BMP – Corps tordu recroquevillé


Je veux juste préciser que ce dessin ne correspond pas réellement à une idée de Béatrice (l’adulte que je suis)…
J’ajouterais, que les couleurs ont en ce moment du mal à surgir dans ma tête. Je suis, pour l’instant, plus dans le gris, surtout quand parfois mes dissociations sont trop fortes.
Une nuit sans sommeil c’est difficile… Maintenant j’essaie de dessiner. Mais le résultat, une fois le dessin terminé, ne dépend pas toujours de moi et de projets de peinture.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Je me suis donc installée dans mon salon. Ce qui se passe dans ma tête en ce moment, c’est du genre compliqué, donc difficile à suivre. La couleur grise était présente et je voulais mettre en forme une forme. Je pense que cette forme est née pour traduire mon état psychologique actuel : soit c’est en mode recroquevillée, soit c’est en mode planer, soit c’est en mode je me bas fort, je suis forte et je vais y arriver, soit c’est le néant total et pour terminer qui est là en ce moment ? Je me cherche, mais aussi qu’elle est cette partie émotionnelle nouvelle ? J’ai cette impression de ressembler à une carte de restaurant sur laquelle différents mets sont proposés aux clients.
Pour cette esquisse, je me souviens d’avoir commencé mon premier coup de crayon par le visage ; ensuite j’ai continué mes formes en tournant autour de lui. Maintenant est-ce que j’avais une idée particulière pour la création des formes, je n’en sais plus rien.
Je pense par contre que j’ai fait juste attention à ce que cette esquisse soit de la patte de Béatrice l’adulte. Sur le moment les morceaux que je dessinais me plaisait bien avec cette façon de faire ressortir un pulzz, tordu.

Pour accomplir le manteau en aquarelle, voilà ce dont je me rappelle : pas la moindre idée de couleur, les couleurs étaient envolées de ma tête. Je ne voyais que du gris pour recouvrir mon esquisse. Je voulais jouer avec lui, le faire ressortir en timide, mais aussi plus présent dans certains endroits de mon dessin. J’avais envie de jouer avec cette forme. Mais ce dessin jouait aussi avec moi à me perdre dans ma tête et à m’en faire disparaître.

Qu’avez-vous ressenti ?

• J’avais cette impression d’être un yoyo, de me perdre, pour finir en dissociations qui se succédaient les unes aux autres.
• Garder ma concentration, simplement garder les yeux sur mon esquisse s’est montré compliqué.
• Il y avait des moments où je ressentais que je devais mettre de la couleur noire.
• Je ressentais bien aussi cette envie de jouer avec le gris.
• J’avais aussi cette envie très forte de voler, voler loin et longtemps.
• J’avais cette envie de hurler fort, et de me mettre en mode petite.
• Je ressentais le besoin de me voir transparente.
• J’avais aussi une envie de mourir, et le verbe « exister » était là.
• J’ai ressenti une grande incompréhension, je me sentais complètement désemparée dans le brouillard.
• Je me vois à me poser des questions, mais je ne me vois pas y réfléchir en profondeur.
• Je ne voyais pas de suite.
• Je me sentais lourde aux pieds.
• J’ai eu des difficultés avec mes mains. Je ne savais pas trop comment tenir mon crayon dans mes doigts par moment.
• Je ne sais pas si j’ai ressenti du plaisir lors de la création de ce dessin, ni même une quelconque émotion.
• Je ne ressentais ni mon corps, ni ma tête, je me voyais en hauteur, et tomber d’un coup, après je ne sais plus.
• Je voyais ma feuille par moment trop grande, elle m’effrayait.

Matériaux utilisés

Dessin conçu sur feuille de format de 36×48 cm
Crayon HB, 2B, 3B, 9B.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant ce dessin, je ressens un côté à la fois déstabilisant mais aussi de curiosité.
Je ne sais pas s’il me plait ou s’il m’angoisse.
Je ne sais pas si je suis angoissée, ou ce qui se passe en moi.
Mais en le regardant plus tard et de loin je me sens étonnée dans ma tête, comme une découverte qui apparaissait devant mes yeux.
Une envie d’agrandir ce dessin, je le trouvais minuscule. Je me suis posé la question pourquoi mais je ne m’en souviens pas. Par moment je le perçois flou ce tableau.

