« Conversation avec Romy Schneider »

« Conversation avec Romy Schneider »
Source : Arte.fr – 09 septembre 2018
Durée : 53 minutes
Réalisation : Patrick Jeudy
Pays : France
Année : 2017
Le temps d’une nuit à Cologne, en 1976, Romy Schneider se raconte comme elle ne l’a jamais fait. Un portrait intime d’une intensité rare, réalisé à partir des enregistrements sonores de son interview avec la journaliste Alice Schwarzer.
12 décembre 1976. Des flocons virevoltent au-dessus de la cathédrale de Cologne. À quelques pas, dans un petit bureau aux airs de cabine de bateau, Romy Schneider se confie à une femme : Alice Schwarzer, une féministe allemande – la plus engagée de son époque –, fondatrice du magazine Emma. Éloignée des caméras et alors qu’elle ne donne plus aucune interview, l’actrice allemande de 38 ans est au sommet de sa gloire. Elle veut faire de la journaliste le porte-voix de ce qu’elle n’a jamais su dire. « Je veux que ton article sur moi choque tout le monde », répète-t-elle en français. Retraçant le fil de sa vie, jalonnée d’allers-retours entre la France et l’Allemagne, la comédienne se livre à des confessions parfois douloureuses. Demande à plusieurs reprises d’interrompre l’enregistrement, notamment lorsqu’elle évoque Magda, sa mère, comédienne adulée sous le IIIe Reich – et qu’elle soupçonne d’avoir eu une liaison avec Hitler. À demi-mot, elle parle aussi de son beau-père, qui a voulu abuser d’elle.
Tête à tête
Quarante ans après, Alice Schwarzer, figure historique du féminisme, confie à Patrick Jeudy les extraits de l’enregistrement sonore de sa conversation avec Romy Schneider et revient, devant sa caméra, sur cette nuit unique. De la petite Autrichienne de Sissi à l’icône des années 1970, ce portrait sans tabou lève le voile sur l’intimité de d’une femme pleine de contradictions. Elle apparaît ici courageuse et craintive, révoltée et conformiste, surdouée et rongée par le doute. Emplie d’images d’archives rares, comme ce film privé d’Eva Braun, où l’on découvre tout sourire la mère de Romy aux côtés du Führer, cette pépite documentaire offre un éclairage nouveau sur le rapport complexe qu’entretenait la star avec ses deux pays. Alors que l’Allemagne réveille des traumatismes d’enfance, la France reste la terre d’un premier amour contrarié : celui avec Alain Delon. Elle dira : « Je suis maintenant française. Tout ce qui est allemand me fait mal. » Dans ses confidences, quand la colère la rattrape, c’est d’ailleurs l’allemand qui prend le pas sur sa langue de cœur, le français.

Claude Ponti – Lui-même victime, il s’engage contre le harcèlement sexuel

Claude Ponti le 12 janvier aux éditions L’Ecole des loisirs, à Paris. (Vincent Leloup/Divergence pour le JDD)
Claude Ponti, tombé du nid
3 février 2018
Star des auteurs d’albums pour la jeunesse, Claude Ponti invente des poussins facétieux qui aident les enfants à grandir. Ses héros triomphent des épreuves, comme lui.
L’artiste a vengé le petit écolier. Sur le cliché en noir et blanc qui ouvre sa biographie autorisée*, Claude Ponti, sage raie sur le côté, bouche maussade, engoncé dans un gilet tricoté par son institutrice de mère, tient un pinceau de la main droite. Or le gamin est gaucher et, si on a pu le forcer à faire semblant le temps d’une séance photo, il ne se laissera pas contrarier. Jamais. « Plutôt crever. » Qu’importent les baffes administrées par le directeur de son établissement primaire des Vosges, le même qui plongeait certains élèves dans une auge glacée en plein hiver ou les enfermait à la cave dans le noir pour les punir ; qu’importe le redoublement imposé du CM1 pour cause d’écriture brouillonne. « Ils n’ont pas pu me faire changer de main », dit-il avec le sourire, doux et ferme, de qui a résisté à tout.

