BMP – Mes nuits et moi


Un dessin dont l’esquisse a été faite en pleine nuit.
Les nuits et moi, c’est toujours une grande histoire légèrement perturbante, surtout quand dans ma tête c’est légèrement emmêlé. Et quand je m’aperçois que le temps s’effile, que les aiguilles tournent doucement et que je ne dors toujours pas, alors je prends  mon crayon, et je fais des formes, qui parfois ressemblent à des morceaux de puzzle.
J’ai remarqué que quand dans ma tête c’est un peu le capharnaüm, j’ai toujours une envie, un  besoin de représenter ce que je ressens dans celle-ci, alors que rester dans le présent est en même temps par moment difficile.
Ce que je voulais c’était créer une forme, elle devait exprimer quelque chose qui tient debout mais aussi une logique, une espèce d’unification.
Pour la naissance de ce dessin, je pense que je voulais représenter ce que je ressentais là tout de suite, ce qui peut être dues au fait de trop de dissociations. Je ne sais pas trop. Mais pour concevoir cette esquisse, j’avais envie de représenter la grogne, la colère et l’expression d’un léger sourire avec la bouche ouverte. Pourquoi ouverte ? mais l’air devait passer par ce chemin et non par le nez ! Peut-être pour ne pas me sentir étouffée dans mon nez !
Je voulais vraiment ces expressions de ces visages, mais je souhaitais que celles-ci tiennent debout, et que ces formes soient surtout expressives pour celui qui regarde, qu’elles interrogent.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

J’ai donc commencé par représenter la rogne, avec la bouche de travers, celle-ci se trouve de profil à droite quand les visages sont de face.
Ensuite j’ai continué en faisant naître ce sourire avec cette bouche ouverte, je voulais représenter cet air qui rentre par la bouche, et j’ai terminé en faisant apparaître en dernier la colère, avec cette expression qui s’exprime en grimace.
Le mot mouvement était présent mais très timide au moment de concevoir cette esquisse. Mais je dirais que c’est finalement plus le mot dissociation qui l’emportait.
Pour habiller mon esquisse, j’avais envie de gris, gris comme quand les nuages sont remplis de pluie, je trouvais que cela allait bien accompagner toutes ces expressions, et à ce moment-là aussi pour moi, le mot dissociation ressortirait encore plus fort, et il a fini par faire disparaître le mot mouvement qui avait disparu finalement dans ma tête et dans mes dissociations.

Matériaux utilisés :

Dessin sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin. J’ai utilisé les crayons HB, 2B,  9B, 3B

Qu’avez-vous ressenti ?

• J’ai ressenti une odeur d’humidité, ce qui m’a fait frissonner : j’avais vraiment froid.
• J’avais envie de jouer et de patauger.
• J’ai senti dans ma tête qu’on se fâchait contre moi, ce qui a provoqué une grande angoisse, j’ai dû faire une pause, les voix des mères nourricières étaient trop là dans mes oreilles.
• J’ai entendu mon dos craquer en moi.
• Je me sentais par moment émiettée dans ma tête et petite.
• Par moments je ne savais plus reconnaître les couleurs, et il me semblait que le pinceau était très lourd dans ma main.
• A un moment donné j’ai ressenti un grand vide, ce qui a provoqué un gros blanc, je me suis sentie complètement mélangée en moi.
• Par moment j’avais envie de me réfugier dans une forme et en plus en ressortir.
• J’ai ressenti un manque de sécurité chez moi.
• Mon corps me semblait gros et tordu vers la tête, celle-ci craquait comme le bruit d’une biscotte.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin, je me disais que dessiner la nuit cela me détendait.
Je ne ressens pas d’angoisse, mais à chaque fois que je regarde un dessin fait au crayon de papier il y a toujours une petite frayeur qui apparaît, celle-ci est incompréhensible.
Mais c’est plus fort que Béatrice qui trouve que travailler au crayon permet de cacher un peu ce qu’elle ressent sur le moment.

