Les émotions élastiques : quand les émotions du passé prennent le contrôle de nos comportements au présent


Les émotions élastiques : quand les émotions du passé prennent le contrôle de nos comportements au présent
PAR CAROLINE · 12 SEPTEMBRE 2017

« Une émotion élastique est une émotion du passé projetée sur le présent. »

Isabelle Filliozat

Une émotion élastique est une réaction émotionnelle excessive et inadaptée face au déclencheur du présent parce qu’elle est en fait une réactivation du passé refoulé.

« Quand une personne n’a pas su ou pas pu exprimer une émotion, cet affect réprimé cherche une issue. Toute situation, toute personne, qui rappelle de près ou de loin cette émotion ou l’événement qui l’a suscitée, réveille le passé. »

Isabelle Filliozat

Les émotions excessives sont souvent décalées, disproportionnées par-rapport à la situation et sont plutôt mauvaises conseillères.
Le travail que nous pouvons amorcer pour distinguer les émotions excessives des émotions adaptées passer d’abord par le fait d’identifier chaque émotion et ses causes, redonner sa fonction à chaque émotion et lui attribuer sa juste place. Ce tableau peut nous y aider :


Ainsi, on comprend que la tristesse nous sert à prendre conscience de ce qui est mauvais pour nous et de l’éviter et d’accepter les pertes, ce qui ne peut être changé. La tristesse sert également à attirer la compassion et le soutien de l’entourage. La peur signale les dangers ou les menaces et permet de se protéger. La colère signale que nos droits, notre dignité humaine sont bafoués et elle donne l’énergie nécessaire pour rétablir l’intégrité (physique et/ou psychologique).
Quand on identifie une réaction sans proportion avec la situation ici et maintenant, il est probable qu’il s’agisse d’une émotion élastique (peur excessive pouvant aller à la phobie, colère excessive qui prend la place de toutes les autres émotions, crise de panique…).
Si nous sommes envahis par l’émotion présente et que, en fermant les yeux, nous pensons au passé et qu’un ou plusieurs souvenirs surgissent, l’émotion provient davantage du passé que du présent.
Il est possible de se libérer de ce type de réaction disproportionnée, avec des exercices personnels ou, quand ces émotions élastiques sont puissantes en lien avec un traumatisme violent, avec le soutien d’un psychothérapeute.
Isabelle Filliozat propose un exercice pour travailler sur les émotions élastiques :
identifier dans les réactions d’aujourd’hui une émotion qui paraît excessive
remonter dans le passé et se poser des questions : qu’est-ce qui me vient en tête ? quand ai-je déjà ressenti cela ? envers qui ? (ex : une mère envahissante, un père agressif…)
trouver trois situations de la plus récente à la plus ancienne
s’autoriser à exprimer les émotions ressenties en l’instant et à l’époque
aller guérir l’enfant intérieur (voir ici)
écrire une lettre à la personne (parent, frère, soeur, tante, enseignant.e, médecin…) qui a été à l’origine de la blessure première : écrire les sensations du corps et les émotions ressenties, faire part des besoins qui auraient dû être satisfaits et des attentes à ce moment-là. Pour écrire cette lettre, il sera efficace d’avoir recours à la communication non violente pour une expression authentique de ce qui se passe en soi plutôt que des accusations ou des jugements.

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L’art-thérapie pour renouer avec ses émotions

atelier-1030x644Pour une personne souffrant de problèmes de santé mentale, l’art peut être une façon d’exprimer des émotions sans avoir recours aux mots. C’est l’objectif derrière la création du futur pavillon d’art-thérapie au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Philippe Desrosiers parle des bienfaits de cette approche avec Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du MBAM, le Dr Howard Steiger, directeur du Programme des troubles de l’alimentation à l’Institut Douglas, et la Dre Patricia Garel, pédopsychiatre au CHU Sainte-Justine.  

« L’art représente un outil pour aider les gens à établir une autre forme de contact avec leur expérience, sans avoir à verbaliser ou à analyser leur vécu », explique le Dr Steiger. « On limite la communication à l’oralité, mais il y a bien plus que cela, ajoute Mme Bondil. La pratique de l’art et le contact avec les arts vous permettent de vous exprimer et de faire sortir des émotions d’une autre façon qu’avec des mots. Je considère que le rapport aux arts sera aussi indispensable à notre bien-être au 21e siècle que l’a été le sport au 20e siècle. »

La Dre Garel, qui a collaboré à la création du nouveau pavillon, se réjouit du fait que ses jeunes patients pourront bénéficier de cette initiative pour créer et exposer, « non pas comme des patients, mais comme de jeunes participants qui découvrent que l’art est essentiel à la vie de tous. Il est temps qu’on ait ça dans le système de santé, sinon on va tous déprimer », conclut-elle.

L’atelier international d’éducation et d’art-thérapie sera inauguré en novembre 2016 au Musée des beaux-arts de Montréal.

Pour écouter l’émission cliquez sur l’image de l’atelier d’Art-Thérapie