Atelier pour les enfants – réabsorber les effets dévastateurs de la Violence et des Images de la Mort

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Fernando Bayro-Corrochano – Psychothérapeute-Psychanalyste et Art-thérapeute
Peinture et Modelage de l’Argile, en tant que supports artistiques d’expression de l’Inconscient et de la Création.  Un travail personnel en tant que récupération de l’Intime propre à chacun.

La Peinture et le Dessin, permettent dans un cadre d’Art-Thérapie de réabsorber les effets dévastateurs de la Violence et des Images de la Mort. Pouvoir les sortir telle quelles l’enfant se les représente et ainsi en présence du Psychothérapeute pouvoir dans un deuxième temps les élaborer, les symboliser et y mettre distance à ses images nuisible à la Santé Mentale ! Les interroger avec sa propre Violence en définitive et pouvoir la Pacifier en soi.

Suite aux attentas de Paris du 13. 11 2015

Une nouvelle FIGURE PSYCHIQUE, de la VIOLENCE, de la HAINE et de la MORT : le « DJIAHDISTE », émerge dans l’Espace d’Art-Thérapie comme une expression post-traumatique.
Dans les peintures et dans les dessins des enfants de 5 à 9 ans !
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Journal de bord après les attentats du Bataclan

Logo-LibérationPar Chloé Rochereuil
11 décembre 2015 à 18:36

« Je ne sais pas à quel moment ça va ressurgir »

Jeune rescapée du Bataclan, Lucie vit, depuis, au jour le jour, entre ses cours et les souvenirs de la tuerie dont elle est sortie physiquement indemne. Journal de bord.

« Hier soir, j’ai rêvé qu’un homme me tirait dessus. J’étais à terre et j’essayais de me forcer à dormir, pour pouvoir mourir plus vite. » Le son des balles du cauchemar de Lucie n’est pas une illusion mais un souvenir, celui du vendredi 13 novembre 2015. Dans la fosse du Bataclan ce soir-là, la jeune fille (21 ans) se retrouve rapidement face contre terre, sous « les murmures des gens écrasés ». A chaque « Pam », elle est persuadée que la prochaine balle sera pour elle. Pendant quinze minutes, elle fait corps avec le sol qui vibre à chaque rafale. Puis un mouvement, la vision du carnage, et l’issue de secours.

Quand, quatre semaines plus tard, on lui demande comment elle se sent, elle répond « ça va ». « Les choses se sont mises sur pause, confie-t-elle. Je prends le temps de vivre, de regarder, et je me pose les bonnes questions : qu’est-ce que je fais maintenant ? De quoi j’ai envie ? » Depuis un mois, Lucie est comme spectatrice de sa propre vie. Pendant quatre semaines, Libération l’a aidée à tenir son journal de bord.

Samedi 14 novembre

A 5 heures du matin, elle retrouve son appartement du IXe arrondissement où elle vit avec sa mère. Lucie s’allonge sur son lit. Elle sait que son petit ami, qui était avec elle au Bataclan, est bien sain et sauf. Les yeux rivés sur le plafond elle ressasse les images et les sons de ce quart d’heure d’horreur. « Je n’ai pas versé de larme, je n’avais pas de haine contre les terroristes, se rappelle-t-elle. Je me disais plutôt : mais c’est impossible, c’est incroyable. Je ne comprenais pas comment j’avais réussi à sortir de cette salle. »
Au petit matin, tout va très vite. Lucie retrouve son petit ami et enchaîne les déclarations à la police et aux psychiatres. Il faut répondre aux appels des proches inquiets et raconter encore et toujours « l’histoire ». « J’avais envie d’en parler, d’extérioriser, pour ne pas rester toute seule là-dedans et que les gens sachent », se souvient-elle.

