ces victimes ? Quelles sont les thérapies les plus efficaces pour lutter contre ces traumatismes ? Et peut-on guérir de ces blessures invisibles ?

Aujourd’hui, la prise en charge des milliers de traumatisés psychiques est devenu un enjeu de santé publique. Les études et les essais cliniques se multiplient, des thérapies innovantes apparaissent avec leur lot de controverses.


Les invités :

Dr Muriel SALMONA, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie
Pr Florence ASKENAZY, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent CHU Lenval de Nice
Dr Patrick PELLOUX, médecin urgentiste et président de l’Association des Médecins Urgentistes de France
Dr Laurent-Melchior MARTINEZ, coordonnateur national du soutien médico-psychologique des armées

La guerre intime d’un ancien soldat atteint de stress post-traumatique

La guerre intime de Claude, ancien soldat atteint de stress post-traumatique
26.10.2017
Par Faustine Vincent
Sur le papier, la réinsertion dans le civil de ce militaire de terrain est une réussite. Avec sa famille, il doit pourtant lutter au quotidien pour ne pas devenir fou.
Il avait d’abord refusé. Puis, après réflexion, Claude* a accepté de parler pour la première fois – et la dernière. Parce qu’il n’a « rien à cacher », mais aussi pour « aider les autres » et « faire avancer les choses ». En ce mardi matin d’octobre, cet ancien soldat de 48 ans revient de son rendez-vous avec sa psychologue. Il s’installe à la table du salon, face à sa femme, bientôt rejoint par leur fille et leur petite-fille. Derrière lui, une kalachnikov en cire orne le mur au-dessus du buffet – un cadeau de sa section lorsqu’il a quitté l’armée.


Illustration de Quentin Hugon. Quentin Hugon / Le Monde
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Le chaos est entré d’un coup dans la maison, perdue au milieu des champs et des bois. « Il buvait beaucoup, faisait la fête, et il était violent, raconte sa femme. La nuit, c’était l’horreur. » Une fois, lors d’un cauchemar, il essaye de l’étrangler. A ce souvenir, Sylvie esquisse un sourire embarrassé. « Après on en avait ri, mais quand vous êtes dedans… Heureusement que mon fils était là. Il est intervenu à chaque fois. »

…/…

Claude est chargé de nettoyer les « tunnels de congélation », trois boyaux de 20 mètres chacun à – 25 °C, dans lesquels passent les légumes frais pour être congelés. Neuf fois par jour, il doit s’engouffrer dedans. Neuf fois par jour, c’est la même lutte face à la sensation d’oppression qui l’étreint, les tempes qui bourdonnent, le champ de vision qui rétrécit. Quand l’éclairage vacille, les images reviennent brutalement : la Yougoslavie, les égouts où il s’abritait pendant que les bombes sifflaient au-dessus de sa tête. « C’était la même configuration : confiné, sombre, humide et froid », souffle Claude. Alors, pour ne pas devenir fou, il a trouvé un subterfuge. Il fait des calculs mentaux. Avec tout et n’importe quoi, tout le temps. Ce qui importe, c’est de « tenir ».
« « On se croit plus fort que la maladie. On croit que ça va passer »
En cinq ans, les arrêts maladie se multiplient. Un nouveau palier est franchi en 2015. Il s’enferme dans l’arrière-cuisine de la maison et fait une tentative de suicide. Son fils défonce la porte. Claude a alors un flash, et se voit en Afghanistan. Il se tourne vers son fils et lui lance : « Je te connais pas, toi, t’es pas de ma section ! » C’est le tournant. Claude est hospitalisé.

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