Stress post-traumatique : depuis les attentats, une vraie maladie

Stress post-traumatique une vraie maladie

12/11/2017
Ce trouble consécutif à un événement traumatique était plutôt méconnu du grand public, jusqu’à la vague d’attentats terroristes qui a touché la France. Un changement d’échelle et la fin d’un tabou qui permettent aussi aux chercheurs d’améliorer la prise en charge.
Deux ans après le funeste mois de novembre 2015, on n’a jamais autant parlé de « stress post traumatique ». Il n’existe pas de chiffres officiels permettant d’évaluer combien de personnes souffrent de ce syndrome exactement : les bilans qui circulent tiennent compte des blessés, des morts, mais pas des victimes psychologiques des attentats. Pourtant le terme s’est frayé un chemin jusqu’au grand public : il apparaît dans les médias, et de plus en plus, dans les cabinets médicaux.

The Screaming (Edvard Munch), screenprint of Andy Warhol, 1984• Crédits : AFP

On parle aujourd’hui davantage de ce syndrome de « stress post-traumatique » (parfois mentionné sous les initiales ESPT) parce qu’avec ces vagues d’attentats, il touche un nombre de victimes sans précédent, mais aussi parce qu’il est aujourd’hui mieux reconnu et mieux diagnostiqué. Au point que ce changement d’échelle permet une meilleure prise en charge. Avec davantage de malades identifiés, les chercheurs ont aujourd’hui plus de marge de manœuvre et plus de patients pour expérimenter des traitements.

Victimes collatérales

Commençons par définir ce trouble : le syndrome de stress post-traumatique est un état pathologique, consécutif à une situation violente ou difficile. Catégorisé dans les « troubles anxieux », il diffère de la réaction aigüe au stress quand les symptômes persistent (plus de trois mois).
Parmi les symptômes les plus fréquents cités par le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), qui reste le manuel référence de classification des maladies psychiatriques, on peut citer :
• l’intrusion : les souvenirs viennent hanter le sujet, sous forme de flashbacks ou de cauchemars
• l’évitement : le sujet évite les situations qui pourraient lui rappeler l’événement, ce qui peut créer une insensibilité émotive, une perte d’intérêt ou encore une perte de mémoire
• l’hyper-stimulation : le sujet est en état d’hyper-vigilance qui l’empêche de mener à bien ses activités

Un an après les attentats du 13 novembre 2015, le professeur Bruno Millet expliquait sur France Culture que le syndrome de stress post-traumatique pouvait se développer chez toute personne « directement confrontée à la mort ou ayant côtoyé de près cette violence, ce risque vital »

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Chaque événement douloureux laisse une marque dans le cerveau. Celui-ci effectue alors un travail de “digestion” permettant aux émotions qui accompagnent le souvenir de se désactiver. A moins que le traumatisme ait été trop fort ou ait frappé à une période où nous étions vulnérables. Dans ce cas, les images, les pensées, les sons et les émotions liés à l’événement sont stockés dans le cerveau, prêts à se réactiver au moindre rappel du traumatisme. Dans l’EMDR, le mouvement oculaire “débloque” l’information traumatique et réactive le système naturel de guérison du cerveau pour qu’il complète son travail.

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Aussi, ce sont des psychiatres militaires opposés à la guerre du Vietnam et souhaitant faire établir l’état des soldats comme consécutif à celle-ci, qui en 1980 vont pour la première fois qualifier leurs troubles de “stress traumatic disorder” (DSM-3). On considère désormais que quiconque se retrouve confronté à un événement de ce type peut développer une névrose. Et cette définition est un renversement majeur. Les blessés psychiques sont désormais reconnus au même titre que les blessés physiques. On revoie leur statut en “renvoi honorable”, ouvrant droits à réparation… mais on occulte la question du mal-être.

Alors que la presse américaine affirme que le nombre de soldats ayant mis fin à leurs jours à leur retour est plus important que ceux morts au combat, il est plus que jamais nécessaire de leur venir en aide. Les centres de vétérans (aujourd’hui étendus aux soldats de retour d’Irak et d’Afghanistan) accentuent leur communication, un service de santé des armées se consacre spécifiquement aux stress post-traumatique et des études gouvernementale d’ampleur sont mises en place.

Côté français, on commence à évoquer sérieusement ces troubles après la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie, mais ils demeurent dans le cénacle de la médecine militaire. Sous l’influence des Etats-Unis post-Vietnam, l’Europe considère à son tour les blessés psychiques de la guerre. En France, le décret du 10 janvier 1992 marque cette reconnaissance, en déterminant des « Règles et barèmes pour la classification et l’évaluation des troubles psychiques de guerre ».