Dimanche 15 novembre

Pop. Karen, sa mère, vient d’ouvrir une bouteille de champagne, pour « fêter que Lucie soit en vie ». Des amis sont venus lui rendre visite. On rigole, on boit et on ironise sur la tuerie. Mais quand vient la nuit, les images sont là. Lucie risque un coup d’œil à travers la porte de la salle de bains, où sa mère a mis le pull taché de sang de la veille à tremper. « J’étais à la fois dégoûtée et attirée, se remémore-t-elle. Je me disais que ce n’était peut-être qu’un mauvais rêve, que j’avais peut-être tout inventé. »

Lundi 16 novembre

L’étudiante en master de droit à Sciences-Po Paris se force à retourner en cours pour « récupérer un rythme de vie normal le plus vite possible ». Sous le regard de son père, qui l’a déposée en scooter devant l’université, Lucie doit montrer plusieurs justificatifs avant de passer la sécurité et d’accéder au bâtiment. Sa carte étudiante est restée au Bataclan. En classe, l’ambiance devient rapidement « invivable ». « C’était absurde d’être là, se rappelle-t-elle, je ne savais pas quoi faire de moi-même. Les gens parlaient d’autre chose, et moi je ne pouvais penser qu’à ce qu’il s’était passé. » L’établissement a prévu une minute de silence pour rendre hommage aux victimes des attentats, mais Lucie préfère rester avec ses amis, loin de la foule.

Mardi 17 novembre

« Un expresso, s’il vous plaît. » D’habitude, Lucie préfère les allongés mais ce jour-là, il faut faire vite. Après de longues hésitations, elle s’est forcé la main pour aller prendre un café en terrasse avec une amie. « Je ne suis pas restée longtemps, je n’étais pas très bien », se souvient-elle. Impossible de rester seule, pas envie d’aller en cours aujourd’hui. Pour la jeune fille passionnée de cinéma, de musique et de photos, pas question pourtant de rester cloîtrée chez elle. « J’ai pris sur moi, mais c’était important, ce sont des choses que j’aime faire : j’adore être au café. »

Mercredi 18 novembre

Un klaxon, une porte de voiture qui claque, une grille de garage qui grince, des gens qui crient, une sirène, le moindre éclat sonore est un coup de massue. Depuis les attentats, Lucie ne supporte plus la solitude et s’arrange pour se déplacer accompagnée. Aujourd’hui, pour la première fois, la jeune fille a décidé de sortir seule dans la rue, « pour essayer ». Dans le vacarme urbain, elle retrouve l’insupportable sensation de fragilité qui l’avait envahie au Bataclan. « Le moment où j’étais au sol, exposée aux balles, sans rien sur moi, c’est une sensation de vulnérabilité que je n’avais jamais ressentie de ma vie, confie-t-elle. J’ai ce même sentiment quand je marche seule dans la rue maintenant. » Inondée par l’angoisse, elle rebrousse chemin et rentre chez elle. Tant pis, elle essaiera de retourner en cours demain.

Jeudi 19 novembre

Le plafond de la petite salle confinée de la rue Saint-Guillaume vibre un peu plus que d’habitude aujourd’hui dans la classe. « D’un coup, j’entends des gens, des meubles qui bougent et j’ai l’impression que quelqu’un va rentrer dans la salle et tirer. Ce jour-là, j’ai cru entendre une sirène d’évacuation et j’ai failli m’évanouir. »

Vendredi 20 novembre

Déjà une semaine. En début de soirée, Lucie ne peut pas s’empêcher de penser minute par minute au drame qui s’est joué sept jours plus tôt dans la petite salle de concert du XIe arrondissement. « Je me suis rendu compte que les gens passaient à autre chose alors que j’étais toujours en plein dedans. C’est là que j’ai réalisé que ça se jouerait sur du long terme. »

Samedi 21 novembre

Dans la salle d’attente du psychiatre qu’on lui a conseillé, Lucie s’amuse de voir un dictionnaire trôner sur la table basse. « Mais qui apprend des mots avant d’aller chez le psychiatre ? » se dit-elle. La jeune étudiante n’a pas l’habitude « de consulter ». « Ce sont les relations, avec les autres, avec moi-même, qui sont plus difficiles à aborder maintenant», confesse-t-elle. En sortant du rendez-vous, Lucie va « un peu mieux ». « La psychiatre, je peux lui raconter mille fois ce qu’il s’est passé à l’intérieur, elle ne pourra pas l’enlever de ma tête. »

Dimanche 22 novembre

« Le problème, c’est que là ça va, mais je ne sais pas à quel moment ça va ressurgir dans ma tête. J’aimerais bien pouvoir me dire qu’en février ça sera fini, mais je n’en sais rien. »

