BMP – Quand je ne veux rien manger car je me trouve trop voyante


Il m’arrive de ne rien manger car quand je me lève le matin, je me trouve trop voyante. Dans ma tête je ne dois plus rien manger et cela se met en route de manière quasi automatique.
Mais cependant, j’ai quand même ce besoin de remplir mon corps, qui n’est pas le mien par moment, dans mes moments d’angoisses, de doutes et de manque.
Pour faire ce geste qui va vers ma bouche, alors je bois, je bois beaucoup. Cela remplace ce qu’on appelle la nourriture.
Quand cet automatisme se met en place, c’est que j’aimerais juste ne plus avoir de peau sur mon corps, plus de corps, donc rien à alimenter, j’aimerais qu’il n’y ait que les os et par moment quand c’est trop fort, plus rien.
Dans ces moments-là, il m’apparaît une légèreté et je me sens à peine accrochée à ma tête qui me paraît en morceaux et qui de fait se détache de mon corps.
J’ai même cette impression que mes émotions ne doivent pas dépasser ma tête pour continuer dans la direction du ventre, la colonne vertébrale, des pieds, le ventre, les poumons et la cage thoracique.
Cette façon de ne plus vouloir manger subitement en me levant car je suis trop voyante, me renvoie je pense à ce temps où les mères me mettaient dans un placard, sans manger. Placard où je devais rester en boule car je n’avais pas assez de place pour me tourner. Quand elles ne me donnaient pas à manger, du coup je perdais du poids, ce qui me permettait de mieux me retourner et de faire moins de bruit, de façon à me faire passer pour morte, ce que voulaient les mères nourricières.
Quand cela apparaît dans ma tête violemment dans la journée, pour x raison, ma réaction est de dire c’est inamissible et imaginable non ? Mais je n’arrive pas à trouver et à confirmer une réponse, et pouvoir dire, oui c’est honteux. Tout est coupé !
La situation de maigrichonne n’était pas assez forte.
Je pense que ne pas manger ne me manquerait pas si je n’avais pas à remplir ce vide par moments. Ce qui apparaît en moi dans ces moments où je me sens voyante, c’est comme une coupure. Le courant qui est la nourriture ne peut plus faire fonctionner le corps. Celle-ci n’est pas assez forte.
Mon dessin sera donc le fait de vouloir ne rien manger car je me trouve voyante.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Mon idée d’esquisse était donc de dessiner un corps avec une tête en morceaux qui a tendance à se détacher du corps et de faire apparaître le squelette juste en dessous de la tête, pour faire comprendre que je ne veux pas de peau sur mes os pour être moins voyante et que je me sens légère.
Je ne percevais pas la nécessité de dessiner les jambes en entier ni les bras. Le squelette me parlait plus.
Pour les couleurs de mon esquisse, j’ai pris celles qui se sont manifestées en moi, au moment de les employer.
Par contre, je tenais à dessiner aux crayons de papier, les côtes etc. Je souhaitais faire apparaître cette légèreté.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin fait sur feuille de format de 50 x70 cm à grain fin. Peinture aquarelle, pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Je regarde mon dessin et je ne perçois que la couleur grise. Comme si le reste de mon dessin n’existait plus.
Je ne sens pas d’angoisse, mais je me sens pas rassurée. Je me répète à voix haute : je suis dans le présent !

BMP – Éclaboussure en haut vol


Par moment j’ai des idées de dessin. Je suis dans le présent, et je me dis : je vais faire ceci, je vais faire cela. Puis, au fur à mesure que le dessin prend forme, une autre idée surgit. On dirait que mon idée du début a été comme mangée par ce qui apparaissait sur ma feuille, je veux dire par l’ensemble des couleurs, mais aussi par leur mouvement.
Parfois cette situation m’arrive quand je me dissocie et dans ce moment-là monsieur le grignoteur, celui qui se nomme Grr, grr a grignoté mon idée du début, parce qu’il est un vrai morfale quand il s’y met. Il mange tout, il mange les chiffres, les lettres, les formes, les images, la couleur, et il digère tout sans problème. Il n’est pas alcoolique, c’est déjà ça, mais il se plaît à me déplacer, à me conduire ailleurs.
Pour ce dessin cela m’a donné cette impression, mais non c’est bien le mouvement et les couleurs qui m’ont fait changer mon idée, pas Grr grr.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Ma première idée, était de prendre une couleur et de faire apparaître plusieurs petits dégradés puis de continuer avec d’autres couleurs : le vert, le rouge, le bleu le jaune et ainsi de suite. Mais dès le début cela avait pris une drôle de tournure dans mon geste du poignet, qui n’allait pas comme je voulais.
Malgré tout, je voulais continuer sur ma lancée, en essayant de m’appliquer. Plus j’avançais, et plus mon dessin, une fois ma feuille remplie, avait carrément changé de sens mais en tout. Où sont partis mes dégradés ? Bien sûr, cela faisait de jolies couleurs, quoique jolies pour moi en dessin elles ne me parlent pas vraiment, car dans chaque dessin il y a ce petit plus qui fait que même si on ne l’aperçoit pas tout de suite, de toute façon ce n’est pas ce que je voulais.
Je trouvais que l’ensemble me semblait un peu mou. J’ai donc posé mon dessin sur le chevalet puis je l’ai observé longuement. Ça me turlupine quand je ne trouve pas ce petit plus qui pourrait tout changer. Je savais bien que j’allais trouver quelque chose. J’ai fait un peu comme on dit le tour du propriétaire chez moi, et je vois un vinaigre cristal ménage en spray.
J’ai alors pensé à le vaporiser directement sur mon dessin, puis de prendre un pinceau pour faire apparaître comme une éclaboussure de peinture. Elle irait vers le haut de mon dessin, elle prendrait son élan.
Puis j’ai voulu que ce mouvement parte vers le bas de ma feuille, donc je devais la retourner. J’ai donc vaporisé le vinaigre sur ma feuille, pas trop près, pas  trop loin, puis j’ai aussitôt pris mon pinceau et j’ai commencé à faire des petits mouvements et puis des grands, je devais jouer avec le produit et ce pinceau, comme un travail en duo.
Plus je faisais danser mon pinceau sur ma feuille et plus mon éclaboussure apparaissait. Cet élan qui manquait à mon œuvre était là ! Il faut juste l’observer et le suivre. Moi je le perçois après, c’est à chacun de se promener dans mon dessin et d’imaginer ce qu’il veut, et peut-être de pouvoir s’évader grâce à lui.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche de 50 x 70 cm à grain fin.
Peinture aquarelle, vinaigre de cristal de ménage.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

Le mouvement est là et que mon dessin est moins triste. Après dans ma tête parfois ce n’est pas si facile de toujours mettre une idée sur sa feuille, mais ne pas essayer serait quand même dommage.