Lui-même victime, il s’engage contre le harcèlement sexuel

Un de ses compagnons imaginaires de l’époque a résisté au temps. Dans les années 1950, Claude Ponti avait commencé à dessiner, sur ses cahiers d’écolier, de petites créatures jaunes. Ces esquisses duveteuses, qui suscitaient déjà l’admiration des adultes, sont devenues les personnages fétiches de ses albums : des poussins à la mine réjouie, facétieux, qui bondissent d’une page à l’autre, se propulsant dans les airs pour embarquer le petit lecteur dans de folles aventures. « Ils ont une puissance de vie », apprécie leur créateur. Cette phrase résonne longtemps. Et s’il parlait aussi de lui ? « Claude » – comme l’appellent les nombreux enfants qui l’adulent –, « c’est le papa des poussins ». Le géniteur ne renie pas la filiation – cet esprit libre se garde de contester les interprétations même si lui-même semble plutôt tout droit sorti de l’œuf : « Quand je regarde cette vieille photo, je vois bien que j’ai une gueule de poussin. »

« Je sais ce que c’est qu’être une proie »

Ponti, 69 ans, auteur et illustrateur de plus de 70 albums, écoulés à 7,5 millions d’exemplaires en français, est l’un des plus grands noms de la littérature jeunesse. Chaque ouvrage, généralement publié à l’automne, est une surprise et « une œuvre en soi », « drôle et contemplative », « avec plusieurs registres de dessin », que l’on aime « conserver et regarder », selon les tendres mots de son amie la romancière Marie ­Desplechin. A chaque livraison, un personnage farceur continue de malmener le code-barres, mais le format change – grand, petit, large, étroit –, donnant des sueurs froides à l’imprimeur et aux parents qui n’arrivent pas à aligner ses bouquins sur les étagères. « Il est incadrable, poursuit sa complice. Cela va avec son talent exceptionnel : il sait ce qu’il veut. »
Dans les années 1960, le jeune lycéen des Vosges a échafaudé un plan de carrière précoce : fuir sa famille grâce aux crayons et aux pinceaux ; rire au nez de la tragédie, en bon disciple de Topor. « Ce qui m’a sauvé, à part le fait que je dessine, c’est la rage », explique le cadet d’une fratrie de trois garçons. Dans Les Pieds bleus**, un roman pour adultes paru en 1995, il s’était inventé un double de fiction pour raconter, à mots crus mais couverts, les torgnoles et les humiliations du paternel, un ouvrier d’origine italienne, la démission maternelle face aux coups, l’abandon durant un an et demi chez une tante, jusqu’à la naissance de son benjamin.

Aujourd’hui, persuadé d’assister à « un moment historique bouillonnant » – il relaie la dénonciation des violences sexuelles sur son compte Twitter –, Ponti est prêt à balancer droit dans les yeux : oui, le roman parlait bien de lui, et l’inceste dont il était question, il en a été victime. « Longtemps, c’était indicible, soupire-t-il. Enfin indisable. » Le néologisme en forme de pirouette d’ancien dyslexique ressemble à ceux qui secouent ses textes, émerveillant les petits, déroutant certains grands. Dans la conversation de tous les jours, de manière surprenante, Ponti jongle assez peu avec les mots.

Il aborde la maltraitance, la domination, la violence dans des livres pour enfants

Les souvenirs des viols commis par son grand-père maternel lui sont revenus à 20 ans, une fois quitté le foyer familial. A cette époque, il a compris pourquoi il était « bizarre » ; atteint de stress post-traumatique, conclurait-on aujourd’hui : obligé de repérer, en entrant dans une pièce, les portes de sortie ; allergique à la foule ; incapable de respirer en courant, jusqu’à s’effondrer en plein sprint, bouche cousue sur un terrain de rugby, parce que le bruit de l’air qui entre et sort, insoutenable, lui rappelait les halètements obscènes de son grand-père pendant les agressions. « J’ai une idée très précise de ce que c’est que de vivre dans la maison d’un homme qui peut vous atteindre à n’importe quel moment, détaille-t-il. Je sais ce que c’est qu’être une proie, et une proie permanente, donc il y a des choses que je comprends. »

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