Procès de la tuerie d’Istres – Karl Rose

logo-le-parisienProcès de la tuerie d’Istres : le témoignage d’un père dépassé par la dérive de son fils
De notre envoyée spéciale Louise Colcombet À Aix-En-Provence (Bouches-Du-Rhône)
10 janvier 2017
Le père de Karl Rose, jeune homme accusé d’un triple meurtre à Istres en 2013, a livré hier le témoignage d’un homme dépassé par la dérive de son fils. Sans aucune remise en question.
La phrase, d’une froide brutalité, tombe comme un couperet. Elle a le mérite de donner le ton. Évoquant ses rapports avec son fils, jugé depuis jeudi pour un triple assassinat à la kalachnikov dans les rues d’Istres en avril 2013, à l’âge de 19 ans, Gilles Rose a livré hier, devant les assises des Bouches-du-Rhône, le récit d’un père dépassé, impuissant face à la dérive de Karl, qu’il a élevé seul depuis l’adolescence. Sans pour autant se remettre jamais en question. « C’est comme si j’étais sur une rive avec le reste de la société, et lui sur l’autre rive. Et la rivière est devenue un fleuve », euphémise-t-il.

« A un moment, j’ai souhaité qu’il meure pour que moi, je puisse continuer à vivre »

GILLES rose père de Karl

De ce fils, souffre-douleur au lycée à cause de son obésité, en guerre avec une mère étouffante, surdoué de l’informatique réfugié dans le virtuel et sa passion des armes, il explique qu’il n’était « pas bien depuis l’adolescence ». « Mais avec lui, on ne pouvait pas communiquer », se défend Gilles Rose, anticipant les reproches. Alors oui, assène-t-il très vite : « A un moment, j’ai souhaité qu’il meure pour que moi, je puisse continuer à vivre. »
A l’exact opposé d’une mère fragile qui expliquera, dans un long monologue introspectif, qu’elle se sent « responsable » au point d’avoir « l’impression de lui avoir mis le fusil à l’épaule », Gilles Rose, lui, élude. Les armes ? « J’étais un peu au courant », dit-il. « Je l’ai vu bricoler un pistolet, je l’ai mis dehors un mois et demi. » Les envies de meurtre ? « J’ai pris ça pour de la provocation. » Ses consultations Internet morbides et obsessionnelles ? « J’ignorais tout. » Tout juste glissera-t-il, et de mauvaise grâce, un maladroit « désolé pour ce contretemps » aux familles de victimes…

« Je voulais me venger des adultes »

« Je voulais me venger des adultes », avait détaillé Karl Rose au premier jour de son procès, esquissant enfin un mobile. Se venger des maltraitances de sa mère — qu’elle a niées hier, reconnaissant toutefois les « lacunes » de son éducation —, se venger des « saloperies » de son père, qu’il a publiquement accusé, lors de son procès pour détention d’armes il y a un mois, de lui avoir fait subir des violences sexuelles. Une hypothèse plausible selon la mère de Karl, qui a fait part hier de ses « gros doutes ». Aussi, lorsque Gilles Rose évoque une « petite enfance qui s’est plutôt bien passée », son fils explose : « Violeur de gosses ! Ça s’est plutôt bien passé, hein ? », s’étrangle-t-il, tordu de souffrance, en larmes.

« Je crois qu’il a perdu pied, et qu’il relève désormais de la psychiatrie »

lâche, plein de morgue, Gilles Rose. Questionné sur des contenus pédopornographiques sur son ordinateur, l’homme assure qu’il s’agissait d’un service rendu à un « vieux monsieur » de son immeuble. Passablement agacé, Gilles Rose ne cache plus son courroux. Revenant sur le jour des faits, Me Yannick Le Landais, l’un des avocats de Karl Rose, s’interroge : « Votre fils part en vous disant qu’il va se suicider, vous ne le rattrapez pas ? » « Pour lui dire quoi ? Ne va pas te tuer ? », s’emporte Gilles Rose. « Je vous souhaite bien du courage pour le défendre… » conclut-il, sans un regard pour son fils.

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Colloque – Pertes, ruptures & abandons – 5 & 6 décembre 2014

Colloque-Parole-d'enfants

Le 5 et 6 Décembre aura lieu le Congrès annuel « Pertes, ruptures & abandons »
Vous pouvez trouver le programme :
http://www.parole.be/unesco2013/
Notez que le Jeudi 5 Décembre à 16h se présentera la conférence :

Claude SERON et Katia CONRARD : « La rupture de lien auteur-victime dans les situations d’inceste : issue irrévocable ? enterrer son père vivant ou le ressusciter des morts…

Livre – Vivre après l’inceste : Haïr ou pardonner ?

Coutanceau Vivre après l'incesteRoland Coutanceau
Broché : 336 pages
Editeur : Desclée de Brouwer (28 janvier 2004)
Collection : Médecine
Langue : Français
ISBN-10 : 2220054047
ISBN-13 : 978-2220054049
Dimensions : 20,6 x 12,8 x 2,4 cm

 » Pourquoi m’a-t-il fait ça ?  » C’est la question que se pose encore Ida Brein bien des années après l’agression incestueuse dont elle a été victime. Elle témoigne, dans la première partie de ce livre, de ce qu’elle a subi, des retombées de cette trahison sur sa vie sentimentale et sexuelle, du parcours accompli pour faire reconnaître sa souffrance et pour la dépasser. Partant d’une évaluation de ce témoignage, Roland Coutanceau, psychiatre et spécialiste de l’inceste, éclaire de façon très novatrice la souffrance psychique de la victime, le silence qui lui est imposé, et ce qui conditionne un tel drame. Cet acteur de terrain plaide alors avec conviction pour que la judiciarisation du délit incestueux aille de pair avec un accompagnement de la victime et de son agresseur : le suivi psychologique peut en effet, quand les conditions sont favorables, éviter l’éclatement des liens familiaux. Cet essai très complet, préfacé par Boris Cyrulnik, qui connaît bien les travaux de Roland Coutanceau sur toutes les formes de violence et leurs possibilités de résilience, lance de nombreuses pistes pour que soient mieux compris et pris en charge les acteurs de ce tabou social quasi universel.
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Autres billets sur le livre Vivre après l’inceste
Roland Coutanceau – le père incestueux, un être « immature égocentrique »