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Conférence : Du temps social au temps subjectif du traumatisme lors des attentats terroristes

temps traumatisme

Du temps social au temps subjectif du traumatisme lors des attentats terroristes
en partenariat avec l’Association Chrysalides (Nice)

30 septembre 2017 – 10 heures

Lieu : Espace des Associations – Amphi Vira Souleù –
12ter place Garibaldi – Nice 06

PROGRAMME MATINÉE

Discutant :Thierry Roth, psychologue clinicien, psychanalyste (ALI)

10h, Anne Videau, professeur à l’Université ParisNanterre, Directeur conseil de l’EPhEP : Présentation

10h10-10h30, Christine Dura Tea, psychologue clinicienne, psychanalyste (ALI), Fondatrice Association Chrysalides: Introduction : «Honorer la vie»

10h30-11h, Dr Frédéric Jover, psychiatre, référent Cellule d’Urgence Médico-Psychologique 06, Docteur en philosophie rattaché au Laboratoire CRHI Université Côte d’Azur, Dép. Philosophie: «Développement des Cump en 2017 et clinique victimaire»

11h-11h30, Christophe-Hassen Djerrah, chef de service de la Maison pour l’Accueil de la Victime (Nice): «‘Une situation d’urgence’. L’articulation des dispositifs de prise en charge ET les victimes»

11h30-11h45 Pause

11h45-12h15, Charles Delors, docteur en psychologie clinique, psychologue de la CEPU Nice Sophia Antipolis : «Rencontre de la mort et de l’image dans les attentats de Nice»

12h15-12h45, Serge Lesourd, professeur de psychopathologie à l’Université de Nice, psychanalyste (Espace Analytique): «Il n’est de traumatisme qu’après-coup»

APRÈS MIDI

Discutante : Christine Dura Tea, psychologue clinicienne, psychanalyste (ALI), Fondatrice Association Chrysalides

14h-14h30, André Quadéri, professeur des Universités en Psychologie, psychothérapeute en EMDR : «Du trauma dit simple à l’amalgame traumatique»

14h30-15h15, Samira Adda, juriste, chef de service et Julien Spella, psychologue clinicien : Présentation de l’Espace d’Information et d’Accompagnement des victimes d’attentats : Focus sur la prise en charge psychologique des victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice

15h15-15h45, Choula Emerich, psychologue clinicienne, DEA psychopathologie, psychanalyste (ALI) : «Le traumatisme est-il toujours dans l’après coup ?»

15h45-16h15, Brigitte Giraud, psychanalyste  (ALI Draguignan): «Entre dette et traumatisme»

16h15-16h30 Pause

16h30-17h, Fernando Bayro-Corrochano, psychanalyste, enseignant à l’Université Paris Diderot, Centre Médical Spécialisé de l’Enfant et de l’Adolescent Bastille: «La ‘figuration du choc traumatique», une pertinence psychothérapeutique face au terrorisme»

17h-17h30, Dr Charles Melman, psychiatre, psychanalyste, Doyen de l’EPhEP, fondateur de l’ALI : «Le traumatisme dans la vie ordinaire» Conclusion

Lectures prpoposées en préparation à la journée :

>> Charles Melman : Qu’appelle t-on traumatisme psychique

>> Charles Melman: Les demoiselles de Freud

>> Charles Melman : Le désir de l’analyste

>> Charles Melman : Scène transférentielle du traumatisme


Par Christine Dura Tea
La date du 14 juillet 2016 est désormais inscrite dans la mémoire collective de la ville de Nice. Cette année la commémoration a initié un devoir de mémoire, avec ce que le droit à l’oubli lui doit. Cette Journée de l’EPhEP y participe. Nous pensions la question du traumatisme dans le XXe siècle, après les deux grandes guerres et celles que l’on ne nomme pas, avec la Shoah ou avec les génocides en Arménie, au Cambodge, au Rwanda, et tout n’a pas encore été dit. Comment ne pas entendre le retour de ce refoulement dans la violence et la destructivité des attentats du XXIe siècle, conséquence certaine des traumatismes du XXe siècle. Dans son Au-delà du principe de plaisir, Freud fait ce triste constat : «Que ce n’est pas la mort qui est un accident, mais la vie». Le colloque Incidences subjectives et sociales actuelles du traumatisme psychique à Tel Aviv en février 2016 a ouvert les débats, nous poursuivrons. Car, depuis, il y a eu les attentats à Paris, Bruxelles, Berlin, Londres, Istanbul, la Syrie. La même barbarie, les mêmes modes opératoires, le même effroi, les mêmes images ont envahi l’Europe faisant vaciller la culture de notre civilisation. Le traumatisme est devenu un des symptômes de notre lien social. Sa prise en charge est désormais autrement inscrite. Serions-nous désormais dans une culture du traumatisme et de sa prise en charge? Le traumatisme s’est peut-être bien déplacé : d’un « biological damage » et d’un excès d’excitation comme Freud nous le propose au début de son enseignement, à un fantasme qui porterait la frappe sexuelle traumatique pour un sujet, à l’effroi d’un Réel vidé de toute humanité, comment penser aujourd’hui les traumatismes de masse auquel le terrorisme nous convoque ? En effet les attentats terroristes illustrent autrement la prise en charge du traumatisme dans la mise en place sociale, politique, médicale, juridique des dispositifs et des temps qu’elle implique et jusque dans les modalités thérapeutiques qui requièrent une certaine invention dans l’accueil, la mise en place du transfert, l’arrimage imaginaire du sujet, ainsi que son rapport à la parole. Articuler le temps social au temps subjectif constitue l’accompagnement des victimes pour les réinscrire dans les dispositifs et dans leur histoire. Des professionnels de la ville de Nice, de Paris : psychologues, psychiatres, psychanalystes, juristes, policiers, travailleurs sociaux, enseignants ont manifesté au moment des attentats leur solidarité et leur présence auprès des victimes. Ils ont accepté pour cette journée de mettre ce Réel au travail.