BMP – Dérive


Je ne ressens plus le mouvement de mes doigts. Je n’existe plus.
Cela ne sert à rien que j’explique ce que je ressens en ce moment, ce n’est pas bienvenu. Mon opinion n’intéresse que peu de monde, j’en ai eu l’exemple il n’y a pas longtemps.
J’écrierais juste ceci : que les mots suivants sont importants pour moi :
• communauté,
• échange,
• partage,
• évolution,
• faire bouger,
• trace,
• écoute,
• réflexion,
• solidarité,
• participer,
• grandir
• permettre à une personne de faire, de s’exprimer…

Voilà quelques mots qui me touchent beaucoup en ce moment !
Ce dessin a été réalisé il y a quelques jours.

Dérive :

au sens figuré : fait de s’éloigner de la normalité
dérive, nom féminin
Sens 1
Dérivation pour un avion ou un navire sous l’effet du vent ou des courants marins.
Synonyme : déviation
Sens 2
Marine
Aileron vertical sous la coque d’un bateau destiné à réduire la dérive.
Traduction anglais : drift
Sens 3
Fait de s’écarter d’une norme, d’un cadre établi.
Traduction anglais : mouvement

Synonymes de dérive :

• éloignement
• dérivation
• déviation
• dévoiement
• recul

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

– Quand Emmanuelle m’a proposé de travailler sur le mot dérive, tout de suite ma première idée a été de faire un carré dans un cerveau.
– Le premier mot qui a pointé son nez a été : limite.
– ma dernière réaction a été ne pas dépasser les limites si nous voulons nous amuser. Ne pas partir dans une dérive malsaine ou qui pourrait nous mettre en danger.

Ce mot a été employé par une personne, lors d’un échange concernant mes troubles dissociatifs. En gros ça voulait dire que je dérive quand je me dissocie ! Je sors du droit chemin ! Je dérive.
Mon attitude avec mes troubles dissociatifs fait que je m’éloigne de la normalité demandée ! C’est une situation qui, à la limite, ne serait pas « normale »
Mais me dire cela me blesse.

Non je ne suis pas non plus dans la dérive ! J’essaie de garder et de rester sur une voie normale, le cap droit devant, toujours en évolution, je ne suis pas non plus là, sans réagir. Je disjoncte simplement quand une crise de dissociation pointe son nez. Je ne dérape pas longtemps et ce n’est pas conscient non plus. C’est tout comme passer d’un sujet à un autre quand je ne suis pas moi réellement.
Pour moi ce mot dérive ne correspond pas à la situation.

Pour concrétiser mon esquisse, je me suis servie de ces mots là :
« Le fait de s’éloigner de la normalité »
Et ces mots évoquent pour moi, de ne pas être comme les autres personnes, c’est-à-dire ne pas rentrer dans le moule, être différente, ne pas savoir et être dans une normalité demandée !

Dans ma tête je voulais donc rendre visible un côté disjoncté, mais avec cette pointe de mouvement qui me fait du bien.
Je pense que je voulais montrer ma colère dans ce dessin, car elle était présente dans ma tête.
Je voulais exprimer que même avec des dissociations je pouvais donner naissance à une peinture qui sorte de la normalité, en fait je veux dire de l’ordinaire, sans pourtant dériver.

Mon premier coup de crayon a été pour dessiner le corps de dos, ensuite j’ai continué en faisant apparaître les mains, et j’ai terminé en faisant la tête, qui part en mouvement. Je voulais que mon dessin en entier fasse ressortir ce mot « dérive », mais dans un sens « positif ».

Je ne voulais pas me justifier, je voulais juste exprimer ma colère.

Pour concevoir le manteau de mon esquisse, les couleurs n’étaient pas présentes dans ma tête, pourtant je me suis servie de l’aquarelle.

Je pense que parce que cette phrase m’a blessée, les couleurs ont disparu de ma tête, que ce mot dérive m’a fait du mal et a provoqué de la colère et que c’est elle qui s’est exprimée en oubliant les couleurs.

