BMP – L’écriture maîtrisée

« l’art ressort dans la maîtrise de la langue et dans la tournure des phrases que l’on écrit »

L’écriture maîtrisée, pour moi, c’est prendre son temps, de rayer, de raturer, de laisser couler l’inspiration pour le plaisir du lecteur, c’est comme si c’était l’écriture qui vous parlait.
Un moyen de communication : elle peut être par moment, violente mais aussi, « rentre dedans » donc percutante quand il faut la faire s’exprimer par exemple, pour une cause ou bien simplement pour se faire comprendre. C’est aussi une forme d’art mais dans un autre mouvement.
Tout comme  laisser s’exprimer son pinceau, son crayon de couleur, ou son crayon noir glisser, se déplacer, naviguer accompagné d’un mouvement, sur notre feuille de manière « automatique » tout en découvrant après une danse de lignes, de signes qui par moment ne veulent rien dire mais qui inventent un nouveau langage, à la limite illisible et là je pourrais faire référence à mes dissociations. Là aussi se cache une écriture ingénieuse, c’est un langage, c’est un art maîtrisé ou pas, mais n’empêche qu’une vie apparaît, peut-être aussi que la patte de mes parties émotionnelles se fondent dedans.
J’aime me dire que les mots ou les phrases deviennent peinture quand on les recouvre d’un manteau de couleur.
Tout comme  l’écriture peut pleurer par nos mots mais aussi par sa forme qui peut être maculée de rouge par exemple. Quand mes pulsions sont en mouvement, accompagné d’ écriture, il émerge ce chaos de formes entrelacées, parfois inexplicable c’est cela aussi une forme d’art visuel.
La forme et le mouvement qu’on met dans nos pensées font danser nos mots et nos phrases et c’est là que l’art brille.
On découvre aussi des structures expressives dans nos écrits, c’est un sorte de style, et dans ce style, il y a cette espèce de maîtrise de la langue. On joue avec les mots, les ponctuations, les rimes, ce qui fait qu’on fait miroiter tout cet ensemble qui nous fait au final voyager et c’est là aussi que l’art s’exprime, avec une grande sensibilité.
Par moment cet art visuel se transforme en un « bric à brac » de mots comme une vente et celle-ci se transforme en une “braderie » de forme où ce mélangent des consonnes, des voyelles, des verbes et des compléments et ça devient par une sorte de magie, une forme visuelle, colorée ou pas. Cela aussi c’est de l’art, maîtrisé ou pas, mais un langage multiple s’en dégage.
Quand l’écrit, quand la tournure de la maîtrise des phrases est présente, que cela nous renvoie soit à un son soit à une idée, et bien là, surgit en moi, l’idée de faire naître un dessin simple dans son observation ou bien alors c’est tout le contraire d’une complexité intouchable. Et là, c’est le mot mystère qui s’exprime et qui nous balade sans nous laisser le temps de réfléchir. Tout cet ensemble a des destins mêlés. C’est ça l’art de la langue, dans la tournure des naissances des phrases que l’on écrit.

Comment avez-vous procédé pour réaliser votre relief ?

Comment représenter une forme pour justement accompagner mon écrit. Faire un duo de l’écrit avec le dessin.
Le dernier travail en relief : prendre soin de ma petite fille, m’a beaucoup plu. Alors je me suis dit que je pourrais en refaire un autre, mais encore plus travaillé. Et comme j’aime la difficulté j’éprouve encore plus de plaisir à chercher une idée.
J’avais bien une idée en tête mais elle devait encore mûrir. Maintenant elle est au point.
Mon idée du relief ‘était donc de faire apparaître une main en mouvement, comme si celle-ci écrivait. Cela serait la représentation de ce mouvement, de ce geste d’écrire. En relief car je me disais que ça révélerait ces mots : art visuel, tout comme créer et dessiner.
J’ai donc commencé par dessiner des livres, car je me faisais cette petite réflexion que lire aide dans notre vocabulaire donc dans l’écriture, dans la fabrication de nos phrases, donc aussi dans le bon parler du français.
J’ai ensuite continué à faire évoluer mon oeuvre en commençant les premiers découpages pour mon relief concernant la main.
J’ai donc dessiné celle-ci et je l’ai découpée. Mais je voulais garder également, ce côté transparent de mon premier travail, pour apporter et garder un petit volume, donc je me suis servie de papier calque.
Puis je suis passée à l’étape de faire apparaître ensuite les lettres du mot « l’art » toujours dans le découpage et dans une forme originale, je voulais que ça soit cette main qui écrive ce mot.
J’ai ensuite peaufiné mes finitions, couleur, positionnement puis j’ai monté mon dessin définitivement.

Matériaux utilisés :

Travail fait sur 1 feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin
Crayon de couleur aquarelle
Papier calque
Cutter
Papier à motif
Pâte à fixe
Crayon de papiers, HB, 9B, 2B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Une angoisse de ne pas y arriver ; toujours cette angoisse qui ne me quitte pas, mais je vais l’affronter.
• Cela fait du bien de ressentir quand on aime faire quelque chose.
• La peur de faire un geste de travers dans mes découpages.
• En moi cette envie de bien faire, de montrer justement cet art visuel.
• Je me suis perdue dans ma tête.
• Le doute m’a envahie ainsi qu’une certaine inquiétude.
• A un moment donné, je me suis sentie désemparée dans mes questionnements.
• Découper pour moi s’est montré difficile et compliqué à faire. J’avais cette impression de découvrir, de faire pour la première fois.
• Lourde dans ma tête dans le côté gauche et ça craquait partout.
• Le passé est revenu, j’ai donc fait une pause et un exercice du livre.

Que ressentez-vous face à votre relief ?

