Décret N°005 – par David Fritz Goeppinger

DAVID FRITZ GOEPPINGER
Il y a parfois des honneurs qu’on nous faits, sans vraiment que l’on se rende compte de l’impact ou de l’implication de ceux-ci.
Le 12 février dernier, je recevais le courrier qui me signalait l’acquisition de la Nationalité Française par décret. Le 31 mai, je reçois un courrier de la Préfecture de Police de Paris m’indiquant que je serai l’invité d’une cérémonie qui se tient au Panthéon, cérémonie dans laquelle de nombreuses personnes – particulières – reçoivent la nationalité Française.
La cérémonie se tient aujourd’hui. Au risque d’être répétitif et redondant, je pense avoir gagné la guerre contre l’administration française qui traite les gens d’« d’étrangers », en ne voyant guère plus loin, sans vraiment comprendre ce qu’est l’étranger. Un individu, une histoire, une famille, un travail, une vie.

Définition d’Étranger, étrangère :

1, Qui est d’un autre Pays, qui n’a pas la nationalité du pays où il se trouve.
2, Qui ne fait pas partie d’un groupe, d’un milieu, d’un organisme, ou qui n’est pas considéré comme en faisant partie.
Depuis mes 18 ans, je voyais « la France » comme une entité étrangère, la considérant avec froideur et distance puisque, de toute façon elle me rendait la pareille. Le long de ces files d’attente à la Préfecture d’Evry, arrivés à 23h30 pour pouvoir – peut-être – avoir la chance de déposer un dossier pour que je reste en règle en France.
« Il manque un papier ? Revenez demain ! »
La France ? « Que de la merde ! » dis-je à l’AFP avant hier. Pourquoi ? Parce que le respect et la dignité n’ont fait partie, à aucun moment, des démarches que j’effectuais tous les ans à Evry ainsi qu’à Palaiseau. De ces nuits hivernales avec mon père à Palaiseau, de ces étés à dormir par terre dans la file d’attente avec ma mère pour un papier.

Demain, je deviens Français au Panthéon, lieu emblématique et empreint d’une solennité certaine, où les Héros, Femmes et Hommes Politiques, Philosophes, Scientifiques, Écrivains, Résistants y sont inscrits, gravés, enterrés pour qu’ils symbolisent un sanctuaire de ce qu’est la France, ses valeurs, ses combats, ses tristesses et ses victoires.
Le 13 novembre 2015, je prenais conscience de la chance que j’avais d’être dans un pays libre de droits, qui m’a offert de part sa culture et sa richesse tous les enseignements qui font de moi la personne que je suis aujourd’hui. Et j’ai enfin compris pourquoi, lors de mes voyages au Chili on m’appelait le Français. Et pourquoi, ici, chez moi, je suis le Chilien. Il est important, dans la construction identitaire de chacun, de pouvoir s’identifier à un groupe fort, un pays, une mouvance. Je n’ai jamais su à qui m’identifier. Mais aujourd’hui, je comprends que je ne dois qu’accepter mon héritage et accepter l’identité que je me suis forgé au fil des années.
Je tiens à remercier spécialement Caroline Langlade qui m’a été d’une aide inestimable dans cette démarche. Grâce à sa dévotion et son implication dans notre vie j’ai aujourd’hui l’honneur de pouvoir être naturalisé dans le plus grand des monuments historiques français.
Je remercie Benedetta Blancato qui, grâce à sa plume, a éclairé mon chemin dans cette lettre pour Madame Méadel, mettant mes idées à plat, m’aidant à retranscrire au mieux mon parcours et mes motivations.
Je remercie également Juliette Méadel, ancienne Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, chargée de l’aide aux victimes et à son cabinet, qui n’est plus aujourd’hui, et cela m’attriste profondément. Je pense que ma naturalisation est un totem de ce que ce secrétariat est capable de faire. Je crois profondément qu’il était capable de bien plus encore.
Merci à mes Parents Ximena et Marco pour leur patience, de m’avoir accompagné tant de fois à la préfecture pour que je ne passe pas la nuit tout seul dans le froid, pour leur présence rassurante dans ces moments sombres.
A mes amis, personne et tout le monde en particulier. Qui me supportent et m’aident tous les jours, par leurs blagues, par leur présence rafraîchissante, par leurs idées éclairées, mais surtout par leur amour.
Et la femme de ma vie, Doris.

Je suis David FRITZ GOEPPINGER, né à Pucón, Chili, le 14 Février 1992, et je suis enfin Franco-Chilien.

Attentats : « C’est un long travail de redevenir heureux »

Publié le 26/05/2017
Par Soline Roy
Dans son livre L’Instinct de vie, Patrick Pelloux raconte comment, lors de l’attentat de Charlie, le médecin urgentiste a agi comme un «automate» sur un champ de bataille jonché de ses amis.
l y a l’avant, « et puis il y a l’après. Ou plutôt l’avec ». Médecin urgentiste, Patrick Pelloux a été plusieurs hommes dans l’attentat qui a frappé, le 7 janvier 2015, le journal Charlie Hebdo. Il a été le rescapé, celui qui aurait dû être là. Le professionnel de l’urgence qui a organisé les secours. Le témoin assailli par les médias. Le guerrier obstiné qui a continué à faire un journal décimé. L’ami qui a vu les siens à terre et a dû continuer « avec ».
Patrick Pelloux peut agacer, mais son Instinct de vie n’est pas un témoignage comme les autres. Il semble écrit à quatre mains : celles de l’homme nous racontent une lourde chute et une lente remontée, tandis que celles du médecin décryptent le chemin parcouru.

« Les confrères qui ont réécouté les bandes sonores de mes appels au Samu n’ont pas reconnu ma voix »

Patrick Pelloux
«Ils (les terroristes, NDLR) ont marché dans le sang de mes amis», lâche-t-il d’abord. Arrivé sur place avant même la police, ce 7 janvier 2015, Patrick Pelloux a vite « senti physiquement (son) cerveau se scinder en deux, cela s’appelle la sidération ». L’instinct, pour lui, est de sauver les autres. Le champ de bataille est jonché de ses amis mais il « fait le tri », soigne, organise les secours et informe le sommet de l’État… « C’est ma fonction. Mon job. » Mais tout est fait, dira-t-il plus loin, « dans un état d’automate. (…) Les confrères qui ont réécouté les bandes sonores de mes appels au Samu n’ont pas reconnu ma voix. »

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