Lundi 23 novembre

Depuis les attaques, Lucie préfère le scooter et le taxi aux transports en commun, devenus trop anxiogènes. Pour se rendre à l’université ce jour-là, elle ose un trajet en bus. « J’avais l’impression d’être une enfant de 6 ans qui va pour la première fois à l’école, raconte-t-elle. J’ai dit au revoir à mon père qui était sur le trottoir et j’ai failli fondre en larmes quand le bus est parti. » « J’ai le sentiment d’être une gamine qu’on félicite d’avoir réussi à faire du vélo, déplore-t-elle. Je ne supporte pas, mais je n’ai pas le choix. »

Mardi 24 novembre

« Je suis à la masse. Quand on m’explique un truc, je ne comprends rien. Je pense que mon cerveau travaille énormément à me faire oublier le choc et ça me fatigue beaucoup. »

Mercredi 25 novembre

Impossible de dormir. Depuis les événements, Lucie prend des somnifères à base de plantes, mais, ce soir, ils sont inefficaces, elle a l’impression « d’être de nouveau là-bas ». La cruauté des images s’estompe, mais les sensations reviennent. Encore une fois, elle vibre au son des balles, sent la poudre, entend les murmures. « Les souvenirs s’effacent de plus en plus, mais je sais qu’ils sont là, cachés quelque part. »

Jeudi 26 novembre

« Voilà, je vous rends votre veste, votre carte étudiante et votre pass Navigo.
– C’est gentil, mais, de toute manière, je ne prends plus le métro. »

Dans les locaux de la police judiciaire du Xe arrondissement de Paris, Lucie vient récupérer son manteau resté dans la fosse du Bataclan deux semaines plus tôt. « J’ai de la chance, il n’est pas taché », s’amuse-t-elle en sortant du commissariat. En fouillant dans ses poches, elle retrouve le briquet qu’elle avait acheté la veille du concert. « Bim, Bam, Boum », dans des bulles de bande dessinée, des onomatopées décorent le petit objet.

Vendredi 27 novembre

Lucie est scotchée devant la télé, elle regarde avec sa mère la cérémonie des hommages officiels. « Je me sentais concernée et en même temps je ne me disais pas que l’hommage était pour moi non plus. » Quand vient l’énumération des noms des victimes, la jeune fille ne peut pas s’empêcher de pleurer. « A un moment, je me suis dit qu’il aurait très bien pu dire mon nom là, maintenant. Je me demande si je suis vraiment une victime, parce que je n’ai pas été blessée physiquement. Quand on parle des victimes des attentats, est-ce que je suis dedans ? Je n’en sais rien et c’est dur de me placer. »

Mercredi 2 décembre

Sur la première de couverture du livre Genesis du photographe Sebastião Salgado, Lucie écrit un simple « Merci ». Elle dispose soigneusement l’ouvrage dans un petit colis qu’elle enverra au couple qui l’a accueillie près du boulevard Voltaire le soir des attentats. Quand Lucie parvient à s’échapper du Bataclan, elle court « le plus loin possible » avec trois autres rescapés du concert. Le groupe s’arrête devant un porche choisi par hasard et appelle à l’aide, en vain. « Je me suis dit qu’il fallait que je lance quelque chose sur les fenêtres pour que les gens nous entendent », se souvient-elle. Ce sera son manuel d’arabe, la langue qu’elle apprend depuis deux ans et le seul objet assez lourd de son sac. Un jeune homme crie à travers ses volets le code d’entrée de l’immeuble. Avec sa compagne, ils accueillent les survivants jusqu’à 4 heures du matin. Lucie n’a pas gardé contact, mais a jugé « important » de les remercier : « Ils ont simplement ouvert leur porte, mais ils m’ont apporté tellement de réconfort dans ce moment atroce. »

Samedi 5 décembre

Attablée dans un restaurant italien, Lucie est sortie dîner avec ses amis. Bien sûr, il y a ce camion qui a fait trembler les vitres, cette fourchette venue s’écraser bruyamment contre le carrelage ou ce petit garçon qui a crié un peu trop fort sur sa sœur. Mais ce soir, Lucie rit aux éclats.

Jeudi 10 décembre

« La psychiatre m’a dit quelque chose de très juste aujourd’hui. Avant, tout était abstrait, léger. J’ai l’impression que d’avoir été confrontée à la mort a ancré ma vie dans le réel. Elle l’a mieux formulé, mais sur le coup, ça m’a paru évident. »

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