BMP – Un corps sans main

Dès que je sens mieux ma main et que la douleur est moins forte, qu’elle me fait moins souffrir; hop je dessine. Mais en ce moment mes gestes ressemblent à ceux d’un escargot. Ils sont moins rapides mais aussi moins minutieux dans mon coup de crayon difficile pour moi à supporter !
Entre cette forte envie de me jeter du pont sur la Loire, et cette forte envie de me battre, je me sens tiraillée ! Écartelée. Alors j’essaie en tant qu’adulte de rester raisonnable dans mes actes et pensées, mais avec mes dissociations ça se montre assez compliqué !
Je voulais mettre une petite forme, sur mon ressenti du moment présent, j’insiste sur ce mot présent car je parviens difficilement à y rester longtemps d’une façon stable depuis quelque temps.
Je souhaitais dans ce dessin incorporer de la douceur, même si des situations restent compliquées à vivre et que je dois me montrer encore plus forte pour ne pas me laisser emporter par les mauvaises idées !
Je pensais à ce mot mouvement.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

J’ai commencé à faire naître mon esquisse en dessinant le visage avec ce mouvement dissociatif.
J’ai représenté un corps de profil car je trouve qu’une légèreté en ressort, cela fait moins ressortir ces mots « poids et lourdeur » la lourdeur de me supporter comme je me dis parfois ! oui c’est cela que je ressens dans ma tête par moment.
Puis j’ai continué mon coup de crayon en dessinant le reste du corps, je voulais absolument que la tête ne soit accrochée à ce corps. Mon corps n’est pas accroché à ma tête. Celui-ci est comme un étranger en ce moment.
Pour personnifier le manteau de mon esquisse. Je souhaitais utiliser divers crayons de papier, aucune couleur, je n’en avais pas envie et je n’en voyais pas l’utilité dans ce dessin. Le gris m’allait très bien et je trouvais qu’il était un bon accompagnant pour mon ressenti du moment présent.
Le crayon était plus facile à tenir que le pinceau dans mes doigts pour ma mobilité à ce moment-là.
Après le mot douceur, le suis là fortement dans le présent, je ne connais pas trop ces mots en ce moment, je suis plus dans le brouillard à essayer d’en sortir, et aller palper le présent pour essayer de le retenir et de voler dedans.

Qu’avez-vous ressenti ?

• J’ai ressenti beaucoup de colère dans ma tête, avec une envie d’en finir.
• Je ne me supporte pas, et je ne supporte pas non plus de me voir perdre cette sensibilité et ma motricité.
• Je ne peux pas imaginer de ne peux plus pouvoir peindre ! Car pour moi ça serait la fin. La porte de l’enfer, ça serait catastrophique !
• J’ai eu plein de mauvaises idées en tête qui surgissaient.
• Mais j’avais ce côté de l’adulte Béatrice la battante qui essayait de pointer son nez. Qui se montrait plus raisonnable, un côté rassurant car ça me donnait l’impression d’être moins folle. Et d’être capable de rester encore dans le présent ! j’ai besoin en ce moment de me le répéter.
Pour dessiner, j’ai été obligée de faire des pauses, ce qui me permettait de reprendre un peu la lecture du livre « gérer la dissociation d’origine traumatique ».
• Dans ma tête je me sentais perdue et loin de tout. Je recherchais ce que voulait dire émotion. Et de ressentir.
• Je ne ressentais pas mon cerveau mais juste une forme lourde.
• J’avais cette impression que ma tête était coupée en deux, avec cette forte douleur qui ne me quitte guère en ce moment.
• Je me suis posé des tas de questions. D’où celle-ci : si je n’étais pas perdue avec mes émotions.
• Il y avait ces situations où je me sentais loin ou alors trop serrer dans ma tête.
• Par moment je ne sentais pas ma tête et je ne saurais dire où elle était.
• J’ai ressenti une odeur de sang et une odeur d’humidité, j’avais cette impression que ça remplaçait le corps.
• J’ai ressenti une instabilité, et un espèce de blanc qui me paraissait immense.

Matériaux utilisés

Dessin conçu sur feuille de format de 36x48cm
Crayon HB, 2B, 3B.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin je ne me sentais pas bien solide sur mes pieds, j’avais du mal à ressentir le sol.
Je ne me sentais pas moi, je me sentais envahie et lourde, comme un poids qui ne demande qu’à exploser.
Je suis incapable de dire si c’est bien l’adulte Béatrice qui regardait ce dessin.
Mais je trouvais qu’il y avait un côté calmant qui en ressortait, mais je ne sais pas si c’est bien où pas de ressentir cela dans ma tête.
J’ai cette impression que le temps s’est arrêté dans ma tête, que quelque chose s’est produit et qu’une blessure s’y trouve.
Je ne sais pas non plus si de ne pas avoir la tête accrochée à ce corps est une situation normale, ce mot me perturbe beaucoup en ce moment, normal comme un cerf-volant qui ne peut pas voler s’il n’y a pas de vent. Pourquoi je parle de cerf-volant ?
Je n’en vois pas la sortie de ne pas être moi.
C’était important pour moi de dessiner un corps présent là maintenant. Après ça ce n’est pas moi, je ne me reconnais pas. Je n’arrive pas bien à percevoir si mes phrases sont bien tournées en français les mots jouent comme le temps qui joue à s’absenter dans ma tête.