Matériaux utilisés

Aquarelle conçue sur feuille de format de 50 x70 cm à grain fin.
Je me suis servie des couleurs aquarelles suivantes : blanc de Chine,  noir d’ivoire.
Crayon HB, 2B, 3B, 9B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• J’ai ressenti une grande colère face à la réaction de cette dame.
• Je me suis vraiment sentie comme un cas psy.
• Je me suis sentie petite devant cette réaction dérive mais aussi devant cette dame, comme si cela me faisait retomber dans mon enfance avec les mères.
• J’ai ressenti cette impression de ne pas me sentir mature.
• J’ai ressenti de la peine dans ma tête par rapport au mot « confiance » qui est revenu une fois de plus.
• Des paroles très dures des mères nourricières sont venues trifouiller ma tête, de fortes douleurs ont été présentes, j’ai fini en dissociations.
• Je me suis mordue la langue, je ne m’en suis pas rendu compte de suite, j’avais un peu de sang sur la lèvre. Je n’ai pas ressentie la douleur non plus.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin, je trouve que le mouvement est présent.
Après le fait qu’on emploie ce mot à mon égard me fait du mal.
Je réfléchis pour comprendre ce que veut dire ce mot « normalité ». Qu’appelle-t-on « normal ? »

BMP – La douleur liée à certains regards envers moi….


La douleur liée à certains regards envers moi…. prendre du recul !
Je pensais à la manière dont certaines personnes me percevaient, et aussi à cet échange que j’ai eu avec mon psy et avec Emmanuelle quant à savoir prendre du recul par rapport à ces situations.
J’aime prendre un temps pour réfléchir à ce que je ressens, à essayer d’analyser la situation.
Donc ce dessin représente la douleur qui se manifeste en moi quand je pense à certaines situations plus ou moins récentes, mais qui me renvoient à mon passé.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

J’ai choisi de représenter un corps de femme, car ma réflexion du moment était que si je ressentais cette douleur dans ma tête, mon corps aussi devait la ressentir. Pourtant ma manière à moi, ma logique interne pour les liens qui peuvent se produire entre ma tête et “ce” corps qui n’est pas vraiment à moi, sont difficiles à cerner car souvent ils n’existent pas.
Mon idée était donc de faire sortir ce mal-être de ce corps mais avec du mouvement.
Je souhaitais faire sortir quelque chose d’harmonieux même si cette situation qui m’a fait mal, est un peu moins douloureuse, grâce aux échanges.
J’ai donc commencé en dessinant le bas du corps. Et j’ai terminé par le coude en haut de ma feuille.
J’ai fait ressortir des nuances de gris car des souvenirs de traces sur mon corps laissées par des coups sont là et reviennent dans mon souvenir, mais je ne voulais pas y rajouter du sang ; juste ces marques, rien de plus.
Pour le manteau de mon esquisse, il m’était impossible de mettre de la couleur, sauf le rouge qui représente ma douleur psychologique qui se réveille quand on me regarde comme si je n’existais pas.
Mais ce n’est pas un rouge voyant. C’est un rouge léger, ce qui reflète ce petit mieux face à cette situation.

Matériaux utilisés

Dessin conçu sur feuille de format de 36x48cm
Crayon HB, 2B, 3B.

Qu’avez-vous ressenti ?

• Je suis incapable d’expliquer pourquoi à ce moment-là, tout mon corps devait ressentir la même douleur que celle que je ressentais dans ma tête.
• J’avais du mal à me dire et à accepter que l’on puisse m’apprécier telle que je suis, moi Béatrice. Je ressentais dans ma tête un vide, comme si je n’avais plus de cerveau.
• Je voulais représenter un corps oui mais un corps pas trop mal foutu. Comme si dessiner un corps trop tordu aurait en quelque sorte aggravé mon cas.
• Mon passé est remonté très vite, je me revoyais en train de me faire rabaisser par les mères nourricières en pleine nuit.
• Je me suis revue à genoux à demander pardon d’exister auprès de ces mères.
• J’ai eu des moments de dissociation, mais parfois je me revois en train de leur dire merci, et les souvenirs qui reviennent créent une douleur psychique intense, invivable.
• J ’ai lu un chapitre du livre : « gérer la dissociation d’origine traumatique, besoin de me retrouver dans le temps présent.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon esquisse, je me disais qu’un corps en mouvement crée de l’émotion, mais je ne sais pas trop si cette émotion était agréable ou pas.
Que du mouvement apparaisse, c’est important pour moi, mais quand j’ai regardé mon dessin fini, je ne savais pas bien pourquoi ce mot mouvement était si important.
Je ressentais dans ma tête un gros poids et mon corps n’existait pas, du moins je ne le ressentais pas.
Je me faisais cette réflexion que les échanges m’aidaient pour avoir un peu de recul, sinon ce dessin n’aurait pas existé, je veux dire ce corps, mon corps…