BMP – Ressentir


Cette idée m’est apparue quand j’avais ressenti quelque chose de bizarre dans ma tête, je dirais d’incompréhensible. J’étais là à me dire, “et bien Béatrice, laisse passer, essaie de ressentir ce que tu ressens, essaie de comprendre et n’y mets pas un frein. Et si tu ne comprends pas ce qui se passe, et bien ce n’est pas grave, car parfois il n’y a pas forcément une réponse à toute situation ».
Je crois que quand on ressent quelque chose, très souvent il y a une émotion qui s’y accroche, qu’elle soit positive ou négative. Il y a aussi le fait que le ressenti passe souvent par le corps, par le ventre en particulier mais ça c’est une situation compliquée pour moi, car par moment j’ai cette impression que de ressentir quelque chose par le corps m’effraie. Je parle de quelque chose de nouveau, que de suite mon corps se referme et ne laisse rien passer, il se met en mode carapace.
Je me dis aussi que les ressentis sont tout le temps là, sauf qu’en général on n’y prête pas vraiment attention, et moi en ce qui me concerne je ressens beaucoup dans ma tête, mais je me posais la question suivante : si ce n’est pas le corps qui ressent en premier avant le cerveau ? Et que le cerveau nous renvoie l’émotion de ce que le corps a ressenti ?
Après je suis persuadée qu’il a des ressentis que l’on aimerait garder, prolonger, parce qu’ils sont bons, apaisants, qu’ils vous font parfois déboucher sur une autre réalité, et je me dis que c’est ce que je ressens dans ma tête, mais comment faire concernant le corps ?

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour créer mon esquisse, pour illustrer le ressenti, je me suis dit que je devais dessiner une expression, un mouvement. Je ne devais pas représenter une forme figée, une forme qui serait alors comme morte à l’intérieur d’elle.
Mon idée a été donc de représenter un visage avec le début du haut de son corps. Pour moi le mouvement était là. Comme une espèce de bustier. A ce moment-là, au commencement de ce dessin, le reste du corps, bras, ventre, pied, ne m’intéressait pas du tout, le mouvement à ce niveau là était mort.
Mon premier coup de crayon a été pour faire apparaître la position du mouvement, je parle de l’emplacement du visage, puis faire apparaître le support, si je peux appeler cela, ce qui maintiendrait tout l’ensemble de ma forme. Puis j’ai continué en faisant naître le cou et le début du menton, puis j’ai continué en remontant en dessinant la bouche, les oreilles, les yeux et le front.
Mon idée était de faire apparaître dans la forme de ce visage, ce petit mouvement en arrière, et ceci expliquerait ce mot ressentir.
Pour concevoir le manteau de mon esquisse, je voulais jouer avec le dégradé de la couleur grise, pour bien faire ressortir les différentes parties dans mon esquisse, comme pour jouer avec le mot « ombre. »
La couleur grise n’était pas à ce moment-là une couleur spécialement triste ou gaie. Le mot neutre apparaît pour expliquer mon ressenti dans ma tête.

Matériaux utilisés :

Dessin sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Crayons de papiers HB, 2B,  3B, 9B. Fusain.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Pendant la réalisation de mon esquisse, je me suis sentie désemparée.
• comme un manque inexplicable, une boule dans ma gorge est apparue est m’a mise mal à l’aise.
• comme une espèce de bouffée de chaleur, comme si je brûlais de l’intérieur.
• cette envie de me recroqueviller.
• que quelque chose n’allait pas bien en moi mais je ne savais pas quoi. Mais voilà ça cloche et ça me provoque des moments de malaise pas toujours faciles à gérer.
• beaucoup le passé dans ma tête, j’ai essayé d’en faire attraction mais par moment il m’emmenait avec lui.
• dans ce dessin, la couleur blanche m’a pas mal attirée, cela me faisait penser à ce mot mort. Pourtant je ressentais comme un apaisement.
• par moment je voulais absolument comprendre ce que représentait ce sentiment bizarre dans ma tête, mais ce mot comprendre s’envolait ne tenait pas dans mon cerveau.
• j’ai eu quelques moments de dissociation, mais c’est plus ce malaise que je ressens inexplicable qui me turlupine.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin, même si je n’ai pas compris ce ressenti dans ma tête, j’étais rassurée de voir, grâce à la position de la tête en arrière, du mouvement.
Je ne ressens pas vraiment d’angoisse, je dirais que cette situation est en suspend, comme arrêtée.
La couleur grise je la trouve en mouvement grâce à ce mouvement de ce visage.