BMP – La douleur et les dissociations

Je voulais retranscrire en forme la douleur et les dissociations, mais cela a dû dévier dans ma tête un peu je pense.
Parfois je me sens seule dans ma tête, parce que les dissociations mangent l’intérieur de mon corps, celles-ci  provoquées par la douleur trop forte à supporter pour mon cerveau et mon corps, car cela aussi je l’ai remarqué. Quand j’exprime l’abandon c’est dans ce contexte pour ce dessin.
J’ai cette impression dans ces moments-là que les dissociations sont comme une protection, un pansement afin que je ne ressente pas la force de cette douleur qui devient par moment insupportable.
Alors dessiner m’évite de trop penser, et m’aide à ne pas aller trop loin dans les dissociations. Car ma concentration est tournée sur une direction plus constructive, le mouvement de mon crayon est une force tout comme la naissance d’un dessin.
Car ne rien ressentir dans ma tête dans ces moments-là, c’est une sorte d’abandon alors que c’est parfois difficile de m’ accrocher entre la douleur et les dissociations, quand les deux sont en même temps et fortement présentes. Les mots ne sont plus là, et les images non plus, je suis seule dans un monde vide.
Alors j’ai besoin de faire quelque chose et ce quelque chose c’est un nouveau dessin. Cela m’apaise, mais aussi cela remplit ma tête d’un mouvement, d’une action qui s’oppose à ce vide, mais aussi face à cette douleur.
J’aime dessiner et j’aime toujours mettre en avant un côté tordu, un côté bizarre, parce que cela c’est ma patte, la patte de Béatrice !
Je voulais faire un dessin où quelque chose qui pourrait se montrer : une émotion, pas forcément de la colère, de la tristesse, ou de la joie.
Mais dans ma tête je voulais dessiner, exprimer cette émotion, sans trop savoir laquelle. Juste faire apparaître ce mouvement qui me referait repartir face cette douleur.

Comment avez-vous dessinez ?

Pour la naissance de mon esquisse, il y avait le besoin de représenter la ou les dissociations, de créer du mouvement, et des formes légèrement tordues. Je voulais faire naître des visages. Après j’ai laissé mon instinct du moment s’exprimer, j’ai laissé aller mon crayon pour être finalement surprise par ce qu’il avait exprimé, mais qui serait en accord avec mon envie.
J’ai donc commencé par dessiner la partie du bas, le début d’une forme, mais rien de très concret, juste des traits.
J’ai continué en faisant apparaître des visages, avec une petite pointe d’expression, mais là encore, sans trop savoir laquelle. Je voulais un mouvement dans mon dessin, ça c’était sûr, mais savoir d’où il partait, ça aussi je ne le savais pas. Mais je voulais absolument que celui-ci se distingue, car dans le mot dissociation, il y a ce phénomène de mouvement.
Ce mouvement, quand on le regarde, il peut être agréable. Ceci explique ce mouvement en haut de mon esquisse, en haut des têtes.
Pour la couleur de mon esquisse, là je savais qu’il n’y aurait pas de couleur. C’est peut-être lié au fait que je ne comprenais pas ce qui se passait tout à fait dans ma tête à ce moment là.
Les couleurs rouges ou noires, ça n’allait pas non plus. C’était trop le brouillard dans ma tête, pour me décider à choisir des tonalités pour ce manteau de ce dessin.  Mais j’aime jouer avec la couleur grise, et je pense que c’est cela qui m’a décidée pour faire naître ce manteau.

Matériaux utilisés

Aquarelle, dessin sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin. J’ai utilisé les crayons suivants : Derwend. Charcoal Médium ; Derwent. Graphic 9B, crayon HB et 2B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Je me disais que quand je n’ai pas de soleil dans ma tête, dessiner ces esquisses légèrement tordues, m’apportait un soulagement, même si en même temps cela me déstabilise un peu.
• Je me suis dit, en regardant la progression de mon dessin, qu’il y avait une pointe d’originalité qui en ressortait, et du coup cela m’a rassurée sur moi : il n’y a pas que du mal-être en moi.
• Je me suis amusée à réaliser ce dessin, même si celui-ci n’a pas de couleurs.
• J’ai passé aussi un moment agréable pour le faire évoluer sans trop savoir comment je pense aussi. Même si des dissociations sont arrivées, je l’ai fait malgré tout évoluer mon esquisse sur le moment présent et ça c’est une petite victoire.
• Faire des formes dans tous les sens, ce côté fumée dans le haut de ma feuille au niveau des têtes, ce côté qui dit :  « Je suis là, mais je ne comprends pas tout ce qui se passe autour de moi » me faisait sourire car c’est cela parfois qu’il m’arrive.
• Je me suis revue avec Gros et le mot fellation était là, ce qui m’a produit des nausées subitement et un mal de tête.
• Je me suis sentie petite au niveau des jambes, la frayeur de me tenir debout était là tout comme tomber.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Je ressens un côté “ bizarre »  en moi.
J’avais aussi cette réaction de me demander si ce tableau me donnait envie de sourire.
J’avais en moi, cette envie de faire bouger ces visages. Mais je ressentais aussi un côté incompréhensible.
Je ne saurais pas dire si je ressens de l’angoisse, car finalement je ne suis pas vraiment capable de dire ce que je ressens.
Juste cette envie de sourire. Je ne serais pas capable de dire à quel moment mon idée a pu éventuellement changer dans ma tête. Mais je souris encore en regardant mon dessin.