En regardant mon travail, je me sens étonnée du résultat final. Mais je ne veux pas me demander si c’est bien ou pas. Je sais juste que j’ai fait de mon mieux, que j’ai apprécié. Pour les photos j’ai joué avec la lumière du jour.

BMP – La douleur et les dissociations

Je voulais retranscrire en forme la douleur et les dissociations, mais cela a dû dévier dans ma tête un peu je pense.
Parfois je me sens seule dans ma tête, parce que les dissociations mangent l’intérieur de mon corps, celles-ci  provoquées par la douleur trop forte à supporter pour mon cerveau et mon corps, car cela aussi je l’ai remarqué. Quand j’exprime l’abandon c’est dans ce contexte pour ce dessin.
J’ai cette impression dans ces moments-là que les dissociations sont comme une protection, un pansement afin que je ne ressente pas la force de cette douleur qui devient par moment insupportable.
Alors dessiner m’évite de trop penser, et m’aide à ne pas aller trop loin dans les dissociations. Car ma concentration est tournée sur une direction plus constructive, le mouvement de mon crayon est une force tout comme la naissance d’un dessin.
Car ne rien ressentir dans ma tête dans ces moments-là, c’est une sorte d’abandon alors que c’est parfois difficile de m’ accrocher entre la douleur et les dissociations, quand les deux sont en même temps et fortement présentes. Les mots ne sont plus là, et les images non plus, je suis seule dans un monde vide.
Alors j’ai besoin de faire quelque chose et ce quelque chose c’est un nouveau dessin. Cela m’apaise, mais aussi cela remplit ma tête d’un mouvement, d’une action qui s’oppose à ce vide, mais aussi face à cette douleur.
J’aime dessiner et j’aime toujours mettre en avant un côté tordu, un côté bizarre, parce que cela c’est ma patte, la patte de Béatrice !
Je voulais faire un dessin où quelque chose qui pourrait se montrer : une émotion, pas forcément de la colère, de la tristesse, ou de la joie.
Mais dans ma tête je voulais dessiner, exprimer cette émotion, sans trop savoir laquelle. Juste faire apparaître ce mouvement qui me referait repartir face cette douleur.

Comment avez-vous dessinez ?

Pour la naissance de mon esquisse, il y avait le besoin de représenter la ou les dissociations, de créer du mouvement, et des formes légèrement tordues. Je voulais faire naître des visages. Après j’ai laissé mon instinct du moment s’exprimer, j’ai laissé aller mon crayon pour être finalement surprise par ce qu’il avait exprimé, mais qui serait en accord avec mon envie.
J’ai donc commencé par dessiner la partie du bas, le début d’une forme, mais rien de très concret, juste des traits.
J’ai continué en faisant apparaître des visages, avec une petite pointe d’expression, mais là encore, sans trop savoir laquelle. Je voulais un mouvement dans mon dessin, ça c’était sûr, mais savoir d’où il partait, ça aussi je ne le savais pas. Mais je voulais absolument que celui-ci se distingue, car dans le mot dissociation, il y a ce phénomène de mouvement.
Ce mouvement, quand on le regarde, il peut être agréable. Ceci explique ce mouvement en haut de mon esquisse, en haut des têtes.
Pour la couleur de mon esquisse, là je savais qu’il n’y aurait pas de couleur. C’est peut-être lié au fait que je ne comprenais pas ce qui se passait tout à fait dans ma tête à ce moment là.
Les couleurs rouges ou noires, ça n’allait pas non plus. C’était trop le brouillard dans ma tête, pour me décider à choisir des tonalités pour ce manteau de ce dessin.  Mais j’aime jouer avec la couleur grise, et je pense que c’est cela qui m’a décidée pour faire naître ce manteau.

Matériaux utilisés

Aquarelle, dessin sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin. J’ai utilisé les crayons suivants : Derwend. Charcoal Médium ; Derwent. Graphic 9B, crayon HB et 2B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Je me disais que quand je n’ai pas de soleil dans ma tête, dessiner ces esquisses légèrement tordues, m’apportait un soulagement, même si en même temps cela me déstabilise un peu.
• Je me suis dit, en regardant la progression de mon dessin, qu’il y avait une pointe d’originalité qui en ressortait, et du coup cela m’a rassurée sur moi : il n’y a pas que du mal-être en moi.
• Je me suis amusée à réaliser ce dessin, même si celui-ci n’a pas de couleurs.
• J’ai passé aussi un moment agréable pour le faire évoluer sans trop savoir comment je pense aussi. Même si des dissociations sont arrivées, je l’ai fait malgré tout évoluer mon esquisse sur le moment présent et ça c’est une petite victoire.
• Faire des formes dans tous les sens, ce côté fumée dans le haut de ma feuille au niveau des têtes, ce côté qui dit :  « Je suis là, mais je ne comprends pas tout ce qui se passe autour de moi » me faisait sourire car c’est cela parfois qu’il m’arrive.
• Je me suis revue avec Gros et le mot fellation était là, ce qui m’a produit des nausées subitement et un mal de tête.
• Je me suis sentie petite au niveau des jambes, la frayeur de me tenir debout était là tout comme tomber.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Je ressens un côté “ bizarre »  en moi.
J’avais aussi cette réaction de me demander si ce tableau me donnait envie de sourire.
J’avais en moi, cette envie de faire bouger ces visages. Mais je ressentais aussi un côté incompréhensible.
Je ne saurais pas dire si je ressens de l’angoisse, car finalement je ne suis pas vraiment capable de dire ce que je ressens.
Juste cette envie de sourire. Je ne serais pas capable de dire à quel moment mon idée a pu éventuellement changer dans ma tête. Mais je souris encore en regardant mon dessin.