Témoignage : leurs trois fils étaient au Bataclan, comment faire taire la douleur  ?

Témoignage : leurs trois fils étaient au Bataclan, comment faire taire la douleur  ?
Publié le 18/09/2017 à 14h46
par SudOuest.fr avec AFP
Les trois fils de Marilyne et Jacky Le Guen étaient au Bataclan le 13 novembre 2015. L’aîné de 29 ans n’a pas réchappé à la tuerie. Le couple se débat, entre deuil et aide à leurs deux enfants survivants.

Nos enfants nous disent ‘tu peux pas comprendre, tu n’y étais pas’. Mais nous, comme parents, ils ne peuvent pas comprendre notre douleur non plus », confie Marilyne, près de deux ans après l’attentat du Bataclan et à la veille de la Journée d’hommage national aux victimes du terrorisme.
Ses garçons, Jean, Romain et Maxime (les prénoms ont été changés) 29, 25 et 15 ans à l’époque étaient au concert parisien des Eagle of Death Metal, accompagnés pour les deux plus âgés de leurs copines. « Les cinq personnes qu’on aime peut-être le plus au monde étaient là-bas… Pourquoi  ? » Jacky, informaticien de 57 ans, se pose encore et encore la question.
Soucis administratifs, problèmes de succession, suivi psychologique des enfants, et le chagrin de l’absence de Jean qui enveloppe le quotidien : lui et sa femme sont désemparés, surtout lorsqu’ils observent Maxime, 17 ans aujourd’hui. « On est incapable de dire comment il va », avouent-ils. « Est-ce qu’il ne va pas bien parce que c’est un ado qui ronchonne ou c’est le Bataclan  ? », s’interroge Marilyne, manipulatrice radio de 55 ans.

« C’est horrible de lire un rapport d’autopsie »

« En France, la prise en charge des ados après un événement pareil, y’en a pas, l’Etat se décharge totalement sur les associations », estime Jacky. Le soir du 13 novembre, les trois frères étaient dans la fosse de la salle de concert, où 90 personnes ont été tuées par un commando jihadiste.
Romain et Maxime, les deux cadets, se sont allongés l’un sur l’autre pendant 1H30 pour se protéger des coups de feu. Et Jean, dont on retrouvera le corps à la morgue quelques jours plus tard, où est-il à ce moment-là  ? « On espère qu’il est mort dans les premiers », prient les Le Guen. Le couple a tenté de comprendre comment leur fils est mort. « C’est horrible de lire un rapport d’autopsie : c’est son fils qu’on décrit de la tête aux pieds. Ils parlent d’’agonie rapide’. Romain m’a demandé ‘c’est quoi rapide  ?' », rapporte Maryline

Faire taire la douleur

Puis reprennent les matins… Certains jours, Maxime, délaisse le lycée : « Encore un matin en larmes devant mon bol de café. Encore un matin où il ne va pas y aller », confie Marilyne. « ‘Qu’est-ce que j’aimerais t’aider…’ je lui dis souvent ».
« Romain m’a dit un jour ‘fais le deuil du Maxime d’avant, il fera ce qu’il peut’ », dit-elle. « Maxime nous a échappés définitivement », confirme Jacky. Quant à Romain, il « réagit bien, entre guillemets », selon son père, qui reste attentif : « ça peut se réveiller des mois et des années après ».
La souffrance de la perte de Jean, elle, est ardente : « C’est comme si vous aviez une douleur physique, vous n’avez plus mal parce que vous pensez à autre chose et à un moment, vous faites un mouvement et ça vous le rappelle. C’est ça. Trente fois par jour », explique Jacky. Une douleur taboue dans le couple. « Je n’arrive pas à en parler à Marilyne : je sais qu’elle est dans le même état d’esprit », dit Jacky. « C’est quand on est malheureux qu’on ne le dit pas », confie de son côté Marilyne. « Le jour de l’anniversaire de Jean, je sais en me levant qu’il sait ».
Jacky, la voix grave, essaie d’être pragmatique : « On a un fils qui a perdu la vie, on veut pas que ça gâche celle de ses frères ».

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Une infirmière relève des défis sportifs avec sa patiente victime des attentats du 13 novembre 2015

Une infirmière relève des défis sportifs avec sa patiente victime des attentats du 13 novembre 2015
25 août 2017 | Malika Surbled
Laura Gadi, infirmière en rééducation à l’Institution Nationale des Invalides, et Ida Loncar, sa patiente de 26 ans, blessée par 10 balles pendant les attentats du 13 novembre 2015 relèvent des défis sportifs ensemble. Pour aller encore plus loin dans leurs projets et faire passer un message d’espoir et de fraternité, elles préparent actuellement le rallye des Gazelles, une course en 4×4 dans le désert marocain. Mais pour cela, elles doivent trouver des fonds et des soutiens.
C’est l’histoire d’une soignante et de sa patiente, liées par des projets communs.
L’une, Laura, a 28 ans et est infirmière à l’Institution Nationale des Invalides, un hôpital militaire situé à Paris. Elle travaille dans un service de rééducation qui prend en charge des militaires blessés et les victimes d’attentat.
L’autre, Ida, 26 ans, a été victime des attentats du 13 novembre 2015. Elle a reçu 10 balles dans la jambe et le bras. Après plus d’une année d’hospitalisation, elle poursuit sa rééducation avec un kinésithérapeute en Hôpital de Jour. Elle est invalide à 80%, marche avec une canne et garde des séquelles au niveau de son bras.
Les deux jeunes femmes se sont rencontrées dans le service de Laura et ensemble, avec l’aval de l’institution Nationale des Invalides qui encourage et soutient de tels défis, elles ont décidé de dépasser leurs limites. D’abord, elles ont gravi le Machu Picchu, au Pérou. C’était une idée d’Ida. « C’est un projet que j’avais avant les attentats et c’était un rêve, explique Ida. Quand j’ai été blessée, je me suis dit que ce n’était plus possible. Jusqu’à ce que je prenne connaissance des projets sportifs menés au sein de l’hôpital. J’en ai parlé à Laura, qui était mon infirmière. Elle était partante ».
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Au-delà du soin

Cet accompagnement de patient, pour Laura, n’est pas qu’une question de soins.

« C’est une relation qui va au-delà du soignant et du soigné, explique-t-elle. Les longues hospitalisations créent de toute façon des liens particuliers avec les patients, surtout dans un contexte comme la prise en charge de victimes d’attentat ».
« Mais cela reste malgré tout dans le domaine du soin. Concrétiser un défi sportif contribue à une meilleure résilience, au rétablissement de la confiance en soi. À partir du moment où l’on projette ces défis, les patients prennent conscience qu’ils peuvent aller au-delà de ce qu’ils pensaient »

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’institution nationale des Invalides adhère. Dans le service de Laura, de nombreux projets de ce type sont mis en place pour les patients. Parmi les autres défis relevés : un saut en parachute pour Laura et un militaire blessé. « La vocation de notre établissement est la reconnaissance de nos patients blessés. Nous souhaitons leur prouver que rien n’est impossible. Le sport, permet l’amélioration de l’état général », poursuit l’infirmière.

« Personnellement, ça m’aide surtout sur le plan psychologique, confirme Ida. J’ai eu la chance de bénéficier aussi d’un accompagnement qui m’a permis de trouver un logement et de me réinsérer. Comme je ne pouvais plus exercer mon métier dans la restauration, j’ai repris des études en biologie. Cette prise en charge globale, prenant en compte de nombreux besoins, a été vraiment bénéfique ».

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