BMP – Reprise du dessin sur le mot dérive

C’est le commentaire de Sabrina qui est à l’origine de ce dessin. Voilà ce qu’elle m’avait écrit :

“Vous avez très bien fait en dessinant en noir et blanc, car les couleurs ne venaient pas à ce moment-là dans votre tête. Mais pour surmonter cette colère et ne pas donner plus d’énergie et de raison à cette personne, vous pourriez lentement mettre des couleurs. Je commencerais par colorier les lignes dessinées sous les doigts. Vous pouvez utiliser les aquarelles qui sont un matériel plus doux si vous avez mal à la main. Comme ça, en mettant des couleurs sur le dessin, vous vous sentirez triomphante de ce mot et de cette personne. Ce mot vous a touché mais vous pouvez bien le diluer grâce à l’eau de vos aquarelles ».

J’ai donc repris mon dessin et essayant d’appliquer la consigne de Sabrina.
Béatrice voudrait comprendre certaines de ses réactions, mais beaucoup de questions font surface en même temps. Et cela est difficile à gérer et a une incidence sur ma concentration.

Matériaux utilisés

Aquarelle conçue sur feuille de format de 50 x70 cm à grain fin.
Je me suis servie des couleurs aquarelles suivantes : blanc de Chine,  noir d’ivoire.
Crayon HB, 2B, 3B, 9B.
Et repris par de l’aquarelle.

Qu’avez-vous ressenti ?

1 – Je n’arrivais pas mettre une forme pour exprimer ma colère.
2 – Dans ma tête je n’arrivais pas à réfléchir et mettre un mot sur une émotion concernant le mot qu’a utilisé cette personne pour qualifier mes troubles. Peut-être colère et tristesse, je n’en sais rien.
3 – Je me suis sentie dégoutée de moi. La douleur dans mes mains et mes difficultés à me servir de la main gauche, n’arrange rien.
4 – Je me disais que ce mot « dérive » avait touché la personne que je suis. C’est une espèce de découverte et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à y mettre une émotion.
Est-ce une incapacité ? Un interdit ? Une frayeur de quoi ou pourquoi ? Je ne suis pas capable de le savoir.
5 – Je sentais dans ma tête que de réfléchir était lourd à réaliser, je ne savais pas quelle direction je devais prendre, je cherchais un début et une fin pour y arriver.
6 – Diluer ce mot « dérive » dans l’aquarelle, je ne savais pas trop comment m’y prendre, c’était plus la couleur rouge qui prenait le dessus sur cette situation.
7 – Un moment donné il m’est venu l’idée de recouvrir tout ce dessin d’un manteau ; je me voyais nue et effrayée et je me suis perdue dans ma tête. Je ne sais plus si à ce moment-là j’étais dans le passé ou dans le présent.
8 – En moi j’ai cherché aussi un mot qui pouvait être plus fort que la mort, je ressentais le besoin de me rassurer, mais vous expliquer sur quelle situation, ça aussi ça reste compliqué en ce moment.
9 – J’ai eu des moments de dissociations, mais je ne sais pas si c’est la douleur qui devenait plus forte qui en était la cause, ou si c’était le fait de ne pas ressentir ma douleur psychologique face à ces diverses situations.
10 – Je hurle dans ma tête, je ressens ce passé qui n’attend que cela me ramener dans l’enfer, je suis effrayée si je ne peux plus dessiner qu’il m’emmène avec lui vers la mort.
11 – j’ai éprouvé du mal à mettre de la couleur, je voulais que mes gestes soient plus forts et plus surs, ressentir sous mes doigts a été difficile.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin je trouvais que son habillement était mal fini, ça m’angoissait et cela m’angoisse toujours ! Car cela ne ressemble pas à Béatrice.
Mais je trouve malgré tout qu’avec l’aquarelle rajoutée, mon dessin devient plus vivant et plus en mouvement.
Ensuite, je n’arrive pas à réfléchir ;  je suis trop envahie de questions.
Je suis trop envahie par la douleur, mais je garde en tête que malgré tout la couleur est là. Après est-ce que cela est bon ou pas, je ne ressens rien.
Je souris car la couleur est là même si je ne trouve pas ce dessin convenablement bien réalisé. Un voile pour couvrir mon inquiétude…