Livre – La voix de ceux qui crient – Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky – p. 102

Chapitre 5 – Le risque de la victimisation

La reconnaissance de la « victime » du traumatisme est la conséquence d’un engagement récent de l’État dans le système français de responsabilité sociale. Le traumatisme n’est plus seulement considéré comme « l’origine d’une souffrance que l’on soigne. il est aussi une ressource grâce à laquelle on peut faire valoir un droit ». On saisit ainsi les enjeux moraux et politiques qui accompagnent l’institutionnalisation du traumatisme et de la victime dans le régime de la demande d’asile.
La situation psychique du patient demandeur d’asile est donc paradoxale : d’un côté, il doit « plaider victime » devant l’administration et la justice et attester de violences à son égard, sinon il risque de ne pas obtenir ses papiers ; de l’autre, il est fondamental pour lui de ne pas s’identifier à une victime, sinon il risque la démobilisation de ses forces vitales, la réduction de son identité à son histoire traumatique. Je suis consciente de ce paradoxe et des contradictions qu’il entraîne pour le sujet. Sans doute faut-il écouter la plainte avant d’envisager de la transformer. Toutefois, non seulement la vie du demandeur d’asile ne se réduit pas à sa demande et à la décision de l’État, mais encore l’accord ou le refus du titre de séjour ne l’empêchera pas d’être un homme libre, dans ses choix, dans ses valeurs et dans ses actes. Cela, je le dis clairement au patient qui arrive annihilé par la violence d’un refus administratif, afin de court-circuiter l’effondrement et surtout sa réduction à son statut de demandeur.

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Editeur : Albin Michel
ISBN : 978-2-226-40259-2
EAN : 9782226402592

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